Le gouvernement de Vichy

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Pourquoi parler de l’histoire de France des années 1940-1944 sur un blog consacré à la prégnance de la gauche sur les esprits ?

Il faut savoir que l’histoire de cette période est ensevelie sous une couche de falsification idéologique et de mensonges depuis 70 ans. La vision que l’on donne de cette période au grand public à travers l’enseignement (secondaire comme universitaire), les médias subventionnés, les musées, est totalement fausse. Aujourd’hui, aucun historien n’a encore écrit la véritable histoire de cette période. Quelques historiens intelligents, honnêtes et animé par la recherche de la vérité ont tenté l’histoire réelle de cette période, mais cela est resté incomplet. Pour ce qui concerne les autres, au mieux ils sont empêtrés dans une vision idéologique, une incapacité à comprendre certaines choses et une difficulté à sortir du carcan politiquement correct imposé par des décennies de mensonges et maintenu par une terreur intellectuelle, au pire ils ne font que ressasser une propagande mensongère, idiote et diffamatoire sur de nombreuses personnes à commencer par le maréchal Pétain. Bien évidemment, les pires sont promus par les médias subventionnés.

Pourquoi cela ? La raison est simple, elle est idéologique : le maréchal Pétain a remis en cause la République. C’est là son véritable crime et la raison profonde de l’hostilité porté contre lui.

Pétain avait commencé à remettre en place en 1940 un système politique de (vraie) droite qui devait s’imposer de manière définitive une fois la guerre terminée. À cet effet, il avait préparé une nouvelle constitution conformément à la mission qu’il avait reçu de l’Assemblée Nationale le 10 juillet 1940. Ce nouveau système politique devait être une république chrétienne. Ce n’était plus la République. Et ceci est insupportable pour la gauche, car la République est son système politique – ce n’est pas tant la forme du régime que le contenu idéologique qui est visé derrière ce mot. L’action de De Gaulle (dont l’histoire officielle est également fausse) permettra à la République de revenir, d’où la glorification démesurée de ce colonel dissident (il n’est resté général de brigade à titre temporaire que du 1er au 24 juin 1940).

Le système politique actuel, au pouvoir depuis 1944, est de gauche (indépendamment des partis qui se succèdent à la direction de l’État). La gauche n’admettant pas l’existence de ce qui n’est pas comme elle, recouvre ainsi cette période de mensonges pour faire oublier ce précédent.

On ne cherche plus la réalité historique et la compréhension des faits, des comportements, des raisons de tel ou tel acte ou décision. On ne cherche plus à comprendre la complexité de l’époque. Mieux, on occulte ou nie tout ce qui gène l’histoire officielle. On cherche à diaboliser et à propager une vision historique totalement falsifiée sur tous les points. Il ne faut plus être guidé par la recherche de la vérité et l’intelligence mais par la conformité à ce qui plaît ou non à la pensée de gauche. Tout prend une dimension idéologique. On confond les problèmes, difficultés, pressions et dilemmes liés à l’occupation allemande avec le système de droite qu’on commençait à instaurer à travers la Révolution Nationale et qui devait perdurer après la guerre. On fait semblant de ne pas comprendre que la France vivait sous un régime d’armistice avec une convention à respecter sous peine de voir la situation s’aggraver voire de se retrouver avec un gauleiter aux commandes. On parle de « régime de Vichy » comme s’il s’agissait d’un gouvernement étranger alors qu’il s’agit du gouvernement français installé dans une capitale provisoire (Vichy, et avant Tours, Bordeaux, Clermont-Ferrand) dans une France sous occupation étrangère et dans un contexte de guerre mondiale (Aurait-on parler du « régime de Paris » si le gouvernement était resté à Paris ?). Il faut rendre ce passé haïssable et tout confondre afin de mieux faire triompher la République.

Cette falsification historique sert d’outil politique et idéologique à la gauche pour empêcher toute prise de pouvoir d’un parti plus ou moins de droite ou l’expression de toute pensée plus ou moins de droite. La gauche a trouvé le moyen d’asseoir son hégémonie. À quelle période fait t-on référence en permanence pour discréditer des gens comme Jean-Marie Le Pen ou Éric Zemmour ? Encore récemment, on pouvait voir des affiches de la CGT associer Marine Le Pen au maréchal Pétain. Alors qu’en réalité, le Front National ne remet pas en cause les fondements du système de gauche qu’est la République.

Voici donc quelques textes, vidéos et citations permettant d’avoir un aperçu de l’histoire réelle de cette période :

Explication de l’hostilité contre Pétain
Histoire élémentaire du maréchal Pétain
L’État français (1940-1944)
La stratégie expectante de Pétain
Vidéos
Citations
Appréhender la complexité de l’époque
Exemples de faits qui gênent la République
Exemple de falsification idéologique de l’Histoire

Explication de l’hostilité contre Pétain et de la falsification idéologique de l’histoire de cette période :

« Dans les polémiques qui divisent les Français, on s’est borné de part et d’autre à disputer de l’armistice, à batailler sur des questions de politique extérieure, à expliquer la trame des négociations diplomatiques ou économiques en fonction du cours de la guerre, à juger le comportement des uns ou des autres vis-à-vis des Allemands. On a fait le silence sur le reste. On n’a jugé des mesures organiques prises par le régime qu’en fonction des « occupants ». La « justice » actuelle en a volontairement déformé tous les actes et systématiquement ignoré l’esprit. Son but a été de salir « Vichy », de le discréditer, de le couler à tout jamais dans la mémoire des Français en le compromettant dans les contacts, plus ou moins forcés, que ses dirigeants ont eus avec les Allemands. Ce faisant, on a cherché moins à châtier ceux que la faiblesse ou l’intérêt avaient mis au service des Allemands qu’à faire disparaître, matériellement ou moralement, l’élite qui participa et qui reste fidèle à l’œuvre intérieure tentée en 1940.
On a accueilli tous les reniements, on a fermé les yeux sur tous les retournements, on a passé l’éponge sur bien des cas de collaboration économique, on a oublié des actes de collaboration militaire, on a amnistié des crimes de droit commun, mais il y a une chose qu’on n’a pas pardonnée et qu’on ne pardonne pas : c’est de rester fidèle à ce que le Maréchal a appelé la « Révolution nationale ».
Pourquoi cela ? Pourquoi les « Vichyssois » impénitents sont-ils poursuivis avec autant de rancune, de passion et de haine ?
La réponse est simple : au bout de cent cinquante ans de lente intoxication par les idées laïques du démocratisme, au moment où la France paraissait à tout jamais hors d’état de réagir, le régime de Vichy, spontanément surgi, a été une réaction salutaire, antirévolutionnaire, qui a failli réussir. Les tenants des principes démocratiques (qui en sont parfois aussi les profiteurs) en sont encore pâles de peur… »

Amiral Paul Auphan


« La Révolution nationale a été quelque chose de beaucoup plus empirique, jailli, sous le coup de la défaite, du tréfonds de la conscience nationale. Si Robert Aron a le courage d’affirmer, contrairement à tant d’autres, que ses sources ont été uniquement françaises, il ne paraît pas en avoir senti toute la profondeur, quoiqu’il ait « brûlé » quand il a reproduit, sans la faire sienne, cette définition : « La Révolution nationale, à en croire le Maréchal, présente un double caractère. Spirituellement, elle se réclame de la civilisation chrétienne. Politiquement, elle réagit contre les conceptions démocratiques de la Troisième République. »

Pour comprendre ce que l’expression a recouvert, il faut aller chercher sous l’écorce des événements la sève qui les produit.

Une révolution, dans le sens de rénovation où le Maréchal l’entendait, est un changement radical dans la manière de penser individuelle et collective entraînant changement des mœurs et des institutions.

La France de la IIIe République était façonnée par les idées de la Révolution française dont on peut dire que l’essence avait été la séparation des structures politico-sociales d’avec la loi naturelle selon laquelle l’homme est une créature subordonnée à un Créateur. Le laïcisme n’est pas autre chose qu’une prétention à organiser la société humaine sans référence à Dieu. Ce serait une « abdication », a écrit un de ses prophètes, que de « s’en rapporter à une puissance spirituelle à l’homme ».

Cette manière de penser avait eu dans nos institutions des conséquences : l’autorité, ne venant plus de Dieu, était réputée prendre sa source dans le peuple ; la loi visait moins au bien commun qu’à satisfaire la majorité ; les hommes n’ayant plus chacun leur vocation et leurs « talents » respectifs dans le divin, il n’y avait pas de hiérarchie dans les responsabilités ; l’école publique ignorant Dieu, la morale manquait de base et chacun pouvait faire ce qu’il voulait dans la limite d’une loi qui avait surtout pour but de garantir à tous la même licence ; les mots (liberté, égalité, fraternité, par exemple) prenaient une coloration différente de celle qu’ils auraient eue dans une optique chrétienne…

La masse ne se rendait pas compte de l’origine lointaine des habitudes qu’elle avait ainsi prises. C’était à l’élite à l’en sortir.

La Révolution nationale a exprimé la volonté confuse, presque inconsciente, de la majorité des Français, de se soustraire aux abstractions qui étaient liées dans leur esprit à la défaite, et de s’accrocher au réel, comme un noyé à une bouée de sauvetage. Elle a été un mouvement spontané contre-révolutionnaire (au sens que Joseph de Maistre donnait à ce mot) jailli du vieux fonds français et plus ou moins maladroit, mais qui, tout de même, malgré le handicap de l’occupation, a failli faire réussir si bien que les tenants du sectarisme démocratique en tremblent encore d’effroi et s’efforcent de faire perdre le souvenir même de ce précédent en l’enterrant dans une histoire falsifiée. »

Amiral Paul Auphan


« La première observation concerne le sort de la République. « La République est morte » a écrit Georges Suarez, commentant l’événement. « La République, dira Pierre Dominique, avait démissionné. » Les deux opinions sont discutables. La loi du 11 juillet 1940 ne décrète pas la fin de la République. Le projet de cette loi est signé par le président de la République, Albert Lebrun, en même temps que par le maréchal Pétain. « Tous pouvoirs, dit l’article unique de cette loi, sont donnés au gouvernement de la République sous l’autorité […] du maréchal Pétain. » La République ne meurt pas, elle ne démissionne pas ; elle s’efface. Les deux Chambres ne sont pas supprimées ; elle sont ajournées jusqu’à nouvel ordre. On est « en République, dira le Maréchal à l’un de ses intimes, sans y être, tout en y étant ». En fait, en tant que mythe, en tant qu’idéologie, la République n’existe plus.
Notre deuxième observation concerne le remplacement du citoyen de 1789 par un nouveau Français qui n’a plus rien de révolutionnaire. La Troisième République, depuis la démission de Mac Mahon, était d’inspiration révolutionnaire. Elle se référait constamment aux « grands ancêtres » de 1789-1794. Elle n’était pas, nous l’avons déjà dit, une forme de gouvernement comme les autres. Elle était une idéologie. L’État français, c’est encore, si l’on veut, la République, mais une République seulement politique et non plus confondue avec l’idéologie de la Révolution. »

Jean de Viguerie, historien


[A propos de l’Épuration de 1944 et des années qui suivent] « Le régime de Vichy avait tenté de détruire le mythe de l’ « être nouveau » et de rendre les Français à eux-mêmes. La République ne pouvait pas ne pas réagir à une tentative aussi sacrilège, et qui, si elle avait abouti, l’aurait privée de sa raison d’être. Il fallait que la punition fût à la hauteur du crime, et le crime n’était pas la collaboration, mais l’atteinte à la religion de la République, à la religion révolutionnaire. La punition devait être telle que les Français ne l’oublient jamais et vivent dans la crainte de génération en génération. Et il en fut ainsi. »

Jean de Viguerie, historien


« Fort de cette inspiration le Maréchal défend les principes destinés à reconstituer une société anti-individualiste. Dans ce registre il doit certes beaucoup à la pensée maurrassienne qui était, aux dires de Chantal Millon-Delsol, « la seule pensée structurée fondée sur le nationalisme et sur l’ordre moral ». Mais il remonte plus haut, à la pensée politique et chrétienne d’Albert de Mun et René de La Tour du Pin, pour ne reprendre que les plus célèbres défenseurs de l’ordre naturel et de la doctrine social de l’Église. Ces principes, assure le Maréchal, sont « les règles simples qui ont, de tous les temps, assuré la vie, la santé et la prospérité des nations. » La forme républicaine n’est donc pas en cause et le Maréchal n’est pas pour la monarchie. Il s’oppose seulement aux principes de 1789, non pas parce qu’ils auraient « fait leur temps », mais parce qu’ils sont mauvais en eux-mêmes et ont conduit à un individualisme destructeur de la société. Cette dénonciation en est d’ailleurs faite tout de suite, dès l’annonce de l’armistice, le 20 juin 1940. On en connaît bien les termes : « Nous tirerons la leçon des batailles perdues. Depuis la victoire, l’esprit de jouissance l’a emporté sur l’esprit de sacrifice. On a revendiqué plus qu’on a servi. On a voulu épargner l’effort ; on rencontre aujourd’hui le malheur. » Et le Maréchal termine, loin de l’abstraction des droits de l’Homme révolutionnaire : « Il s’agit de la France, de son sol, de ses fils ». »

Marie-Pauline Deswarte, professeur de droit et d’histoire des idées politiques


« En 1940, la Droite – ou plus précisément une fraction de la Droite – commit la faute irrémissible de vouloir établir un ordre inspiré de principes traditionnels, avec, semblait-il, l’accord de l’ennemi qui occupait la France. Les adversaires de la Droite eurent beau jeu de dénoncer une collusion scandaleuse – bien qu’elle ne fût qu’apparente -, comme ils l’avaient fait en 1815 lorsqu’ils accusaient Louis XVIII d’être revenu dans les fourgons de l’étranger. Le gouvernement de Vichy fut accusé d’avoir adopté le régime politique de l’Allemagne, et la Droite fut confondue avec le Nazisme et le Fascisme. Bien qu’il s’agisse là d’une erreur manifeste, d’une falsification grossière et d’une manœuvre de basse politique, la Gauche est parvenue à l’imposer, dans l’opinion publique, comme une vérité indiscutable. Depuis la seconde guerre mondiale, la Droite est complètement discréditée puisqu’elle est confondue avec le Fascisme. »

Jacques du Perron, essayiste


Histoire élémentaire du maréchal Pétain :

Le Maréchal
  • en 1916, a gagné la bataille de Verdun,
  • en 1917, a empêché la décomposition de l’Armée,
  • en 1918, a conduit l’Armée française à la victoire.
Le Maréchal entre les deux guerres, a été l’homme auquel la République a eu recours pour des missions difficiles :

  • Maroc : 1924 – 1925
  • Ambassade extraordinaire aux États-Unis : 1931
  • Ministre de la Guerre (Cabinet d’Union du président Doumergue formé après les incidents de février 1934)
  • Ambassade d’Espagne : 1939.
Le Maréchal en décembre 1931, a appelé l’attention du gouvernement sur la « flagrante infériorité de la flotte aérienne française » et demandé de « constituer d’urgence une aviation de défense et d’attaque puissante » (article paru dans la « Revue des Deux-Mondes« ).
Le Maréchal en décembre 1934, a dénoncé publiquement le péril hitlérien et la faiblesse de l’armée française (article paru dans la « Revue des Deux-Mondes« ).
Le Maréchal en juin 1940 n’a pas réclamé le pouvoir.
Il a accepté dans une conjoncture désespérée, à la demande du président de la République, Albert Lebrun, sur la proposition du président du Conseil, Paul Reynaud, avec l’appui total des présidents des deux Chambres, Édouard Herriot et Jules Jeanneney.

L’Armistice, demandé et signé par le Gouvernement légalement formé par le Maréchal, a limité le désastre et constitué une étape capitale au regard de la stratégie que les Alliés utiliseront pour vaincre l’Allemagne.

Le 10 juillet 1940, l’accession du Maréchal à la fonction de Chef de l’État s’est faite de manière légitime par un vote du Congrès (539 voix pour, 80 voix contre et 17 abstentions).

Le Maréchal, conformément à la mission que lui a donnée le Parlement en 1940, a préparé une nouvelle Constitution.
Celle-ci était prête dès la fin de 1943.
Le Maréchal a refusé de la rendre publique tant que le sol national serait occupé et que l’ennemi retiendrait des prisonniers.

Cette Constitution :

  • confirmait le régime républicain de la France,
  • prévoyait l’extension du suffrage universel aux femme et d’adoption d’un système pluraliste pour l’élection des membres d’un Parlement bicamériste,
  • aménageait des modalités constitutionnelles assurant, dans le même temps, à l’Exécutif les conditions nécessaires à son action au Parlement son droit de contrôle,
  • instituait enfin une décentralisation administrative par la création de Provinces dotées d’Assemblées délibératives et d’exécutifs.

Le Maréchal s’est attaché, malgré la pression de plus en plus forte d’un ennemi impitoyable – dirimante après l’occupation totale de la France – à préserver notre patrimoine en sauvegardant notre appareil économique et en faisant preuve notamment de rigueur financière constante : l’encaisse-or est restée intangible.

Un grand nombre des mesures prises par l’État Français a été reconduite par le gouvernement issu de la Libération.

Le Maréchal a défendu l’Empire contre les convoitises allemandes, les coups de force de l’Angleterre, l’impérialisme japonais.

Le Maréchal, par son action, a :

  • obtenu, en 1940, le rapatriement en zone libre du corps d’armée réfugié en Suisse,
  • adouci le sort des prisonniers,
  • permis le retour entre juillet 1940 et mars 1942 de près d’un million d’entre eux,
  • atténué l’ampleur des déportations juives

ainsi que l’ont établi plusieurs ouvrages historiques récents en produisant pour l’Europe tout entière, les statistiques comparatives du nombre de déportés juifs non revenus des camps de la mort, qui démontrent que la présence d’un gouvernement en France, né de l’armistice et non d’une capitulation, a permis d’éviter le pire, en tout cas d’en sauver un plus grand nombre.

Le Maréchal, derrière une phraséologie de circonstances et à travers les difficultés de toutes sortes a été l’adversaire le plus résolu de l’Occupant.

Les clauses de l’Armistice et la politique suivie par le Maréchal ont permis :

  • la conservation et la préparation du tremplin que les Alliés ont pu utiliser lorsqu’ils en devinrent capables, pour la reconquête de l’Europe.
  • la reconstitution en Afrique du Nord, de l’Armée française sous les ordres successifs du général Weygand et du futur maréchal Juin,
  • la participation de cette Armée rénovée, le moment venu, à la libération du territoire et à la Victoire.

La liberté d’action du Maréchal n’as cessé, au cours des années de s’amenuiser.

Le 17 novembre 1942, il a renoncé à l’exercice du Gouvernement.

Le Maréchal a été empêché par les autorités occupantes de diffuser par les ondes son message à la Nation, l’avisant de sa perte de liberté et l’impossibilité dans laquelle il se trouvait dès lors d’assumer toutes les responsabilités retenues, l’Afrique du Nord, le Maréchal préféra rester sur place pour éviter une « polonisation » de la France.

L’attitude de sacrifice du Maréchal consistant, comme il s’y était engagé, à demeurer parmi les Français a évité l’installation d’un gouvernement nommé par l’ennemi,
a favorisé, avec son accord intime, un travail concret de résistance à celui-ci.

Le Maréchal, emmené de force en captivité le 20 août 1944, fut interné au château de Sigmaringen.

Lorsqu’il apprit que le Gouvernement provisoire engageait à son encontre un procès par contumace, il demanda au gouvernement du Reich de le laisser rejoindre la France pour défendre son honneur.
Dans la confusion entrainée par la débâcle allemande, cédant aux demandes instantes du maréchal Pétain, les autorités allemandes chargées de sa surveillance, le conduisirent en Suisse le 24 avril 1945.

En dépit des fortes pressions exercées et sur lui-même et sur le gouvernement suisse par le gouvernement français, le Maréchal se présentât volontairement devant la justice de son pays.

Le Maréchal a été condamné à la peine de mort le 15 août 1945, par un tribunal dont la composition ne représentait pas le peuple français dans sa diversité.

La peine ayant été commuée en emprisonnement à vie, le Maréchal a été incarcéré au fort militaire de l’Ile d’Yeu dans des conditions honteuses.

Le Maréchal est mort en captivité, à 95 ans, le 23 juillet 1951.

Source : admp.org


L’État français (1940-1944)

Prélude d’un Etat nouveau

A la suite des événements du 6 février 1934 et après la démission du gouvernement Daladier, le Président de la République, Albert Lebrun, s’adresse à Gaston Doumergue, ancien Président de la République, pour former le nouveau Cabinet. Doumergue fait alors appel au maréchal Pétain, pour prendre le ministère de la Guerre. Pétain, qui aurait préféré le ministère de l’Education Nationale, accepte cependant et fait ainsi ses premiers pas en politique.

Le gouvernement Doumergue tombe en novembre 1934 et l’opinion est de plus en plus favorable au maréchal Pétain. Gustave Hervé qui dirige le journal « La Victoire », traduit le vœu de l’opinion publique, en février 1935, dans un article resté célèbre : « C’est Pétain qu’il nous faut ».

En avril 1935, Léon Daudet écrit dans l’Action Française : « Le véritable Président du Conseil, à l’heure actuelle devrait être le maréchal Pétain, avec les pleins pouvoirs ». Le 1er juin 1935, Pétain accepte un poste de ministre d’Etat dans le ministère Fernand Buisson, qui réclame des pouvoirs exceptionnels pour résoudre la crise. Ce ministère tombera le jour même.

C’est ensuite la victoire du Front Populaire en 1936. Le maréchal Pétain se retire de la vie politique, mais reste en contact avec l’opinion nationale et internationale et porte avec prestige la parole de la France.

Le 14 mai 1940, après la drôle de guerre, l’offensive allemande enfonce le front français à Sedan ; la route de Paris est ouverte.

Le 17 mai, le président du Conseil Paul Reynaud, rappelle d’urgence le maréchal Pétain qui avait été envoyé en qualité d’ambassadeur extraordinaire en Espagne auprès du général Franco pour occuper le poste de vice-président du Conseil. Ne partez pas Monsieur le Maréchal lui dit Franco : « vous êtes le vainqueur de Verdun, n’associez pas votre nom à la défaite que d’autres ont subie ». Je sais cela Général, répond-t-il : « mais ma patrie m’appelle et je me dois à elle, peut-être est-ce là le dernier service que je pourrai lui rendre ». Une page nouvelle s’ouvre.

Le général Weygand est nommé à la tête des armées en remplacement du général Gamelin, mais il est trop tard. C’est le drame de Dunkerque, les Anglais rembarquent et rejoignent leur pays. Notre armée est coupée en tronçons, elle ne livre plus ça et là que des combats héroïques mais sans espoir, pour l’honneur du drapeau. Paris va être perdu, le Gouvernement part s’installer à Bordeaux. Des centaines de milliers de Français et de Belges l’accompagnent dans sa fuite, c’est l’exode de toute une population chassée de ses foyers par une panique sans mesure qui tourne à la débâcle.

Le 12 juin , le général Weygand constatant l’impossibilité de regrouper l’armée et d’arrêter l’ennemi, conseille l’armistice au plus tôt afin d’éviter de plus grands dommages. Paris est occupé le 14 juin 1940. l’Angleterre, menacée d’invasion, refuse de nous envoyer des renforts. L’Amérique, par la voix de son Président , nous assure de « son extrême sympathie ». La France est seule devant son malheur, chaque jour qui passe rapproche l’ennemi des bords de la Méditerranée. La marée allemande menace de recouvrir tout le pays et d’envahir l’Afrique.

Le maréchal Pétain refuse de quitter le sol métropolitain : « Il est impossible, sans déserter, d’abandonner la France, le devoir du Gouvernement est, quoi qu’il arrive, de rester dans le pays, sous peine de ne plus être reconnu comme tel. Priver la France de ses défenseurs naturels dans une période de désarroi général, c’est la livrer à l’ennemi, c’est tuer l’âme de la France. Je resterai parmi le peuple français, pour partager ses peines et ses misères « .

Le Gouvernement du maréchal Pétain

Le 16 juin, Paul Reynaud donne sa démission et propose de confier le Gouvernement à « une haute personnalité recueillant le respect unanime de la Nation ». Il désigne le maréchal Pétain. Jeanneney et Herriot, présidents du Sénat et de la Chambre des députés, confirment ce choix. Léon Blum lui-même autorisera 2 socialistes (Rivière et Février), qui prendront respectivement le portefeuille des Colonies et celui du Travail, à entrer dans ce Gouvernement dont il connaît les intentions déclarées. Le maréchal Pétain succède à Paul Reynaud et forme son ministère. Le gouvernement Pétain recueille l’adhésion quasi-unanime du parlement et de la nation. Sa légalité et sa légitimité ne sont contestées par personne. Les puissances étrangères, du Vatican à l’URSS, lui délèguent des ambassadeurs.

L’Armistice

Le 17 juin 1940, Philippe Pétain prononce son premier message radio-diffusé aux Français, pour leur annoncer qu’il a demandé l’armistice (Appel du 17 juin). L’armistice sera signé à Rethondes le 22 juin 1940, approuvé par le conseil des ministres présidé par Albert Lebrun, Président de la République.

Les pleins pouvoirs

Le 29 juin le gouvernement Pétain quitte Bordeaux et s’installe à Vichy. La loi du 10 juillet 1940, par un vote des deux assemblées (569 voix pour, 80 voix contre et 17 abstentions) confie au maréchal Pétain la charge de Chef de l’Etat , avec les pleins pouvoirs.

Elle lui donne pour missions de promulguer une nouvelle Constitution de l’Etat français, garantissant les droits du travail, de la famille et de la patrie. Cette Constitution sera préparée dans le cadre défini par les assemblées de la IIIème République mais ne sera pas promulguée, le maréchal Pétain estimant qu’elle ne peut l’être que de Paris, dans une France libérée. Il institue donc un régime provisoire, pour le temps de l’occupation.

Respectueux du mandat des assemblées, le maréchal Pétain entreprend son œuvre de rénovation : organisation de la Nation dans ses cadres naturels, familles, professions, communes – organisation de la vie sociale afin d’abattre les privilèges et supprimer la condition prolétarienne.

Un tel programme n’est réalisable que s’il est accompagné d’un vigoureux redressement de l’esprit national et d’une remise à l’honneur des valeurs spirituelles. Le maréchal Pétain pose les fondements de son Régime : corporation paysanne, charte du travail, légion des combattants, chantiers de la jeunesse. Cette République hiérarchique et sociale est basée sur la promotion du talent et du mérite.

La Révolution Nationale

Dés son entrée en fonction, le gouvernement du maréchal Pétain entreprend un programme de réforme sous le nom de Révolution Nationale, dont le but est de restructurer la société française et de jeter les bases de l’Etat français qui doit être un Etat national et social.

Fondée sur la devise « Travail, Famille, Patrie » et ayant pour emblème la Francisque, la Révolution Nationale met l’accent sur le retour à une société traditionnelle, patriarcale et hiérarchisée guidée par l’ordre moral : elle prône les valeurs traditionnelles, telles que la religion, le patriotisme, l’importance de la famille et du travail de chacun. Les anciens combattants et la jeunesse forment le cœur de cette nouvelle société, avec la création, le 29 août 1940 de la Légion française des combattants et l’institution le 30 juillet 1940 des Chantiers de la jeunesse.

Rompant avec le socialisme et le capitalisme, le monde du travail est réorganisé dans le cadre des corporations s’appuyant sur une nouvelle charte du travail (loi du 4 octobre 1941). Parallèlement, des comités d’organisation sont institués par secteur de production (16 août 1940).

Ce Gouvernement annonçant un « ordre nouveau » est donc à la fois traditionnel et moderne, qui s’attachera à appliquer dans tous les domaines l’œuvre du maréchal Pétain.

La Collaboration

Face à l’exigence des Allemands, l’action du maréchal Pétain tend prioritairement à préserver l’essentiel : l’indépendance de l’Etat Français, la défense de l’empire, la protection de la flotte, le retour des prisonniers et l’allègement du coût écrasant des frais d’occupation. Le 16 juillet, dans cette optique, Pétain accepte de rencontrer Hitler à Montoire le 24 octobre 1940. La poignée de main protocolaire entre les deux chefs d’Etat sera exploitée, après la guerre, par les adversaires du régime du Maréchal qui en feront le symbole de la collaboration.

Cette entrevue cependant était, 4 mois après la défaite, la première étape du redressement de la nation qu’il convient de replacer dans le contexte international de l’époque : les Anglais et les gaullistes ont attaqué Dakar les 23 et 24 septembre 1940 et ont été repoussés, car le Maréchal est résolu à défendre l’Empire Français contre toute agression, d’où qu’elle vienne, selon les conventions de l’armistice. Hitler, rassuré sur ce point, pense pouvoir dégager des forces sur le front ouest pour les retourner vers l’est. D’autre part Franco, sur l’intervention du Maréchal, refuse à Hitler son appui pour attaquer Gibraltar et franchir le détroit pour s’emparer de nos possessions africaines. Hitler abandonne le projet. L’Empire Français est donc sauvé.

Montoire, dira le ministre allemand von Renthe-Finck, « constitue la plus grande défaite de la politique allemande vis-à-vis de la France. Nous n’y avons rien obtenu (…) si il n’y avait pas eu Montoire, il n’y aurait probablement pas eu de débarquement allié en Afrique de Nord. »

Le docteur Paul Schmidt, interprète du Führer, conclut la relation de l’entrevue, dans ses Mémoires, par ces mots chargés de sens : « Je suis enclin à considérer le vainqueur de Verdun comme celui qui l’a emporté diplomatiquement dans le duel de Montoire ».

Comme le chef de l’Etat le fera remarquer dans son discours à la nation, le 30 octobre, où il reconnaît que « cette rencontre a suscité des espérances et provoqué des inquiétudes »,… « une collaboration a été envisagée entre nos deux pays… j’en ai accepté le principe. Les modalités en seront discutées ultérieurement ». En utilisant la forme passive (« une collaboration a été envisagée… »), le Maréchal prend ses distances. Ce n’est qu’une possibilité, il ne se renie pas, il attend de voir. Dans l’esprit du Maréchal, la collaboration était une série d’avenants aux clauses de l’armistice, « donnant-donnant », de petits avantages en échange de petites concessions. Lors de l’entrevue de Montoire, Hitler qui s’était vu refusé par Franco l’accès à Gibraltar, espérait obtenir de Pétain des bases en Afrique du Nord. mais Pétain fit en sorte que la discussion s’enlisa sur le sujet. Le chef de l’Etat garde néanmoins des contacts avec les Anglais (missions Rougier et Chevalier), les États-Unis (par l’intermédiaire de leur ambassadeur l’amiral Leahy) et l’Espagne de Franco.

Devant les exigences allemandes, anglaises ou américaines, le Gouvernement français, dans la mesure du possible, fit toujours valoir ses Droits sans concession. En témoignent l’arrestation, le jugement, la condamnation à mort et l’exécution de 42 espions à la solde des puissances de l’Axe, la riposte victorieuse de la marine française sur la flotte anglaise à Dakar, la détermination de l’amiral Robert face aux prétentions des Américains qui voulaient s’emparer de l’or de la banque de France entreposé à la Martinique.

L’Etat français et les Juifs

Quelques jours après l’invasion de la France, dès le 20 mai 1940, les Allemands placent les entreprises abandonnées par leurs responsables, sous la direction d’administrateurs provisoires désignés par eux. Cette mesure touche en priorité les biens juifs dont les propriétaires ont fui. Les Allemands récidivent avec l’ordonnance du 27 septembre 1940 en imposant aux autorités administratives françaises de ficher les personnes qui appartiennent à la religion juive. Ne voulant pas laisser le Reich s’ingérer dans le domaine législatif dont il est seul responsable, le Gouvernement français réagit en créant par la loi du 16 août 1940 les comités d’organisation pour l’industrie et le commerce qui interposent l’Etat entre l’occupant et les entreprises. Le 10 septembre 1940, l’Etat français affermit son droit de désigner lui-même les administrateurs provisoires. Après avoir protesté à maintes reprises contre cette ingérence allemande sur la question juive et les mesures raciales prises par l’occupant, le maréchal Pétain signera le premier acte portant sur le statut des juifs (loi du 3 octobre 1940) qui suit de quelques jours l’ordonnance allemande du 27 septembre. Ce statut dont les mesures administratives sont discriminatoires « ne visait aucunement à la disparition des Juifs », écrit René Rémond dans sa préface à l’ouvrage d’Asher Cohen : Persécutions et Sauvetages. Il instaure un « numerus clausus » interdisant ou restreignant l’accès des Juifs à certains professions, mesure accueillie avec indifférence par l’opinion française qui manifeste quelques réserves envers l’influence de la communauté juive. Au début de l’été 1942, les Allemands informent le Gouvernement français qu’ils ont décidé de déporter tous les Juifs résidant en France, sans distinction entre Juifs de nationalité française et Juifs étrangers ou apatrides. Devant les protestations du Gouvernement français les Allemands proposent un compromis, indiquant que les Juifs français seraient épargnés, si la police française participait à l’opération. Le maréchal Pétain et le Gouvernement doivent s’incliner devant ce chantage pour tenter de protéger en priorité les Juifs de nationalité française.

Les chiffres suivants sont parlants : En 1940, 730 000 Juifs vivaient dans la mouvance française (400 000 en Afrique du Nord et 330 000 en Métropole). 76000 furent déportés dont 3% survécurent. C’est donc 90% des juifs résidant en France et en Afrique du Nord qui échappèrent à la solution finale et 10% qui en furent victimes. Ce taux de 90% est à comparer avec celui de 6% qui, selon Raul Hilberg, s’applique aux survivants de l’ensemble des collectivités juives d’Allemagne, d’Autriche, de Belgique, de Grèce, du Luxembourg, des Pays-Bas, de Pologne et de Yougoslavie.

Il est à noter que le maréchal Pétain s’est toujours opposé, avec succès, au port de l’étoile jaune en zone non occupée et en Afrique du Nord.

Source : marechal-petain.com


LA STRATÉGIE EXPECTANTE DE PÉTAIN

Par sa directive n°4 du 22 décembre 1917, Pétain, en sa qualité de généralissime, avait fixé l’objectif de sa stratégie expectante, c’est-à-dire d’attente : « L’entente, ne recouvrera la supériorité en effectifs qu’au moment où l’armée américaine sera capable de mettre en ligne un certain nombre de grandes unités ; jusque-là nous devons, sous peine d’une usure immédiate, conserver une attitude expectante, avec l’idée bien arrêtée de reprendre, aussitôt que nous le pourrons, l’offensive qui, seule, nous donnera la victoire finale ».

Cette stratégie défensive-offensive conduira à la victoire les armées françaises et alliées. Elle guidera de nouveau Pétain à son poste de chef d’Etat. Les principaux et remarquables moments de sa stratégie politique, résumés ci-après, en témoignent. Les lignes qui suivent sont extraites de « Réplique aux diffamateurs de la France » [du Général Jacques Le Groignec] (pp. 112 à 123) :

Le 16 juin 1940, soit quarante-huit heures avant l’appel de Charles de Gaulle, le maréchal Pétain déclare : « II y en a pour longtemps. Les Américains gagneront, comme en 1918. Il faut tenir jusque-là. » 1

Le 22 juin 1940, il signe un armistice et non une capitulation qui arrête la ruée de la Wehrmacht ; qui interdit à l’ennemi d’atteindre les rives méditerranéennes et de poursuivre en Afrique du Nord ; qui crée une zone Sud sans laquelle les juifs de France auraient subi le sort de leurs coreligionnaires polonais ; qui sauve des camps de prisonniers de guerre quelque deux millions d’hommes ; qui est considéré par les maréchaux allemands, dont Göring, comme la plus grosse faute du Führer.

Dès juillet 1940, il approuve la création des « Services spéciaux » qui, en deux ans, vont arrêter environ 3 000 espions de l’Axe, dont 42 seront condamnés à mort et non graciés, conformément à l’avis de la Commission des grâces, mais aucun des nombreux agents alliés avec lesquels ils collaborent. (Colonel PAILLOLE – Services Spéciaux)

— En dépit de l’agression britannique à Mers-el-Kébir (3 juillet 1940), il refuse toute idée de rupture : « Je ne laisserai pas commettre l’irréparable entre l’Angleterre et moi (…) Je garderai l’amitié des Etats-Unis. » 2

— Il rejette l’ultimatum allemand qui, le 16 juillet 1940, demande l’utilisation de huit bases aériennes au Maroc, et de la voie ferrée Tunis-Rabat, ainsi que la faculté d’user des ports d’Afrique du Nord. Il pose, dans sa réponse adressée le 18 juillet à Hitler, les bases de la stratégie défensive qu’il suivra jusqu’en novembre 1942. Il rejette les exigences allemandes et rappelle que le gouvernement français, devant l’impossibilité de continuer la lutte armée en France, avait « écarté l’idée d’un départ pour un de ses territoires d’outre-mer qui l’eût, tôt ou tard, mené à chercher refuge dans un pays étranger, ce qu’il ne voulait à aucun prix ». II reste résolu à appliquer loyalement la convention signée, mais tout aussi résolu à « repousser, sans égard aux conséquences de son refus », toute condition qui ne serait pas compatible avec son honneur. Il souligne que la France, « placée devant l’alternative dramatique de Mers el-Kébir, n’a pas hésité sur son devoir. Elle a mis au-dessus d’une longue confraternité d’armes le respect scrupuleux de la parole donnée à l’adversaire d’hier ; elle a scellé, du sang de ses marins, l’engagement qu’elle avait pris ». Il ajoute : « Je répète solennellement qu’il en sera de même dans l’avenir. La France honorera sa signature. »
Sa déclaration marque sa volonté de contenir l’Allemand sur les positions défensives définies par la convention d’armistice : ce qui implique, en retour, que la France respectera les clauses de celle-ci, mais ne s’engagera pas au-delà. « L’armistice, répète-t-il souvent, l’armistice à la sauce que vous voudrez liante ou piquante, mais pas d’arrangement, pas de traité. Je n’accepterai jamais un nouveau Francfort. » 3
L’interdiction signifiée à la Wehrmacht de prendre pied au Maroc a soulevé la fureur du Führer. Le risque existe donc que celui-ci ne cherche à imposer ses prétentions par la force. Face à cette hypothèse, Pétain précise, le 4 août, lors d’un conseil restreint auquel n’assistent que Darlan et Baudouin, la conduite à tenir au cas où la Wehrmacht entrerait en zone libre, et où il ne serait plus en mesure de gouverner avec indépendance : Darlan devra rejoindre l’Afrique du Nord et y exercera, au nom du Maréchal, l’autorité gouvernementale ; la marine de guerre le ralliera sur son ordre : « Je ne veux pas de papier, mais vous devrez considérer mon ordre comme définitif. Je ne reviendrai pas sur cette décision. D’autre part, il doit bien être entendu qu’elle restera strictement entre nous trois. Personne d’autre ne doit la connaître. » 4

En décembre 1942, à Alger, quelques jours avant son assassinat, Darlan confirmera cette décision : « Je me suis efforcé d’appliquer le plan du Maréchal prévu en 1940, au cas où la France entière serait occupée. » 5

Le 30 juillet 1940, il déclare devant Laval et le général d’Harcourt, as de la Première Guerre mondiale, qui en témoigne : « Les Anglais gagneront la guerre. » 6

Le 6 septembre 1940, il nomme, au poste de « Délégué général du gouvernement en Afrique française », le général Weygand dont il sait les sentiments anti-allemands et la soif de revanche. Le 20 septembre, il confie au professeur Rougier : « J’envoie Weygand en Afrique du Nord, avec tout pouvoir, loin des orages du Conseil des ministres, où il ne peut plus s’entendre avec Laval, et hors des regards des Allemands. Sa mission sera de sauvegarder l’Afrique du Nord et de former une armée capable de la défendre. Un jour cette armée nous servira, mais il est encore beaucoup trop tôt. »

Le 23 septembre 1940, les forces françaises basées à Dakar rejettent une attaque gaullo-britannique. Réaction dont les conséquences sont aussi bénéfiques à la France qu’à la cause alliée. Car la dissidence de l’A.O.F. aurait entraîné la rupture de l’armistice et l’invasion immédiate de la zone Sud et de l’Afrique du Nord. Le Haut commandement de la Wehrmacht, par la voix du général von Stülpnagel, le confirme à Huntziger. 7

Le 24 octobre 1940, jour de la rencontre de Montoire, au cours de laquelle le Maréchal tente en vain d’obtenir l’allégement du joug allemand et du sort des prisonniers, le professeur Rougier apporte à Churchill l’assurance que la France n’entreprendra jamais rien d’incompatible avec l’honneur contre son ancienne alliée. 8

Le 13 décembre 1940, Pétain démet Laval dont il connaît le patriotisme, mais dont il désapprouve la politique personnelle vis-à-vis de l’Allemagne.

Le 19 décembre 1940, faisant suite aux conversations entre Jacques Chevalier, ministre de l’Éducation nationale, et lord Halifax, secrétaire d’État aux Affaires étrangères, un mémorandum, classé MOST SECRET, est établi par celui-ci. Son contenu, constitue la preuve irréfutable de la réalité du pacte franco-britannique que l’histoire retient sous l’appellation d’ « accords Pétain-Churchill ».

Le 7 janvier 1941, Pierre Dupuy, chargé d’affaires canadien près le gouvernement français, adresse à MacKenzie King son rapport sur les contacts franco-canadiens. Il écrit notamment : « Le peuple français et son gouvernement sont de plus en plus anti-allemands. Ils considèrent qu’une victoire britannique est leur seul espoir de reconquérir leur propre indépendance. »

Le 2 mai 1941, Pétain apprend le prochain déclenchement de l’opération Barbarossa contre l’Armée rouge. Il s’exclame : « Les Allemands sont foutus ! » 9

Le 22 mai 1941, Pierre Dupuy, souligne dans un rapport adressé à Churchill : « Sous la pression allemande, le maréchal Pétain, les autorités militaires et les éléments les plus jeunes de la population française augmentent leur résistance et se préparent à reprendre les hostilités. Bien qu’impatients de combattre, ils ne veulent pas prendre le risque d’être écrasés une seconde fois et considèrent qu’ils doivent attendre jusqu’à ce que la Grande-Bretagne et l’Amérique soient prêtes à prendre l’initiative. (…) La clef de voûte de toute la politique française est la haine de l’Allemagne, même si les apparences insidieuses peuvent suggérer le contraire. » 10

Le 23 juillet 1941, Pétain s’adresse aux Saint-Cyriens des promotions Amitié franco-britannique et Maréchal Pétain, ainsi qu’aux Saint-Maixentais de la promotion Maginot qui sont réunis à Aix-en-Provence. Le Livre d’or de la promotion Maréchal Pétain rapporte : « … Courte causerie sur la situation de la France, les événements de Syrie, l’œuvre de rénovation entreprise, et le devoir de protection de notre Empire colonial menacé par nos voisins. Puis il prie les journalistes de le laisser seul avec les élèves, comme un grand ancien avec ses jeunes. Tout change alors : il affirme que les Allemands demeurent l’ennemi et que sa politique s’inspire de celle de la Prusse après Iéna, évoque le traité de Tilsit qui la laisse humiliée et amoindrie, mais non pas brisée, et se tournant vers le général Préaud lui demande de nous former en vue de cette revanche, en particulier de nous rendre aptes aux combats de guérillas qui ont conduit à la défaite des troupes impériales en Espagne. Il se lève enfin et nous salut ; dernier couplet de la Marseillaise et « Vive la France » général sur sa demande » 11

Le 2 août 1941, alors qu’André Poniatowski lui rend compte d’une mission qu’il vient d’effectuer Outre-Atlantique, dans le cadre des Services Spéciaux, il lui déclare que, dans l’hypothèse d’un entrée en guerre les États-Unis, leurs forces doivent, en priorité, débarquer en Afrique du Nord (Michel Poniatowski, Mémoires, tome 1, p. 113).

En mars 1942, il rencontre deux fois Weygand qui, à l’issue de leurs entretiens, déclare, le 9 avril 1942, au pasteur Boegner : « Le Maréchal peut céder encore ici ou là, mais il ne cédera jamais sur l’essentiel (…) Il est plus grand que jamais. » (Philippe BOEGNER, Carnets du Pasteur Boegner, 1940-1945, Fayard, pp. 173 et 175).

Le 7 mai 1942, il fait part de ses espoirs à son amie franco-américaine, M.A. Pardee, laquelle écrit : « II espérait un débarquement des troupes américaines dans un avenir pas trop lointain. Cela devenait nécessaire, urgent même. L’armistice durait trop longtemps, la lutte avec les occupants devenait terrible. » (Le Maréchal que j’ai connu, p. 174).

En juin 1942, il confie à son nouveau secrétaire, Jean Jardel : « L’Allemagne a perdu la guerre en 1918, parce qu’elle avait deux fronts. Elle l’a perdue dans les mêmes conditions, cette fois, et pour les mêmes motifs. Dans votre conduite, n’oubliez jamais ce que je viens de dire ». (Déposition de Jean Jardel – Procès du Maréchal, J.O. p. 301).

Le 8 novembre 1942, à l’annonce du débarquement américain au Maroc, il commente spontanément : « Je l’avais rêvé cette nuit. » Et, afin de donner le change à l’occupant, il radiodiffuse un message adressé à Roosevelt, protestant contre une agression à laquelle il ne peut que s’opposer, mais, par message adressé à Darlan qui est à Alger, il laisse à celui-ci toute latitude pour agir au mieux. Et, par le câble secret reliant Vichy à Alger, il donnera, le 10 novembre, son accord intime aux négociations engagées avec les Alliés (fac-similé de ce message publié par Coutau-Bégarie et Huan dans Darlan, p. 619).

— Dans la matinée du 8 novembre 1942, il convoque le chargé d’affaires américain Pinckney Tuck, lequel rend compte immédiatement à Washington de l’entretien. Il précise : « Comme je me levais pour prendre congé, le Maréchal me prit les deux mains dans les siennes, me regarda droit dans les yeux et sourit. Il m’accompagna jusque dans l’antichambre et retourna d’un pas guilleret vers son bureau en fredonnant un petit air. » (Foreign relations of the United States, 1942, volume II, pp. 430-432).

Et Woodruff Wallner, membre de l’ambassade américaine à Vichy, rapporte le compte rendu oral de Tuck : « Après les instants pénibles de la protestation, le père Pétain a eu un geste aimable. Il semblait rajeuni de vingt ans. Ses yeux bleus étaient clairs et pétillants. Le débarquement paraissait loin de lui déplaire. Il semblait heureux comme un pape, il m’a accompagné en chantonnant. » (Témoignage cité par Tournoux dans Pétain et la France, p. 411).

Le 19 novembre 1942, l’armée d’Afrique préparée par Weygand et Juin aux ordres de Pétain, rentre dans la guerre, en Tunisie, face à la Wehrrnacht. Puis, avant de débarquer en Provence et d’atteindre, en tête des forces alliées, les rives du Rhin et du Danube, elle couvrira de gloire ses drapeaux en Italie où à la suite des combats du Garigliano et de la prise de Rome, le général Clark, commandant la 5e armée américaine, jugera le Corps expéditionnaire français : « Plus vaillante unité combattante n’a jamais existé. » (Général Clark, Les Alliés jouent et gagnent).
Tel fut le couronnement de la stratégie expectante de Pétain qui, par l’armistice, avait permis d’arrêter les Allemands et de protéger la plate-forme du Maghreb d’où s’élancèrent en 1943 les forces alliées, qui, en septembre, débarquèrent en Corse et en Italie. L’historien allemand Krautkramer écrit: « Le combat mené par la France et la façon dont elle s’est relevée de sa défaite n’a pas commencé avec l’appel du 18 juin, mais tout a débuté – et peut-être avec plus d’efficacité – avec l’armistice de Rethondes. » (Vichy 1940-Alger 1942).
On sait comment l’armée d’Afrique, dont les cadres étaient des Français d’Algérie ou de Métropole, couvrit de gloire ses drapeaux en Tunisie et en Italie, puis au sein de l’armée B lors du débarquement en Provence, et, enfin, avec la 1ère armée française jusqu’au Rhin et au Danube.

Le 27 novembre 1942, l’ordre permanent donné dès l’armistice de juin 1940 de saborder les navires dont l’ennemi tenterait de s’emparer, est exécuté quand, avant l’aube, les VIIe et Xe Panzer pénètrent dans Toulon : 90 bâtiments jaugeant 225 000 tonnes, soit le tiers de la Marine de 1939, sombrent en quelques heures. D’aucuns estiment que ce drame pouvait être évité, mais personne n’a osé et n’osera contester que la preuve éclatante était ainsi faite qu’une collaboration militaire entre la France et l’Axe n’avait jamais existé, ni dans les esprits ni dans les faits.

— Au soir du 27 novembre 1942, Pétain ne dispose plus de l’Afrique du Nord ni de la Flotte de haute mer. Ces deux piliers de sa stratégie expectante lui avaient permis de contenir les Allemands en attendant que les États-Unis puissent intervenir en force. Cet objectif est désormais atteint. Il serait donc en droit d’envisager de quitter son poste. Son secrétaire général rapporte son rejet d’une telle éventualité : « Pour moi, partir, c’est de beaucoup la voie la plus facile ; c’est celle qui me délivre du calvaire que je gravis. Eh bien, non ! Je ne puis abandonner les Français, je suis un paratonnerre pour les Français. L’histoire dira plus tard que je leur ai évité de graves choses, je pense encore leur en éviter. Je resterai, devrais-je en souffrir encore beaucoup plus. » (Déposition de J. Jardel, Procès du Maréchal, J.O., p. 301).

— Dans les vœux qu’il adresse aux Français, le 24 décembre 1942, Pétain confirme son sacrifice et sa foi dans la victoire alliée : « En juin 1940, je vous avais promis de rester parmi vous. J’ai tenu ma promesse et me voici toujours au poste que l’Assemblée Nationale m’a assigné, toujours prêt à servir. Mon honneur à moi est de rester à ce poste face au danger, sans armée, sans flotte, au milieu d’une population malheureuse. » La péroraison est un message d’espérance : « À l’heure où il semble que la terre manque sous vos pieds, levez la tête vers le ciel. Vous y trouverez assez d’étoiles pour ne plus douter de l’éternité de la lumière et pour placer où il convient vos espérances. »
Après l’enregistrement de ces vœux pour la radiodiffusion, il confie à son entourage : « J’espère que les Français comprendront l’allusion aux Américains. Je pense que c’est clair. » (Tournoux. Pétain et la France, pp. 435-436, et Mme Bernard Ménétrel dont le témoignage écrit est cité dans Pétain et de Gaulle, Nouvelles Éditions Latines, p.275).


*
* *


L’âme de Pétain est là, dans le sacrifice et l’espérance. Clemenceau l’évoque dans Grandeurs et Misères d’une victoire : « Pétain était l’homme désintéressé par excellence (…) Je l’ai trouvé d’héroïsme tranquille, maître de lui, sans illusions, ni récriminations. Il est toujours prêt au sacrifice personnel (…) la vérité est que le pire ne lui faisait jamais peur et qu’il l’envisageait en héros, dans une inébranlable sérénité. »
D’un conflit mondial à l’autre, son âme n’a pas changé. Jean Guitton écrit : « Ce qui m’a le plus frappé, c’est l’identité de Pétain à travers les âges. Il n’a pas changé ; et qui d’entre nous change dans les profondeurs. » 12

Weygand, qu’une littérature malveillante tente d’opposer à Pétain, rendra à celui-ci le plus éloquent hommage : « Lorsqu’il s’agit d’hommes ayant joué un rôle aussi considérable, aucun trait de leur personnalité n’est indifférent ou inutile à connaître. Les ombres, si l’on tient à qualifier ainsi des nuances, mettent mieux en lumière l’éclat d’une image. Celle que l’histoire conservera du maréchal Pétain est toute de grandeur et de noblesse. » 13

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1. PÉTAIN à Albert RIVAUD – témoignage de celui-ci, cité par F. G. DREYFUS dans Histoire de Vichy (Éd. De Fallois p. 163)
2. Déposition de François CHARLES-ROUX au procès du Maréchal – J.O. du procès, p.88
3. H. DU MOULIN DE LABARTHETE – Le temps des illusions, p. 196. Le Maréchal évoque ici le traité de paix franco-allemand signé à Francfort le 10 mai 1871.
4. P. BAUDOUIN – Neuf mois au gouvernement, p. 278
5. DARLAN – Déclaration au journal TAM, décembre 1942.
6. TOURNOUX – Pétain et la France, p. 156
7. P. BAUDOUIN – Neuf mois au gouvernement, p. 399
8. L. ROUGIER – Les accords Pétain-Churchill
9. cf. LOTTMAN – Pétain, p.383.
10. cf. Pétain et les Américains (Nouvelles Éditions Latines, pp. 405-407)
11. Cet extrait du Livre d’or de la promotion Maréchal Pétain a été communiqué par le colonel Henry d’HUMIERES, et publié dans la revue Le Maréchal, n° 181. Le général Préaud commandait les deux écoles militaires.
12. Lettre de Jean GUITTON à l’auteur, publiée dans Pétain face à l’Histoire (Nouvelles Éditions Latines, pp. 110-114).
13. WEYGAND – Mémoires, Flammarion, 1950, tome 3, p.343.

Source : marechal-petain.com


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2ème émission (novembre 2014) :

3ème émission (mars 2016) :

Lire la retranscription de cette émission ici :
https://contrehistoire.wordpress.com/2016/07/23/adrien-abauzit-le-marechal-petain-a-initie-la-resistance-partie-1/
https://contrehistoire.wordpress.com/2016/07/23/adrien-abauzit-le-marechal-petain-a-initie-la-resistance-partie-2/

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Citations :

« Depuis les ministres de Vichy les ministres de Vichy jusqu’aux plus humbles fonctionnaires, il y avait d’innombrables Français qui détestaient et haïssaient les vainqueurs allemands, qui ne rêvaient que de faire revivre la France et qui, en attendant le jour de la libération, faisaient ce qu’ils pouvaient pour s’opposer aux exigences des Allemands et favoriser la cause des amis traditionnels de la France.
Rien ne serait plus injuste que de condamner tous ceux qui avaient des liens avec Vichy et de les considérer en bloc comme des collaborationnistes et des traîtres. Jusqu’en novembre 1942, au moins, l’immense majorité des Français patriotes estimaient que leur présence était plus utile en France.
Il fut extrêmement fâcheux que les Français combattants ne voulussent pas reconnaître ce fait et que, par leur propagande, ils s’attirassent une antipathie qui fût sensible à l’intérieur du pays. »

William L. Langer (diplomate américain) – Le jeu américain à Vichy (1947)

« Cela nous amène à poser cette question essentielle : tout bien considéré, la conclusion de l’armistice en juin 1940 était-elle la meilleure solution pour la France ? Étant donné ce que nous savons à l’heure actuelle, la réponse, semble-t-il, ne peut qu’être affirmative et il n’est pas inutile de rappeler que la majorité des Français, dans ces jours sombres, approuvèrent l’acte du Maréchal Pétain. Certes il eût été d’un grand secours pour les Anglais de pouvoir utiliser la flotte française en 1940-41 et à la vérité pendant toute la guerre. Par contre la France avait du moins, grâce à l’armistice, la possibilité de vivre. Il y avait une France non occupée, gouvernée et administrée par des Français, avec une armée de 100 000 hommes, et conservant encore tout au moins une certaine indépendance. Étant donné le sort qui fut réservé à la Pologne, à la Norvège et à presque tous les Etats de l’Europe continentale, cela n’est pas peu dire. Et si l’on ajoute que l’Afrique du Nord resta non occupée, ce qui ouvrit finalement le chemin de l’Europe, la cause de l’armistice semble entendue. »

William L. Langer (diplomate américain) – Le jeu américain à Vichy (1947)

« Pour le Département d’Etat, Vichy ce n’était pas seulement un vieillard sans défense et un groupe d’intrigants sans scrupules. C’était aussi un groupe d’amis très nombreux, sur qui nous pouvions compter et grâce au concours desquels nous pouvions peut-être apprendre beaucoup plus de choses sur l’ennemi que par tout autre moyen.
L’expérience et les relations d’un grand nombre de fonctionnaires du Quai d’Orsay étaient à notre disposition, tandis que le service de renseignements de l’armée française, qui avait été clandestinement réorganisé après la défaite, nous était ouvert.
Il eût été parfaitement ridicule de nous interdire l’accès de cette source importante de renseignements. Tout bien considéré, on ne peut s’empêcher de penser, que pour cette raison à défaut même de toute autre, la politique que nous avons suivie à l’égard de Vichy fut complètement justifiée. »

William L. Langer (diplomate américain) – Le jeu américain à Vichy (1947)

« Néanmoins, les relations s’améliorèrent nettement. La radio britannique modéra effectivement ses critiques à l’égard de Pétain, et la marine britannique ferma plus ou moins les yeux sur les envois de denrées alimentaires de l’Afrique du Nord vers la France. Les attaques contre les territoires coloniaux français cessèrent et les négociations de diverses natures se poursuivirent même, pendant quelques temps, soit à Lisbonne, soit à Madrid. »

« Des officiers de l’état-major de l’armée française et des membres du 2è Bureau appuyèrent ces mouvements de résistance dès le début. A la tête de l’un des groupes qui justifiaient les plus grands espoirs se trouvait le général de La Laurencie, ami et intime de Pétain, bien qu’il fût adversaire de la collaboration et nettement anglophile. Les efforts de La Laurencie tendaient à coordonner l’action des groupes de patriotes pour former une armée des « Amis du Maréchal ».

On disait que Pétain n’ignorait pas ces efforts et les approuvait tacitement. Ce mouvement avait pour objet l’établissement d’une organisation gouvernementale complète à une échelle réduite et la préparation de formations militaires pour aider les groupes de débarquement britanniques. »

William L. Langer (diplomate américain) – Le jeu américain à Vichy (1947)

« Nous savons maintenant de source allemande que Hitler était profondément déçu par les Français. La manière dont ils répondaient aux avances allemandes était évidemment réservée et ils demandaient constamment ce que serait le sort final de la France. Ils ne montrèrent jamais aucun empressement à entrer en guerre contre l’Angleterre. Étant donné que c’était là ce que Hitler désirait le plus ardemment, sa déception s’expliquait aisément. »

William L. Langer (diplomate américain) – Le jeu américain à Vichy (1947)

« Le compte rendu du procès Pétain constitue un volume de près de quatre cents pages à trois colonnes, contenant une grande quantité de renseignements précieux donnés par ceux qui furent mêlés aux évènements, depuis Reynaud, Weygand et Laval jusqu’aux simples secrétaires.

J’ai lu chaque mot de ce compte rendu et j’ai peine à croire que quiconque, faisant de même, n’ait pas l’impression que la condamnation du Maréchal fut, au fond, un jugement politique. Non que les débats du procès aient confirmé la thèse de la défense. Pétain demeure une énigme.

Tout ce qu’on peut dire impartialement, c’est que, de toute évidence, il s’efforça de servir la France selon son idée. Il demanda avec insistance la conclusion d’un armistice en 1940, parce qu’il jugeait que c’était la seule chose sensée qu’on pût faire. Il prôna la révolution nationale, parce qu’il n’avait pas confiance dans la démocratie et qu’il la tenait pour principale responsable de la défaite de la France.

Au cours de l’automne 1940, il considéra probablement qu’il était inévitable de collaborer quelque peu avec l’Allemagne, parce qu’il désespérait de la Grande-Bretagne et des États-Unis. Après quoi, il changea définitivement d’avis, et fit ce qu’il put pour réduire la collaboration au minimum. »

William L. Langer (diplomate américain) – Le jeu américain à Vichy (1947)

« Il est maintenant prouvé que d’une manière concluante que les Français, même au moment de l’armistice, étaient résolus à ne pas livrer la flotte et, si l’on tentait d’une façon quelconque de s’en emparer, à la saborder.

La marine était réellement le seul élément substantiel de force qui leur eût été laissé. C’était une excellente flotte, dont les Français étaient très fiers. Il est absolument improbable qu’ils l’eussent jamais abandonnée, soit aux Allemands, soit aux Anglais. »

William L. Langer (diplomate américain) – Le jeu américain à Vichy (1947)


« Des Français seront peut-être surpris, un jour, en lisant ces tristes pages de l’histoire de leur pays, de constater qu’en 1940 il aura suffi d’une propagande habile pour accréditer l’idée monstrueuse que Pétain, le héros de Verdun, Weygand, le chef d’état-major du maréchal Foch, Darlan, l’amiral de la flotte française, Dentz, Esteva, Chatel, Noguès, Boisson, les proconsuls qui gouvernaient les vastes territoires de Syrie, du Liban, de Tunisie, d’Algérie, du Maroc et d’Afrique occidentale, étaient tous des traîtres à leur patrie. Nos descendants se demanderont comment leurs ancêtres ont pu être dupés par des accusations aussi grossières. Ils trouveront peut-être, dans la douloureuse opposition créée artificiellement entre citoyens d’un même pays, l’explication du long calvaire que les Français durent subir longtemps encore après avoir été libérés de l’étreinte d’un impitoyable occupant.
Il suffisait pour un Français de se trouver alors d’un côté ou de l’autre de la Manche (ou de l’Atlantique) pour être considéré comme un traître ou un héros. Traître celui qui se trouvait aux prises avec un ennemi victorieux et implacable. Héros celui qui, solidement amarré à son micro et protégé par un bon bras de mer, pouvait faire superbement la leçon à ses compatriotes et défier d’autant plus impunément l’ennemi qu’il en était éloigné. »

Gaston Henry-Haye, ambassadeur de France aux États-Unis en 1940-1942


« Il est une chose, cependant, que ni les Anglais, ni les Américains, ni même la plupart des Français ne parvenaient à comprendre : c’est que le Maréchal, au moment de l’occupation de la zone libre par les Allemands, ne soit pas parti, comme M. Churchill le lui avait demandé à maintes reprises, et comme il pouvait le faire maintenant, puisque les Allemands, en reprenant leur parole, le relevaient de la sienne, et qu’il n’était plus lié à par l’armistice.
Je vis le Maréchal à ce moment critique, c’est-à-dire très précisément le 11 novembre 1942. Mon opinion personnelle était que le Maréchal devait sur le champ quitter la France pour l’Afrique du Nord, afin de sauvegarder l’indépendance et l’unité du gouvernement français, et qu’il pouvait le faire sans aller contre sa parole, puisque les Allemands venaient eux-mêmes de briser la clause essentielle de l’armistice. Je le lui dis. Le Maréchal me répondit : « J’ai promis à la France de rester : son sort est le mien. »
Il resta donc. Mais il resta « comme un prisonnier », répétant avec insistance : « Dites le bien à nos amis. »
Pétain était resté sur le sol de France pour continuer à la défendre, dans la mesure où il le pouvait encore. De fait, par son intervention, grâce à son prestige personnel, il sauva la vie à de très nombreux patriotes, condamnés à mort par la Gestapo : je suis de ceux-là.
Et lorsqu’en février 1943, on demanda la liste de tous les étudiants et étudiantes en âge de faire du S.T.O. pour être envoyés en Allemagne, il répondit : « Pas une étudiante. Et les étudiants après les examens d’octobre. »
Pas une étudiante n’alla comme S.T.O. en Allemagne. Et, en octobre, les étudiants avaient créé le maquis. »

François-Xavier de Bourbon-Parme (résistant) (1889-1977) – Les accords secrets franco-anglais de décembre 1940


« Le grand mensonge se craquelle. Le jour n’est pas loin où les Français sauront que lorsque De Gaulle envoya en France ses trois premiers missionnaires, Rémy, Fourcaud, Duclos (alias Saint-Jacques), ils trouvèrent comme appui en terre françaises les services vichyssois, des agents du maréchal Pétain, des morceaux de l’armée déjà structurés pour résister par ordre du général Huntziger. Ce que les spécialistes savent, les Français finiront par le savoir : le premier mouvement de résistance civile est le mouvement d’Alsace et son chef, qui vit toujours, sait mieux que personne que le premier appui qu’il rencontra fut celui du maréchal Pétain qui lui fournit l’argent et le matériel qui lui étaient nécessaires.
L’un des missionnaires de De Gaulle, Fourcaud, à son retour de Londres, mangea le morceau : la résistance, c’était Vichy.
(…) Entre 40 et 44, l’œuvre de De Gaulle consista à s’adjuger des victoires qu’il n’avait pas gagnées, à s’attribuer des mouvements qu’il n’avait pas suscités, à prendre en main une turbulence héroïque à laquelle il n’avait pas participé. Car, dès que le drame eut été annoncé par les trois coups fatidiques, De Gaulle était à l’abri. »

Jacques Laurent – Mauriac sous De Gaulle (1962)


« Pendant la tragique semaine vécue à Bordeaux – il faut enfin le révéler – le gouvernement du Maréchal avait fait transférer en Angleterre, d’où elle devait rejoindre les États-Unis, la précieuse provision française d’eau lourde, grâce à laquelle les Alliés de la France gagneraient la guerre, cinq ans plus tard.
L’épopée de l’eau lourde, reconstituée au cinéma, a été présentée aux Français en 1948. On leur a montré comment la France s’était procurée l’eau lourde en Norvège. On leur a montré des savants travaillants dans les laboratoires du Collège de France. On leur a montré l’eau lourde prenant le chemin de l’exode et trouvant asile dans la prison de Riom. On leur a dit que l’eau lourde avait passé l’Océan, et permis la victoire finale, mais on n’a pas osé leur dire que le Conseil des ministres en avait délibéré le 18 juin, en présence du Maréchal et du général Weygand.
On leur a tu que c’est M. Jean Bichelonne, fonctionnaire et futur ministre du Maréchal, qui avait signé l’ordre de mission des savants chargés de transférer l’eau lourde hors de France. Personne n’a encore eu l’élémentaire dignité de dire que c’est à cause de cela que Bichelonne fut arrêté par la Wehrmacht, à l’été 1940, et que ce sont Pétain et Laval qui réussirent, par des arguments de droit, à l’extraire des geôles allemandes où il devait retomber et succomber en 1944.
Qui trompe-t-on ? Pourquoi trompe-t-on ? La vérité fait-elle si peur ? La connaissant, les Français seront obligés de réviser leur jugement sur une période douloureuse et grandiose de leur histoire. C’est ce que certains ont encore intérêt à empêcher. »

Louis-Dominique Girard – La guerre franco-française (1950)


Déclaration de l’ambassadeur Américain en France, l’Amiral Leahy, au procès de Pétain :

« Pendant la période où j’ai eu l’honneur d’être ambassadeur des États-Unis en France, j’ai tenu en très haute estime votre amitié personnelle et votre dévouement au bien du peuple français. Vous m’avez souvent exprimé votre espoir fervent de voir annihiler les envahisseurs nazis. Pendant cette période, à diverses reprises et en diverses occasions, vous avez, à ma demande, agi contre les intérêts de l’Axe et favorablement à la cause des Alliés. Dans tous les cas où vous n’avez pas accepté mes recommandations de vous opposer aux Puissances de l’Axe, vous alléguiez qu’une telle action positive aboutirait à une oppression supplémentaire de votre pays par les envahisseurs. J’avais alors, et j’ai maintenant la conviction que votre but principal était le bien et la protection du malheureux peuple de France. »


Déclaration de l’Amiral Leahy, ambassadeur des États-Unis à Vichy, à la presse américaine le 9 juin 1942 :

« Mes relations avec le maréchal Pétain, pour lequel je maintiens une haute estime personnelle, ont été pendant tout mon séjour, étroites, cordiales et utiles aux intérêts de son pays. Il est sous une constante et cruelle pression de l’envahisseur qui lui rend très difficile d’accomplir tout ce qu’il voudrait pour le salut du pays. »


Déclaration de Walter Stucki (ambassadeur de Suisse en France pendant la guerre) au procès Pétain :

« Au cours des quatre années et plus de ma résidence à Vichy, j’ai rencontré très fréquemment le maréchal Pétain. Nous nous entretînmes souvent du problème de la collaboration franco-allemande. Le maréchal Pétain manifesta toujours à l’endroit des Allemands une grande aversion, voire des sentiments de haine marqués.
Souvent, il me déclarait à peu près ceci : la France est battue.
Les Allemands sont pour le moment seigneurs, tout-puissants dans notre pays. Il faut nous accorder avec eux d’une manière ou d’une autre, mais cela est bien amer et difficile, mais c’est nécessaire, s’il faut sauver la France pour un avenir meilleur. J’estime de mon devoir de rester dans le pays et d’atténuer par ma présence, dans la mesure du possible, les souffrances de la France.
Je n’ai jamais eu l’impression que le maréchal Pétain, au contraire de certains autres Français, ait jamais sérieusement cru en une collaboration durable et profonde avec l’Allemagne.
Je sais, d’après de nombreuses remarques de diplomates et d’officiers allemands, qu’on ne se faisait point d’illusions en Allemagne sur les véritables sentiments et intentions du Maréchal, qu’on ne lui accordait aucune confiance et qu’à toute occasion on essayait de réduire ses pouvoirs et son influence et qu’il était étroitement surveillé. »


Déposition du résistant, le général Picquendar au procès Pétain. Picquendar a camouflé du matériel militaire aux Allemands, mis en place un plan de mobilisation en cas de débarquement américain en Provence, puis reconstruit du matériel clandestinement :

« Dès le mois d’octobre, des officiers du Cabinet du Maréchal m’ont donné l’assurance que nous avions l’appui moral du Maréchal. Cela m’a permis, bien souvent, pour obtenir des concours dans les autres Ministères. »
« Le Maréchal m’avait fait appeler pour me demander où en était la question des armements.
Naturellement, nous n’avions pas d’artillerie lourde et nous n’avions que quelques chars. Nous avons essayé de faire parvenir aux Alliés la liste du matériel qui nous serait nécessaire.
En outre, nous avons mis en fabrication des automitrailleuses blindées dans des usines souterraines camouflées dans la Corrèze. Ces usines nous permettaient, vers le mois d’octobre 1942, de sortir 220 automitrailleuses blindées.
Nous avons entrepris la fabrication de grenades antichars d’un modèle tout nouveau, supérieur à tout ce qui était alors en service dans les armées alliées. Vers octobre 1942, nous avions déjà plusieurs milliers de ces grenades.
Le Maréchal, en janvier 1942, me félicita et me dit de continuer parce nous n’aurions jamais une armée française trop puissante. »


Extrait du livre « Chemins secrets », du Colonel Groussard (résistant) :

« J’entrai pour arriver à mes fins, en contact direct avec l’entourage du Maréchal Pétain.
Cet entourage, à mon avis, était à l’époque composé d’un certain nombre d’hommes qui n’étaient aucunement atteints par ce qu’on a défini depuis par l’esprit de collaboration. Ainsi que j’ai pu m’en rendre compte quand je les ai approchés, ils avaient ressenti au fond d’eux-mêmes comme la plupart des Français, la honte d’une telle défaite et ils considéraient l’Allemand, malgré l’Armistice, comme l’ennemi. Il faut voir Lémery pleurer de rage en apprenant la conclusion des accords du Général Catroux avec les Japonais, il faut avoir assisté à la colère d’Alibert quand il apprit que les Allemands avaient exigé le départ de Rivaud, il faut avoir entendu Peyrouton dans ses explosions de haine contre les Nazis et Laval qui continuait dans l’ombre à tisser sa toile, pour être persuadé que ces hommes étaient quoiqu’on en dise des patriotes. »

Le 14 juin 1941, le colonel Groussard, envoyé secrètement à Londres par le général Huntzinger, ministre de la Défense de Vichy, avec l’assentiment du maréchal Pétain, est reçu par Winston Churchill qui lui déclare :

« Dîtes à ceux qui vous ont envoyé ici que je comprends la situation pénible qui est la vôtre, dans cette malheureuse France saignante, pressurée, coupée en deux… Je sais que la tâche de vos chefs est presque surhumaine ; je les approuve de vouloir protéger le plus possible la France et les Français : mais je leur demande de ne pas oublier que les Alliées continuent à se battre ; je leur demande d’avoir foi en l’avenir… Moi aussi, si je gouvernais votre pays, je ne dirais pas aux Allemands : « Je vous déteste ! », parce qu’il faut toujours éviter le pire, avec acharnement… Moi aussi, je biaiserais, je chercherais à gagner du temps, à propos de tout ; mais j’aiderais par tous les moyens possibles ceux qui restent mes compagnons d’armes… Dîtes à Vichy que je respecte profondément la personne du Maréchal Pétain. Jamais je n’ai cru que cet homme puisse souhaiter la victoire allemande. »

Extrait du livre « Chemins secrets » du Colonel Groussard :

« En ce jour que j’évoque, j’étais venu chez Ménétrel intercéder pour un camarade. Il s’agissait d’un Alsacien, un homme remarquable, nommé Dingler, qui avait monté en Alsace, c’est-à-dire dans une province devenue allemande de fait, des noyaux de résistance : l’entreprise, à l’époque, dénotait un beau courage. Dingler avait besoin, pour continuer à assurer ses liaisons, de lots de vêtements, de souliers et de pneus. Nous avions pu nous débrouiller en ce qui concernait habits et chaussures, mais, pour les pneus, nos efforts étaient demeurés à peu près vains. Ménétrel m’ayant, en des cas analogues, donné un appui précieux, j’avais songé à recourir à lui en l’occurrence. Je me gardai de parler de Dingler devant Pétain.
Le plus curieux, ce fut que dès le lendemain Ménétrel entretint le Maréchal des besoins de Dingler. Pétain voulut voir lui-même celui-ci. L’Alsacien obtint donc un rendez-vous et, en homme qui n’a pas froid aux yeux, il indiqua au chef de l’Etat, avec force détails, l’objet de son activité. Sans sourciller, Pétain s’occupa sur-le-champ de lui fournit les pneus qu’il réclamait d’urgence… » [Ndlr : Groussard parle de Paul Dungler (chef de la résistance alsacienne) dont il orthographie mal le nom]


Déposition du général Bergeret (Secrétaire d’Etat à l’aviation) au procès Pétain :

« L’armistice de juin 1940 avait supprimé en totalité l’Armée de l’Air française. Toute activité aéronautique nous était interdite dans le secteur industriel, comme dans le secteur technique, scientifique et commercial.
Les plénipotentiaires français, dont j’étais, avaient, à grand’peine, obtenu à Rethondes et à Rome, que ne fussent pas livrés aux puissances de l’Axe les avions de guerre qui avaient été engagés contre les puissances de l’Axe. On avait obtenu seulement que ces avions de guerre soient démontés et stockés, sous contrôle, sur des bases françaises.[…]
A Wiesbaden, on entama donc de laborieuses négociations. Il fallut littéralement arracher, avion par avion, les autorisations nécessaires. En définitive, on obtint la modification en faveur de la France des clauses de l’armistice, mais il fallut, parallèlement, prendre toute une série de mesures clandestines, car les commissions de contrôle prescrivirent toute une série d’interdictions pour que cette aviation française reconstituée ne soit jamais, pour l’Axe, ni un danger, ni une menace.
De ces mesures clandestines infiniment nombreuses et variées, je pourrais citer ici 50 exemples. Je me bornerai, si vous le voulez, aux deux qui m’ont paru les plus caractéristiques : les plates-formes d’opérations en Afrique du Nord ; et l’exemple d’une Ecole clandestine ; celle de Bellevue.
Le maréchal Pétain a été tenu, par mes soins, au courant de toutes ces mesures. Il les a approuvées, en dépit des risques certains que ces mesures comportaient.
Le résultat, c’est que lorsque j’ai quitté le Sécrétariat d’Etat à l’Air, le 12 avril 1942, une force aérienne de 54 groupes aériens, soit exactement 980 avions de guerre, avait été remise sur pied, ainsi que les organes techniques et les écoles indispensables à l’entretien de ces effectifs.
Cette aviation était déployée, moitié en Afrique du Nord, en A.O.F et moitié dans la Métropole. Elle était prête, tant du point de vue technique et tactique, que du point de vue moral, à reprendre sa place dans la lutte : elle l’a, depuis, démontré.[…]
Le troisième problème était de maintenir avec les alliés les contacts indispensables à la reprise de la lutte au moment opportun. Pour cela, dès septembre 1940, nous avons remis sur pied un organisme qui s’appelle le Service secret de Renseignement de l’Armée de l’Air, que la convention d’armistice avait supprimé. Nous l’avons fait dans la clandestinité au moyen d’officiers placés théoriquement en congé d’armistice.
Voilà quelle a été l’activité de ce service : dès septembre 1940, il a organisé trois réseaux : un réseau d’écoutes radiotélégraphiques, un réseau radiogoniométrique et un réseau d’agents grâce auquel il a été permis de suivre le déploiement de l’activité et l’ordre de bataille de l’aviation allemande déployée sur le continent, les renseignements obtenus étant transmis immédiatement à Londres par un réseau d’émetteurs clandestins servi par le personnel de l’aviation militaire française.
En mai 1941, ce même service a envoyé à Londres le commandant Berrueta, afin d’établir une liaison permanente entre l’Intelligence Service et l’aviation française.
C’est ce même service qui, au début de 1942, dans la Région de Chateauroux, a dû se charger de l’exécution clandestine d’agents allemands qui avaient été au courant d’une partie de son activité.
Messieurs, pour financer cette action, j’avais besoin de fonds secrets, car il ne m’était pas possible d’utiliser les différents chapitres du budget, lesquels étaient publiés au Journal officiel.
Le maréchal Pétain jusqu’à mon départ du ministère, m’a régulièrement fait accorder les fonds secrets importants indispensables au financement de cette action.
Quel a été – c’est ma conclusion – le résultat de cette politique ? Eh bien, en novembre 1942, 27 groupes d’aviation français (22 en Afrique du Nord, 5 en A.O.F), comportant chasse, bombardement, reconnaissance et transports, ont effectivement repris la lutte aux côtés des Alliés contre l’Axe.
Autre résultat de cette politique : 25 bases aériennes complètement équipées, 20 plates-formes d’opérations dans le Constantinois, 2 ateliers industriels de l’Air achevés après l’armistice et en pleine activité en novembre 1942, 5 parc aéronautiques, des centaines de véhicules techniques, du carburant aéronef et un personnel de spécialistes servant à l’effectif de 19.000 sous-officiers et hommes de troupe, ont fourni aux aviations alliées un appoint de première importance, qui a fait, de la participation française à la reprise de la lutte, tout autre chose qu’un geste symbolique.
Ainsi, Messieurs, l’aviation française, reconstituée après l’armistice et malgré l’armistice, a représenté très exactement les 7/8e des effectifs aériens français, reprenant, aux côtés des alliés, la lutte contre l’Axe.
Si après l’armistice de juin 1940, le Gouvernement du maréchal Pétain n’avait pas pris la décision de refaire une force aérienne française, la part de la France dans la bataille de la libération eût été, en ce qui concerne l’Air, réduite de huit à un, très exactement.
Si, par ailleurs, les contacts avec les Alliés n’avaient pas été maintenus dès 1940, si les services que je viens d’énumérer n’avaient pas été rendus aux Alliés, j’affirme, pour ma part, qu’en novembre 1942, à Alger où j’étais, il n’eût pas été possible d’obtenir immédiatement comme nous avons pu l’obtenir, la fourniture par les Anglais et les Américains, du matériel moderne indispensable à l’Armée de l’Air pour la poursuite de la lutte.»


Témoignage de Paul Schmidt, traducteur du corps diplomatique allemand, dans son livre « Sur la scène internationale » (1950). Il raconte le fameux entretien de Montoire, entre Pétain et Hitler :

« En ce 24 octobre 1940, dans la nuit commençante, sous la lumière indécise des falots éclairants le quai de la petite gare, il était difficile, au premier regard, de distinguer le vainqueur du vaincu. Bien droit, malgré son grand âge, dans sa tenue toute simple, Pétain eut presque un geste souverain en tendant la main au dictateur, tout en le fixant d’un œil inquisiteur, glacial, pénétrant. […]
Les deux hommes se serrèrent silencieusement la main sans qu’un sourire vînt éclairer leur visage. En leurs personnes, la France et l’Allemagne semblaient s’affronter. Tous les assistants, y compris les sentinelles présentant les armes, sentirent passer le souffle de l’Histoire. […]
« Nous avons déjà gagné la guerre, dit Hitler en répétant ses propos de Hendaye. L’Angleterre est battue, il faudra bien, tôt ou tard qu’elle en convienne. » Puis il ajouta : « Il est évident que quelqu’un doit payer les frais de cette guerre perdue. Ce ne peut être que la France ou l’Angleterre. Si c’est cette dernière, la France pourra reprendre en Europe la place qui lui revient et conserver pleinement sa situation de puissance coloniale. » […]
Pétain observait toujours en silence mais à l’attention avec laquelle il écoutait ma traduction, je me rendais bien compte qu’il suivait les déclarations d’Hitler avec le plus vif intérêt, sous son apparence glaciale, presque absente. Laval, par contre, manifestait plus de nervosité, essayant de deviner les pensées des deux hommes.
« L’énergie avec laquelle la flotte française s’est défendue à Mers-el-Kébir, sans reculer devant de graves pertes en hommes et en matériel, a fortement impressionné l’Allemagne » prononça Hitler qui aborda alors le problème crucial : « La France continuera-t-elle à défendre son empire colonial contre toute attaque, comme à Dakar ? Est-elle prête à reconquérir les territoires passés à la dissidence du général de Gaulle ?
Pétain ne répondit pas. Hitler redemanda avec insistance ce que ferait la France si l’Angleterre l’attaquait à nouveau.
Le Maréchal déclara alors que son pays avait trop souffert, moralement et matériellement, pour se lancer dans un nouveau conflit.
Hitler en fut manifestement irrité. « Si la France ne veut pas se défendre elle-même et nourrit encore des sympathies pour les Anglais, s’écria-t-il d’un ton hostile, elle perdra son empire colonial à la fin de la guerre et se verra imposer ses conditions de paix aussi dures qu’à l’Angleterre.
– Jamais une paix de représailles n’a eu de valeur durable dans l’Histoire, répliqua le Maréchal d’un ton glacé. […]
Pétain écouta tout en silence. Pas une seule fois il n’eut un mot aimable pour Hitler ou pour l’Allemagne. Son attitude donnait une sorte de hauteur, paraissant peu de mise dans la situation où se trouvait la France en cet automne de 1940. […]
Je n’ai compris qu’après la guerre l’attitude que le maréchal Pétain avait eue à Montoire en apprenant que le jour même de cette entrevue fameuse, le professeur Rougier discutait en son nom avec Churchill, apportant à celui-ci l’assurance que la France n’entreprendrait jamais rien d’incompatible avec l’honneur contre son ancienne alliée. Aujourd’hui quand je compare le compte rendu de cet entretien de Londres, autrement plus concret, avec celui de Montoire, et en tenant compte des évènements ultérieurs, je suis enclin à conclure que le maréchal Pétain fut le vainqueur diplomatique de Montoire. […] J’eus alors l’impression et je l’ai toujours aujourd’hui, que la France n’avait aucune raison de se sentir humiliée par l’attitude que ses deux représentants eurent devant les vainqueurs, à Montoire, en ma présence. »


Extrait d’une lettre écrite par Ribbentrop à Pétain le 4 décembre 1943 :

« Si l’on jette un regard sur les trois dernières années des rapports franco-allemands, il reste incontestable que les mesures que vous avez prises en votre qualité de Chef de l’État ont eu malheureusement trop souvent le résultat de rendre plus difficile la collaboration qui pourtant était poursuivie par le gouvernement français. Cette lutte constante contre tout travail positif a eu pour conséquence de rendre impossible par votre résistance permanente la nomination aux postes les plus importants du Gouvernement Français et de l’administration des hommes dont l’attitude loyale aurait assuré l’exécution d’une politique raisonnable de consolidation intérieure de la France. Pour toutes ces raisons, vous ne serez pas surpris, M. le Maréchal, si le gouvernement du Reich observe votre activité avec une réserve toujours croissante… »


Télégramme du 14 avril 1942 de Robert Murphy (consul américain à Alger) au Département d’État :

« Pendant son séjour en Afrique du Nord, j’ai eu plusieurs conversations avec Alain Darlan, le fils de l’amiral Darlan, qui paraît être dans la confidence de son père. Samedi soir, j’ai dîné avec lui et l’amiral Fénard. Ils ont consacré leurs efforts à exposer les propositions suivantes : le maréchal Pétain et l’amiral Darlan sont convaincus de la victoire américaine. Ils veulent être avec nous et croient que nous sommes pour la restauration de l’Empire français. Ils détestent les Allemands et abhorrent les Italiens. Ils ne peuvent faire plus à l’heure actuelle qu’essayer de maintenir l’unité de la nation française et permettre à sa population de subsister. La flotte française ne tombera jamais dans les mains de l’Axe, et de toute évidence le personnel naval français ne se battra jamais avec ou pour l’Axe. Le maréchal Pétain et l’amiral Darlan sont déterminés à empêcher l’Afrique du Nord de tomber sous la coupe de l’Axe. Nous, Américains, m’ont-ils répété, nous devrions nous montrer plus compréhensifs et mois durs lorsque des concessions sont faites à l’Axe du moment que les objectifs les plus importants sont réalisés. […] L’ardeur et l’apparente sincérité des paroles du jeune Darlan et de Fenard et leur désir non caché de voir la France coopérer avec les États-Unis sont très encourageantes. »


Extrait de la déposition du résistant alsacien Charles Bareiss au procès Pétain :

« Nous sommes persuadés que cet armistice a évité à la France de devenir une deuxième Pologne. Il a évité à la France de devenir un immense camp de concentration, et de connaître des déportations en masse.
La Résistance est une œuvre qui n’a été rendue possible que par cet armistice obtenu par le Maréchal, […].

Il est certain par ailleurs, que l’armistice a permis à la France de garder intactes ses positions nord-africaines qui, à mon avis, ont été le premier gage conduisant à la victoire finale, l’écrasement de l’Allemagne. »

« Il est de mon devoir d’affirmer que, par mes camarades d’Alsace, le Maréchal était toujours et pendant tout le temps que j’étais en liberté en Alsace, parfaitement au courant de la résistance, et il n’a jamais cessé de l’encourager. Il a profité de chaque occasion qu’il a eue pour nous envoyer la bonne parole. »

« Nous avons été condamnés – 13 camarades – le 10 mars 1943.
Immédiatement, nos amis se sont portés à Vichy et sont intervenus auprès du maréchal Pétain qui a immédiatement entrepris des démarches, et qui est arrivé, en faisant jouer toute son autorité personnelle, à obtenir, par l’intermédiaire de Ribbentrop et du chef d’état-major de l’armée allemande, le maréchal Keitel, le sursis à notre exécution. Je peux affirmer que seule, l’intervention personnelle du Maréchal a pu nous nous sauver la vie, parce que le Gauleiter Wagner, le Gouverneur d’Alsace et de Bade s’était opposé formellement à une fin favorable à notre grâce, et avait exigé notre exécution, au moins la mienne. »


Déposition d’André Lavagne (directeur adjoint du cabinet civil de Pétain) au procès Pétain :

« En quatre ans, au Cabinet du maréchal, le Maréchal a usé, si je puis employer ce terme, environ 25 personnes. Sur ces 25, il y en a eu un tué par la Gestapo ; quatre ont été déportés, le général Laure, mes deux chefs-adjoints, Sèvre et Estèbe, et Chaveron lui-même. Deux ont été arrêtés par la Milice ; un autre, pourchassé par la Gestapo, a échappé de justesse. M. Jardel et moi, après avoir été en assez mauvaise position, avons finalement pu échapper. Vous voyez que le pourcentage de 25% au cabinet du Maréchal n’est pas tellement mauvais. Nous avons fait ce que nous avons pu. »


Extrait de la déposition du général Serrigny au procès Pétain :

« Au mois de février 1941, M. Franco, revenant d’Italie, avait demandé une entrevue au maréchal Pétain. Cette entrevue eut lieu à Montpelier.
A son retour, le Maréchal me manifesta les craintes que lui inspirait la situation.
« Franco, me dit-il, m’a dit qu’Hitler lui demandait l’autorisation de traverser l’Espagne pour venir attaquer Gibraltar et lui demandait d’occuper Tanger. »
Je lui ai dit :
« Monsieur le Maréchal, vous ne pouvez pas permettre une chose pareille ! »
« Franco, m’a-t-il dit, a beaucoup insisté pour que je l’appuie en cette circonstance ; il peut compter sur moi.
Le 21 avril 1941, je revoyais le Maréchal. Le Maréchal me dit :
« La situation internationale est extrêmement grave ; elle est si grave que Darlan qui, jusqu’ici, prenait des décisions sans même m’en rendre compte, Darlan maintenant ne bouge plus le petit doigt sans avoir, au préalable, pris mon avis.
– Mais, lui dis-je, monsieur le Maréchal, en quoi la situation est-elle si grave ?
– Elle est si grave parce qu’Hitler m’a demandé l’autorisation – et vous savez ce que ce mot-là veut dire – de faire traverser par ses troupes la zone libre, de façon à venir, à travers l’Espagne, attaquer Gibraltar et occuper le Maroc espagnol. De là, il nous demande l’autorisation de transporter ses troupes à travers l’Algérie et la Tunisie, ainsi que tous ses ravitaillements. Vous voyez les conséquences de l’occupation de l’Afrique du Nord par les Allemands.
– Vous ne pouvez pas faire cela, monsieur le Maréchal, lui dis-je.
– Vous pouvez être tranquille, je pèserai de toutes mes forces dans la balance pour empêcher une pareille chose…
Deux mois se passent. Le 24 mai, je revois à nouveau le Maréchal qui me dit :
« La situation internationale est éclaircie. Les Allemands en traverseront pas la zone occupée, ne traverseront pas l’Espagne, n’iront ni en Algérie, ni en Tunisie. »
Il ne me dit pas de quelle monnaie il avait payé cette assurance.
Mais le général Doyen vous a répondu à cet égard. Le général Doyen vous a dit que le général Vogel, à la Commission d’armistice à ce moment était venu déposer une demande d’Hitler, demande tendant à ce que le gouvernement de Vichy livre à l’Allemagne les approvisionnements, les munitions, les carburants et les canons qui se trouvaient en Afrique du Nord. C’est la monnaie dont a été payée la liberté de l’Afrique du Nord !…
Et le général Doyen, dans sa simplicité de militaire, a vu là une trahison !
Non, c’était un immense bluff, où, pour la première fois peut-être, les Allemands ont eu le dessous. Ils demandaient un bœuf, c’était l’Afrique du Nord ; on leur a donné un œuf, qui était les maigres approvisionnements en question. Et cet œuf même on l’a cassé entre temps, grâce à l’action du général Weygand, grâce à l’action de tous les Français qui étaient en Afrique à ce moment aussi bien des fonctionnaires que des dirigeants d’industrie, que des employés, que des ouvriers qui ont tout fait pour que ces approvisionnements n’aillent pas en Tripolitaine.
Il n’y avait pas un bateau qui quittât un port de l’Afrique du Nord sans qu’il soit au préalable signalé par radio à l’Amirauté britannique, de façon que ce bateau soit coulé en route. Tout ceci a été fait d’accord avec le Maréchal.
J’estime par conséquent, je le dis hautement, que le Maréchal a bien mérité de la patrie !
Je vais plus loin. On a dit ici que le général de Gaulle avait reconnu que l’Afrique du Nord avait été la plate-forme de la victoire. En protégeant cette plate-forme même part des moyens qui peuvent paraître à beaucoup un peu dangereux, le Maréchal Pétain est en réalité un des artisans occultes de la victoire. »


René Norguet était secrétaire d’Etat à l’industrie, puis à la production industrielle sous les gouvernements Laval. Il est arrêté en février 1944 par les Allemands pour faits de résistance. Extrait de sa déposition au procès Pétain :

« A partir du moment où les Allemands ont considéré qu’une des causes possibles de leur défaite était l’absence d’essence, ils sont devenus extraordinairement irritables et insistants dans ce domaine. Ils ont voulu mettre la main sur les pétroles d’Aquitaine. Ces pétroles sont un espoir français. Les sondages y ont été poussés suivant toutes les règles de la technique mais c’était pour l’avenir. Dans le présent, il ne fallait pas que le pétrole sorte.
Les Allemands se sont méfiés et ils ont fini par intervenir. Ils voulaient avoir et des sondages accélérés, et une participation financière.
C’est un devoir pour moi de dire qu’à la suite de cette lutte, mon Directeur des Carburants a été déporté. Le Directeur des Pétroles d’Aquitaine a été déporté et il est mort en Allemagne. Un fonctionnaire de la Direction des Carburants a été déporté, il est mort. Pour Mény, Président du Comité d’Organisation des Carburants, dont je parlais tout à l’heure, j’espère qu’il est encore trop tôt pour dire qu’il est mort en Allemagne, mais il a été déporté et il y a quelques jours encore sa famille était toujours sans nouvelles.
Cette lutte que nous avons menée, je ne puis pas dire qu’elle ait été toujours la ligne des indications officielles qui nous étaient données. Je veux dire en particulier, qu’à partir du retour de Laval au pouvoir, quelque chose a grincé quelquefois dans cette organisation, et que les efforts que faisait l’équipe que nous formions pour minimiser les demandes allemandes, pour les retarder, pour ne pas livrer ce qui nous était demandé, n’étaient probablement pas complètement approuvés.
Par contre, je dois dire que, interrogé d’une façon assez régulière par le Cabinet du Maréchal, et lui rendant compte bien entendu, exactement de ce que nous faisions, il m’a a toujours été répondu : « Bien continuez. » « 


Déposition de Jean Jardel au procès Pétain :

« Je suis arrivé chez le Maréchal en juin 1942, sur les instances pressantes de M. Lucien Romier, ministre d’Etat. J’en suis parti en décembre 1943, sur l’ordre des Allemands.
Quand je suis arrivé chez le Maréchal – c’était un mardi matin de juin – le Maréchal m’a immédiatement tenu les propos suivants : « L’Allemagne a perdu la guerre en 1918 parce qu’elle avait deux fronts. Elle l’a perdue dans les mêmes conditions cette fois et pour les mêmes motifs.
Dans votre conduite, n’oubliez jamais ce que je viens de vous dire ; »
Je passerai maintenant à un fait différent qui se passe le matin du 11 novembre 1942.
Le 11 novembre 1942, les Allemands ont violé la ligne de démarcation, ils sont entrés en zone libre.
En l’absence du chef de Gouvernement, le Maréchal a réuni dans son cabinet le général Weygand, qui était venu à Vichy pour les affaires d’Afrique, M. Rochat, secrétaire général des Affaires étrangères, et moi-même.
Il est décidé de faire immédiatement une protestation solennelle et publique sur cette violation des clauses de l’armistice.
Le Maréchal la lira au maréchal von Rundstedt qui se trouve de passage à Vichy. Elle sera ensuite radio diffusée.
Le Martéchal von Rundstedt arrive. Il est introduit dans le cabinet du Maréchal qui lui lit la protestation. L’entrevue est, d’ailleurs, très brève et glaciale. Le Maréchal von Rundstedt paraît surpris et décontenancé – il ne s’attendait certainement pas à cette protestation – et regagne son train.
Pendant ce temps, on vient me prévenir que des Ministres s’étaient réunis dans une antichambre et discutaient de l’opportunité de publier la protestation avant que le chef du gouvernement arrive à Vichy. Il est arrivé vers 11 heures ou midi.
Je suis allé dans l’antichambre. J’ai pris le ministre de l’Information par le bras, je l’ai conduit au Maréchal qui lui a donné l’ordre immédiat de passer la protestation sur les ondes.
Elle a passé, effectivement et, cette protestation a, sans doute, facilité l’opération d’Afrique du Nord en déliant en quelque sorte le serment de fidélité les troupes et les fonctionnaires qui se trouvaient en Afrique.
Le jour du sabordage de la flotte, je me trouvais, le matin, dans le Cabinet du Maréchal. Le Maréchal était très triste ; nous évoquions cette question ; et, à un moment, la question de son départ se posa. Le Maréchal me dit : « J’ai bien réfléchi à cette question. Mais j’ai donné ma parole que je ne quitterais pas le peuple français, que je souffrirais avec lui jusqu’au bout. D’autre part, la voie du devoir n’est pas la voie la plus commode ou la plus facile. Or, pour moi, partir, c’est de beaucoup la voie la plus facile ; c’est celle qui me délivrera du calvaire que je gravis. Eh bien, non ! Je ne peux pas abandonner les Français. L’Histoire dira plus tard que je leur ai évité de graves choses ; je peux en souffrir encore beaucoup plus. »
Enfin, je voudrais citer un dernier fait, qui se passe en juin ou juillet 1943.
Les Allemands demandent avec vigueur la dénationalisation collective des Juifs qui ont été naturalisés depuis 1936 ou 1937 . Ils ont même préparé un projet de loi. La question vient au conseil des Ministres. Le Conseil ne se prononce pas. Alors, le Maréchal, pour que le refus soit certain et immédiat, évoque lui-même la question. Une note est rédigée, qu’il signe, pour les Allemands, dans laquelle il refuse catégoriquement la dénaturalisation. Cette note, d’ailleurs, a été remise aux Allemands à Paris.
Très longtemps, pendant plusieurs mois, les Allemands, ont demandé à plusieurs reprises de reprendre la question. Ils ont menacé le Maréchal d’arrêter ses amis israélites de Paris ; je crois qu’ils l’ont fait pour une des personnes. Jamais le Maréchal n’a signé. »


Extrait de la plaidoirie du Bâtonnier Payen au procès Pétain :

« M. le Bâtonnier Payen – Le Maréchal a cherché d’autres occasions de se rapprocher de l’Angleterre. Il y a eu ce qu’on appelle les accords Worms. Dans cette salle même, il y a un mois ou deux, on a plaidé au sujet des accords Worms.
Qu’est-ce que c’était que ces accords Worms ? Les accords Worms, du point de vue qui nous intéresse, c’était la décision prise par la France au lendemain même de l’armistice, de céder immédiatement tous ses navires à l’Angleterre ; c’était le transfert des charte-parties signées par la mission française : « …Quant aux navires chargés, les conditions ci-dessus seront également appliquées aux navires chargés. L’ordre de procéder au déchargement de ces navires sera donné par les autorités anglaises… »
En bon français : tous ces bateaux qui nous appartenaient, qui transportaient, pour nous Français, des marchandises ou des munitions, tous ces bateaux qui étaient en mer au moment de l’armistice, ont reçu tout de suite un télégramme envoyé sur les instructions du Maréchal en leur disant : « Il faut que tous ces bateaux soient transférés en Angleterre, contenant et contenu. »
N’est-ce pas une preuve de plus que le Maréchal désirait être utile à l’Angleterre ? Qu’il ne désirait pas être utile aux Allemands ? Vous retiendrez ces accords Worms.
Autre chose. Le bénéfice de tous les contrats d’armement passés par la France avec les industriels américains a été transféré à l’Angleterre.
Vous savez ce qui s’était passé : Nous avions fait beaucoup de commandes aux Etats-Unis, parce que notre industrie était insuffisante pour assurer notre armement et la fabrication de nos munitions. Donc, on a passé beaucoup de commandes aux Etats-Unis.
Tout de suite après l’armistice, le Cabinet du Maréchal donne des ordres pour que le bénéfice de ces contrats passés avec les industriels américains soit transféré aux Anglais. Ça n’a pas été sans peine, et M. Stettinus, Secrétaire d’Etat aux Affaires Etrangères, a fait, là-dessus, un livre, où il indique que l’on pouvait craindre en juin 1940, que le nouveau Gouvernement, celui du Maréchal, s’opposât au transfert à l’Angleterre des contrats de fabrication d’armement passés avec la France, par les industriels américains. Mais ce transfert s’est réalisé avec l’accord du Maréchal. C’est M. Stettinus qui dit cela et qui ajoute : « Il en est résulté que toutes les armes destinées à la France ont pu passer entre les mains de la Grande-Bretagne. Il faut attacher à ce fait une importance très appréciable. »
Voilà encore quelque chose qu’il n’est pas inutile de dire.
Troisième opération : le Maréchal a fait expédier, via Casablanca, au gouvernement américain, tous les plans et maquettes des chars de combat français, plans qui ont servi très utilement, paraît-il – c’est encore M. Stettinus qui nous le dit – aux constructeurs des Etats-Unis.
Est-ce fini ? Non. Au début de la guerre, c’est-à-dire avant l’armistice, un colonel français, qui a un nom roumain, le colonel Gorretzianu, a fait installer sur ordre, pour le compte de la France, une dépendance, une succursale du 2e Bureau à Lisbonne.
En juin 1940, un des premiers soins du Cabinet du Maréchal c’est de lui donner l’ordre de continuer ce service « en organisant une liaison avec les services anglais ». Ce n’est pas de la trahison au profit de l’Allemagne, je pense ! »


Extrait de « Mémoires d’un Français rebelle » (1948) de Georges Loustaunau-Lacau (résistant) :

« Malgré Laure, Malgré Fernet, je voyais souvent le Maréchal en cachette. Il se doutait bien de ce que nous faisions, mes camarades et moi, et ce n’était pas pour acheter des prunes à l’entr’aide qu’il avait fini par me donner trois cent mille francs, somme énorme à mes yeux. Au fond, je lui apportais « l’air vrai du royaume » et quand je lui disais que « ses dauphins sentaient le crabe », que les Américains fabriquaient des chars de 50 tonnes et des avions de 25, que la Sibérie se couvrait de hauts fourneaux gigantesques, il m’écoutait passionnément. »


Extraits de « Pétain contre Hitler » (1966) de Gabriel Jeantet (chargé de mission au cabinet du Maréchal Pétain, arrêté par la police française le 27 juillet 1944, livré aux Allemands deux jours plus tard) :

« Vichy, fin juillet 1943. Le docteur Bernard Ménétrel accueille dans son bureau de l’Hôtel du Parc, voisin de celui du Maréchal, Paul Dungler, chef de la résistance clandestine d’Alsace. Les deux hommes se connaissent depuis 1940 et s’estiment. Ménétrel est à la fois le médecin du Maréchal et le chef du secrétariat particulier. Dungler, c’est l’Alsace. Pendant les vingt années de l’entre-deux guerres, il a été de tous les combats pour la défense de l’Alsace française et traditionnelle, luttant avec la même passion contre les agents de division intérieure et de désagrégation morale que contre les menées d’un autonomisme agressif et nazifié.
Dungler est tenace, têtu, intransigeant. C’est un bloc. Sa force repose sur une double assise qu’aucun cataclysme n’a le pouvoir d’ébranler : sa religion et sa patrie. Il est chrétien. Il en est fier. Le doute ne l’effleure pas. Comme un croisé, il puise dans sa foi la justification de ses actes et ses raisons d’agir.
Ce cri « Ils sont foutus ! » en parlant des Allemands vainqueurs, c’est toute l’Alsace déjà sous la botte qui le pousse avec Dungler dès l’automne 1940 lorsque celui-ci tisse de Thann à Mulhouse, Colmar, Strasbourg et jusqu’à Bâle les mailles de la 7e Colonne d’Alsace.
Pétain a soutenu la résistance d’Alsace dès le premier jour car les Allemands violent la convention d’armistice en soumettant l’Alsace à un régime d’annexion qu’une clause secrète n’autorise. Il a remis des fonds à Dungler et donné des instructions à Ménétrel pour que toutes les facilités dont le Cabinet peut disposer soient données à Dungler et à ses amis : titres de voyages, dotations en essence, cartes d’alimentation et même fausses pièces d’identité.
En mars 1942, Dungler est arrêté au domicile qu’il occupe dans la région de Lyon. Les policiers découvrent chez lui un poste émetteur radio. Dès qu’il en est informé, le Maréchal exige de Pucheu, ministre de l’Intérieur, la libération immédiate de Dungler et que le poste émetteur lui soit restitué. Le commandant d’Ornant assure la liaison entre l’O.R.A. (Organisation de Résistance de l’Armée) et la résistance d’Alsace dont il est le conseiller militaire. Il est reçu à ce titre par Pétain et le tient informé.
Mais, en ce jour de juillet 1943, c’est le Maréchal qui a convoqué Dungler. Il le reçoit en présence de Ménétrel :
– On m’a dit que vous souhaitez vous rendre à Alger.
– Oui, monsieur le Maréchal, je dois organiser une liaison avec le général Giraud et déterminer les dotations en armement et en équipement dont le parachutage sera nécessaire dès que le moment sera venu pour les Alsaciens de reprendre les armes contre les Allemands.
– C’est une affaire que j’approuve à condition que tout soit réglé minutieusement avec le général Giraud. Il faut que vos troupes fassent preuve de discipline et qu’aucune action prématurée ne soit tentée quand elles auront reçu des armes. Cela serait préjudiciable à toute la population.
– Nous ne voulons pas agir isolément. Notre but est d’avoir les moyens de participer efficacement à la libération de la France quand le débarquement allié aura eu lieu. Une offensive menée d’Alsace gênera considérablement les Allemands.
– Eh bien, Dungler, je vais faciliter votre voyage car je vous envoie à Alger, pour accomplir une mission à laquelle j’attache une très grande importance. Vous irez trouver de ma part le général Giraud et le général de Gaulle. J’ai déjà utilisé des émissaires, mais ils ont été défaillants. Ils n’ont pas pu ou ils n’ont pas su transmettre avec autorité le message dont je les avais chargés. Vous, avec votre mauvais caractère d’Alsacien, je suis certain que vous rapporterez exactement ce que je vais vous dire et que vous saurez insister, s’il le faut, pour que je sois parfaitement compris.
Je sais qu’en Afrique du Nord un grave problème de conscience s’est posé pour les officiers qui m’ont juré fidélité et m’ont prêté serment. – Cet engagement concernant l’Armée, je l’ai rédigé moi-même. – Il est dit qu’ils me doivent obéissance en tout ce que je leur commanderai pour le succès des armes de la France. Or, où sont les armes de la France depuis que les Allemands ont supprimé l’armée d’armistice ? Elles sont en Afrique. Et le devoir des officiers qui sont en Afrique est de se battre et d’accepter les ordres de ceux qui sont là-bas pour les commander.
Allez voir Giraud et de Gaulle dans cet ordre ; le général Giraud en premier. Vous leur direz que je reporte sur leur tête le serment qui m’a été prêté ; que les officiers doivent en être informés par vous qui êtes mon envoyé. Ils vous croiront. Le général Giraud vous connaît et sait que vous avez ma confiance. Vous leur direz que je leur propose à tous deux que nous nous réunissions dès la libération de Paris, sous l’Arc de Triomphe, où je leur transmettrai les pouvoirs dont je suis investi ; ce sont les seuls légitimes. Et je me retirerai dans ma propriété de Villeneuve-Loubet. Ménétrel vous mettra dans la filière pour passer à Figuéras. »

« Georges Reynal, directeur du Service central photographique du Cabinet du Maréchal, a reçu un coup de téléphone en provenance d’Annecy l’informant qu’une opération qui met en mouvement des forces importantes du Maintien de l’Ordre, gendarmerie et Milice, va être engagée pour réduire le maquis constitué sur le plateau des Glières. On lui demande de prévenir d’urgence le colonel Pfister, l’un des chefs de l’ORA, afin qu’il intervienne auprès du Maréchal et tente de différer cette opération militaire.
Le colonel Pfister étant absent, Reynal s’adresse à Ménétrel. Nous pensions qu’il faut tout tenter pour empêcher ce combat qui marquerait les débuts d’une véritable guerre civile faisant s’affronter les forces du Maintien de l’Ordre et celles d’un important maquis organisé militairement où les éléments troubles ne dominent pas.
L’officier qui commande les troupes du Maintien de l’Ordre en Haute-Savoie est le colonel de gendarmerie Lelong. Il reçoit ses ordres de Darnand, nommé depuis un mois Secrétaire général au Maintien de l’Ordre. Si le colonel Lelong envisage de passer à l’offensive, c’est en exécution d’un ordre supérieur et Ménétrel ne voit pas la possibilité d’agir rapidement et efficacement auprès de Darnand pour faire rapporter une décision qui relève de ses attributions et émane véritablement de lui.
Reynal suggère que lui soit remis un ordre en blanc signé du Chef de l’Etat. Il partira le soir même en voiture, roulera la nuit et sera avant le jour à Annecy. S’il y a urgence, il utilisera ce blanc-seing au mieux pour retarder l’intervention armée et donner au Maréchal le temps d’intervenir. Il pourra soit relever de son commandement le colonel Lelong, soit destituer le général Marion nommé préfet de Haute-Savoie.
Ménétrel pénètre dans le bureau de Pétain et en revient quelques instants après porteur de quatre ordres en blanc signés du Chef de l’Etat. Je remets à Reynal le minuscule appareil photographique Minox que j’ai pu me procurer en Suisse. Il pourra ainsi établir des clichés des pièces qu’il aura établies, s’il doit s’en dessaisir.
Reynal part en voiture accompagné de son adjoint Armand Van Werden qui appartient comme lui et son autre adjoint Joseph Magnaud à l’Organisation de Résistance de l’Armée. Le commissaire Janson, de la Sûreté Nationale, accompagne Reynal et Van Werden. Ils sont armés tous les trois. Leur voiture est arrêtée et fouillée à un barrage que les Allemands ont établi à l’entrée de Lapalisse. Il est vraisemblable que cette interception est due à une dénonciation car le départ précipité de cette voiture et les allées et venues qui l’ont précédé ont pu attirer l’attention des services de police de Vichy.
La présence des armes pour lesquelles Reynal et son adjoint n’avaient pas pris le temps de se faire donner un permis de port d’armes incite la Gestapo à procéder à une fouille plus complète qui amène la découverte des blancs-seings du Chef de l’Etat.
Les suspects sont transférés à la prison de Moulins et Reynal, interrogé sans relâche au sujet de l’usage qu’il aurait pu faire des papiers dont il était porteur, ne fera aucune révélation malgré les soixante-treize jours de cachot qui lui seront imposés. Les trois prisonniers seront déportés en Allemagne et Van Werden trouvera la mort dans un camp de concentration. »

« Le 24 juin, Henri Yvan, Attaché de Presse au Cabinet du Maréchal est arrêté le matin à son domicile par le commissaire Poinsot, sous-directeur de la Police judiciaire. Il lui est reproché d’avoir transmis aux Agences de Presse et à la radio le texte d’un message du Maréchal aux Légionnaires qui n’est favorable ni à Philippe Henriot, ni à Darnand […]
Dès que le Maréchal est informé de l’incident, il exige la mise en liberté immédiate de son collaborateur qui n’a agi que sur son ordre et dans l’exercice de ses fonctions. Le cabinet de Darnand répond que l’arrestation ayant été faite à la demande du ministre de l’Information Philippe Henriot, la mise en liberté d’Yvan dépend de lui. Tracou a grand mal à joindre Henriot au téléphone. Il y parvient enfin et le prie de faire libérer Yvan sur l’heure et de présenter ses explications et ses excuses au Maréchal. Henriot ne vient qu’à 5 heures de l’après-midi et joue la comédie ; il prétend que l’affaire ne dépend plus de lui, mais de Darnand.
Darnand est à son tour introuvable. Son directeur de cabinet déclare qu’il ne sait où le joindre et ne pourra lui faire parvenir aucun message avant le lendemain matin. Le Maréchal a envoyé le commissaire Rourre, attaché à sa personne, chef des voyages officiels, à la police judiciaire pour prendre des nouvelles du détenu et transmettre de la part de Pétain l’ordre de le libérer. Darnand restant introuvable, alors que nous savons qu’il est dans son bureau, Pétain téléphone personnellement au directeur du cabinet et l’informe qu’il ne quittera pas son bureau tant qu’Yvan ne sera pas de retour. Il lui est répondu que Darnand ayant enfin été joint, ordre est donné de libérer Yvan et que l’affaire n’aura pas de suite.
Il est 8 heures du soir. Pétain quitte son bureau, la canne à la main, prêt à regagner comme tous les soirs le château de Lonzat. Je m’approche de lui et lui dis : « Monsieur le Maréchal, si vous partez, nous ne reverrons pas Yvan ; il sera remis ce soir à la Gestapo. » Il me répond d’un ton uni, sans qu’un muscle de son visage marquât l’impatience ou l’irritation : « Je ne pars pas, Jeantet, mais dites-leur que j’attends sur le palier. » Cette maîtrise de soi, de la part d’un Maréchal de France qui ressent profondément l’outrage fait à sa personne et à sa dignité est saisissante. Nous sommes, Ménétrel et moi, pénétrés d’une rage froide. Les coups de téléphone se succèdent à la direction de la Police. Yvan n’arrivant toujours pas, Pétain regagne son bureau. Enfin le voici, accompagné du commissaire Roure. Il fait au Maréchal le récit des heures qu’il a passées avec une vingtaine de détenus dans une salle du Petit Casino transformé en prison par la Milice, entendant les cris et les plaintes de ceux qui subissent des interrogatoires dans les pièces voisines. Yvan confirme que le reproche formulé contre lui est bien d’avoir communiqué à la radio et aux agences le texte du discours du Maréchal aux Légionnaires. A travers Yvan, c’est Pétain qu’Henriot et Darnand frappent d’interdit. »

« Vous êtes témoin que le Maréchal a toujours été absolument opposé à la création de la Milice. Vous l’avez dit à Darnand. Nous avons tout fait pour l’empêcher. Je suis intervenu auprès de Laval. Tout cela en vain. La Milice existe. Eh bien, si on arrache au Maréchal un seul mot sur la Milice qui ne soit pas une critique, si on le photographie serrant la main de Darnand à l’occasion d’une cérémonie quelconque, c’est une imposture. Les Français s’engageront à la Milice ou y resteront en se disant que, dans le fond, Pétain n’y est pas hostile. Et nous, par nos pauvres petits moyens de transmission de bouche à oreille, par nos lettres informatives que de braves types font circuler, combien de gens toucherons-nous pour leur faire entendre la vérité ?
Et si le Maréchal demain porte une condamnation publique contre la résistance intérieure et tous les maquis comme va certainement l’exiger de lui avec tous les chantages habituels, qui ira expliquer que le Maréchal fait la distinction entre le rebut de la population qui crée certains maquis pour se livrer au pillage et à toutes les exactions sous le couvert du patriotisme et ceux qui passent dans la clandestinité pour se soustraire à des contraintes imposées par l’occupant et pour préparer méthodiquement leur participation à la libération du pays ? Qui dira qu’il ne condamne que ceux-là et ceux qui, dans un but de provocation à des fins politiques, se livrent à des attentats terroristes dont les conséquences sont d’atroces représailles. Pourrons-nous révéler qu’il reçoit ici, dans son bureau, le capitaine d’Ornant, officier de liaison de l’Organisation Secrète de la Résistance de l’Armée ? Et demain, des Français dénonceront des résistants sous le prétexte que le Maréchal condamne leur action ! »


Extraits de « L’ORA, la résistance de l’armée » du colonel A. de Dainville :

« Le 30 juin, par exemple, les généraux Weygand, Grandsard, de Lattre de Tassigny et un professeur en Sorbonne, M. Rivaud, discutent à Clermont-Ferrand sur les cours Sablon. Le général Frère racontera à l’abbé Vincent que, de cette conversation, est sorti l’ordre de camouflage des armes donné par le général Colson. Le 2 juillet, les représentants des régions ont été convoqués pour entendre l’exposé des mesures prévues de réorganisation de l’Armée. A ces directives officielles, le général Colson en ajoute d’autres plus confidentielles ; elles font l’objet d’une lettre personnelle manuscrite aux commandants de régions, les invitant à camoufler le matériel et les approvisionnements militaires. Elles doivent, en raison de leur caractère très secret, être portées et remises en main propre et commentées par des officiers d’une discrétion éprouvée. »

« La pensée du maréchal Pétain, très secrète, n’a jamais été vraiment pénétrée ; elle présente plusieurs facettes. Il a pris de nombreux contacts avec l’Armée dans les casernes et dans les camps ; certes, il avait besoin d’elle pour sa politique de rénovation nationale ; mais dans les propos qu’il tenait, il s’est souvent engagé plus qu’il n’était nécessaire et de nombreux officiers l’ont entendu prononcer des paroles sans ambiguïté (« Vous recommencerez la guerre », à La Courtine en 1942 par exemple, devant des officiers de la 12e DM). Il a sans aucun doute une certaine connaissance de la nature des activités clandestines de l’Armée. Le 4 décembre 1942, il visite à Clermont-Ferrand la direction régionale du service national des Statistiques et s’en fait exposer toutes les possibilités par le contrôleur général Carmille lui-même. C’est en janvier de la même année que le général Picquendar, chef d’état-major de l’Armée, l’entretient de la mobilisation clandestine. Pétain ne fait pas de commentaire, mais, dit Picquendar, « des officiers du Cabinet du Maréchal ont donné l’assurance de son appui moral. »
Si au fond de lui-même le Maréchal a approuvé la préparation secrète de l’Armée en vue de la libération du territoire, et cela paraît vraisemblable, il ne voulait en aucune façon s’y compromettre, il s’estimait lié par les conventions d’armistice. Un exemple illustre cette position. Dès janvier 1941, il reçoit Dungler, chef de la résistance alsacienne, expatrié d’Alsace par les Allemands ; il le reverra et il l’aidera, mais les Allemands ont annexé l’Alsace au mépris des mêmes conventions d’armistice et, sur ce point, il se considère comme libre. […] Pour la période qui nous intéresse maintenant, celle de la vie de l’Armée d’armistice (1940 – 1942), il fit preuve vis-à-vis de la clandestinité militaire d’une neutralité bienveillante. »


Extraits de « La victoire du vieux renard » du général André Laffargue :

« Cette stratégie n’a pas été seulement un chef d’œuvre de conduite, elle a été aussi, un tour de force. Car il a fallu préparer cette rentrée dans le conflit en déjouant la surveillance constante des commissions d’Armistice, en endormant les méfiances persistantes d’Hitler et en se gardant, en même temps, de tous ceux qui eussent dû être des auxiliaires et qui, mus par des mobiles divers, se faisaient, inconsciemment ou non, les auxiliaires d’Hitler.
Un tour de force qui dépasse, et de loin, celui tant vanté, réalisé par la Prusse après Iéna, sous l’œil sourcilleux de Napoléon. Un tour de force dont la France aurait dû se montrer fière au lieu de le transformer en trahison.
Or, ce tour de force, ni Joffre, ni Foch, ces deux grands vainqueurs de la précédente guerre, n’eussent été capables de le réussir.
Pourtant Joffre avait été l’ « unique » susceptible de remporter la victoire de la Marne, de même que Foch avait été aussi l’ « unique » à pouvoir gagner la longue bataille de 1918.
Eh bien, Pétain a été aussi l’ « unique » capable de prendre la barre en juin 1940 lorsque tout était perdu et de contribuer, ensuite, à ramener la victoire sur nos drapeaux.
Car, dans cette même situation, Joffre et Foch eussent échoué. Joffre, surtout, parce qu’il eût été excédé d’avoir à jouer un rôle politique à côté du rôle militaire. Quant à Foch, il eût explosé. Weygand a reconnu, lui-même, qu’il n’avait pas su durer. Et pas davantage de Lattre de Tassigny n’a su durer, puisqu’on a dû l’emprisonner à la suite d’une imprudence.
C’est qu’aucun de ces grands chefs, auprès desquels j’ai longuement servi ou que j’ai eu l’occasion comme Foch, de bien connaître sans avoir été directement sous ses ordres, n’avait la spécificité qui eût pu le faire qualifier d’ « Alte Fuchs », de « Vieux Renard » par Hitler. Parce qu’il fallait être vraiment un renard pour parvenir à enfermer le loup dans le filet où les chasseurs l’achèveraient. »

« C’est sans doute un épisode de sa vie secrète qui constitue peut-être le plus probant en même temps que le plus douloureux témoignage de son sens du devoir poussé jusqu’au sacrifice.
Etant lieutenant de chasseurs à pied, à Besançon, il avait tenté, à plusieurs reprises, de se marier, mais le sort lui avait été contraire. Or, en 1888, au cours d’un bal de garnison, il fait la connaissance d’une jeune fille et c’est le coup de foudre réciproque ; des promesses s’échangent. Alors le lieutenant demande à son capitaine, le futur général de Maudhuy, d’être son interprète auprès des parents de la jeune fille.
Seulement, si l’officier est sans fortune, les parents de la jeune fille, des industriels, sont fort riches. Ils donnent leur accord, mais à la condition que le lieutenant quittera l’Armée et entrera dans les affaires de la famille.
Condition crucifiante.
Pétain accourt à Mazinghem auprès de l’abbé Legrand qui remplace son père déjà décédé. Toute la nuit se passe, entre les deux hommes, en délibérations et prières. Pétain va-t-il céder à la tentation d’un amour paré de tous les charmes, renoncer au sacerdoce militaire ? Va-t-il imposer à la jeune fille une déception qu’il sait devoir être cruelle ?
Débat déchirant.
Enfin, à l’aube, il se décide : il déclare à son oncle qu’il ne reverra pas Marie-Louise et il renouvelle le serment, prêté à Saint-Cyr, pour la Revanche. Afin de disparaître de Besançon, il demande un congé sous prétexte de préparer l’Ecole de Guerre à laquelle il sera reçu.
Sur la façade de l’église de Mazinghem il est une pierre portant une simple date : 1888. Une pierre qui atteste un serment, témoigne d’un sacrifice et commémore un deuil, celui d’un cœur.
Peut-on trahir après un pareil sacrifice ? »


Extraits du tome 3 des mémoires du Général Weygand :

« Ma politique africaine se complétait d’une action militaire essentielle : refaire une armée capable le jour venu de reprendre les armes contre l’ennemi. »

« Malgré les progrès réalisés et les concessions obtenues, les forces autorisées par l’ennemi ne mettaient pas l’armée d’Afrique en état de rentrer un jour dans la lutte. Elle ne pouvait s’en contenter. Il lui fallait d’autres armes, d’autres effectifs, sa mobilisation devait être préparée, elle devait recevoir une impulsion guerrière. Je vais maintenant exposer ce qui fut accompli dans ce domaine. Sans doute me conformant au langage du jour, dois-je appeler « résistance » cette partie de mon activité. Elle ne me parut pas au temps où je l’exerçais mériter un nom spécial, parce qu’elle ne différait en rien de celle de ma vie consacrée à la lutte contre les ennemis de la France, et parce qu’elle était la naturelle continuation de la guerre, à laquelle l’armistice n’avait pas mis fin. »

« Ainsi m’était-je efforcé d’augmenter la puissance de l’armée d’Afrique par tous les moyens en mon pouvoir, d’orienter son activité, de lui donner un idéal. Conserver à la France la partie encore intacte de son empire colonial en se préparant à concourir à sa délivrance était un objectif bien propre à satisfaire ses ardeurs, à grandir encore sa valeur morale. »

« Les Anglais restent des alliés pour la France. Le maréchal Pétain est décidé à ne jamais prendre, quoi qu’il arrive, l’initiative d’un acte d’hostilité et a fortiori d’une entrée en guerre… Il est capital d’éviter de donner aux Allemands l’impression d’une entente et, par-là , d’un prétexte pour étendre leurs tentacules sur l’Afrique… C’est une obligation qui m’est imposée tant que les Alliés sont incapables d’une véritable entreprise de guerre en Afrique, sous peine d’attirer l’ennemi là où nous ne voulons à aucun prix qu’il soit. »

[Ndlr : L’histoire officielle passe sous silence que l’armée d’Afrique du Nord a été mise sur pied par Weygand]


Jacques Benoist-Méchin (1901-1983) fut un partisan de la Collaboration. Auteur remarqué d’une Histoire de l’armée allemande (1938), il fut appelé en février 1941 par l’amiral Darlan à un poste officiel et devint en juin secrétaire d’État chargé des rapports franco-allemands. Estimant une victoire allemande nécessaire à un renouveau français et européen, il s’efforça, dans une optique froide et calculatrice, de parvenir à une collaboration militaire franco-allemande, sans percevoir qu’il s’écartait ainsi de la ligne constante suivie par le maréchal Pétain. Déçu par l’obstruction allemande, il démissionna de toute fonction officielle le 27 septembre 1942. Arrêté en 1944, condamné à mort en 1947, il tut gracié puis libéré en 1953. Au lendemain du débarquement allié en Afrique du Nord (novembre 1942), la découverte de ce qu’il considéra comme le « double jeu » du gouvernement de Vichy lui inspira des lignes amères et cinglantes rédigées à chaud et publiées telles dans ses souvenirs De la défaite au désastre, tome 2 (Albin Michel, 1985) :

« Tels de grands pans de murailles qui s’abattent dans la poussière, j’allais voir s’effondrer tout l’échafaudage de mensonges sur lequel le gouvernement français avait vécu depuis l’armistice.
Les documents du Deuxième Bureau trouvés par les Allemands (1) les avaient mis sur la piste d’un important dépôt d’armes. Sa découverte entraîna celle d’un autre, de dix autres, de cent autres dépôts. Partout surgissaient des mitrailleuses, des fusils, des grenades, des tanks dissimulés dans les fossés, enfouis sous des meules de foin, cachés dans des hangars et dans des granges isolées. Chaque jour des paysans, apeurés par la tournure des événements, venaient révéler aux Allemands la présence d’entrepôts clandestins, dont le total aurait suffi à équiper plusieurs armées. […] De plus, on découvrit que le gouvernement lui-même avait favorisé, dès septembre 1940, cette accumulation d’armements clandestins, en constituant tout un réseau de « compagnies de camouflage », sous forme de sociétés civiles et commerciales. Les documents en faisant foi portaient un certain nombre de signatures compromettantes : Huntziger, Boutillier, Frère, Picquendar – même, oui, même Laval, à l’époque où il préparait l’entrevue de Montoire !
Ainsi donc, pendant dix-huit mois, je n’avais cessé de supplier les Allemands de nous accorder des armes, de nous fournir les moyens de défendre notre Empire, et ces moyens, nous les avions ! Mais au lieu de les envoyer en Algérie ou au Maroc, on les avait stockés en France, en prévision du jour où on s’en servirait contre les Allemands ! […]
On a prétendu que ce stockage d’armes clandestin était un devoir patriotique, et que toute ruse était licite, si elle pouvait hâter la revanche. Les Allemands n’avaient-ils pas agi de même après 1918 ?
Je proteste énergiquement contre cette manière de voir. Si l’on préparait la revanche, il ne fallait pas aller à Montoire. Si l’on voulait reprendre les armes contre l’Allemagne, il ne fallait pas prêcher la réconciliation. Toutes les politiques ont leur justification. Ce qui ne peut se justifier, c’est de vouloir les pratiquer en même temps.
Or il était évident que personne, à Vichy, ne voulait sincèrement une entente avec le Reich. On s’était servi de moi comme d’un alibi, d’un paravent pour masquer des intentions inavouables. […]
Paris, le 15 décembre 1942. »

(1) Après l’occupation de la Zone libre en novembre 1942.

Extrait de la déposition du général Ruby au procès Pétain :

« Le témoin expose qu’en octobre 1943 le Maréchal réunit les Commissaires régionaux militaires en comité privé pour savoir la quantité d’armes camouflées et dissimulées aux Allemands.
Le Maréchal insista en outre pour que les Commissaires se tiennent en contact avec les unités de troupes démobilisées.

M. le Général Ruby. – La conclusion du Maréchal a été la suivante : « Voyez-vous, moi, je crois au débarquement des Américains, et à ce moment-là il faudra bien que nous les aidions par les armes ».
Par conséquent le Maréchal a été parfaitement au courant du plan de mobilisation clandestin de 1940. En 1943 il croyait en s’illusionnant peut-être, et même certainement, que ce plan était encore valable. »


Extrait de « La Nuit finira » d’Henri Frenay (résistant) :

« C’est là (à Lyon), dans un modeste appartement de six pièces, que le Deuxième Bureau développe ses activités illégales, donc clandestines. Elles sont dirigées par le commandant Serre, un petit homme légèrement bedonnant, à la parole rare, au calme imperturbable. Auprès de lui, deux amis : le capitaine Garon, un artilleur.

Guédon, lui et moi sommes de la même promotion de l’École de guerre. Nous étions du  même groupe de travail, c’est-à-dire que nous nous connaissons fort bien. Le second est le  capitaine de Cossé-Brissac, un cavalier. Ensemble, à Strasbourg, nous avons suivi les cours du Centre d’études germaniques. […]

Pour  ces  hommes, et comment en serait-il autrement, l’existence même de leur service, entièrement tourné contre l’Allemagne mais émargeant au budget de l’État, est la preuve des véritables intentions du gouvernement de Vichy. Hitler reste l’ennemi et la politique de collaboration n’est qu’un leurre destiné à le tromper.

Ils  savent, et je sais avec eux, car je l’ai appris  pendant mon séjour à Vichy, que d’autres organismes militaires font un travail clandestin dirigé aussi contre le IIIème Reich.

Ce sont les bureaux MA (Menées Antinationales) qui ne sont pas autre chose que nos services de contre-espionnage camouflés sous cette étiquette. Pour Serre et ses officiers, ils ont été créés dans le but de pourchasser les agents allemands, et c’est vrai. Mais ils recherchent aussi les agents anglais et ceux que Vichy appelle les « gaullistes » ou, pour les besoins de sa propagande, les « communo-gaullistes », dont  l’activité est forcément « antinationale » puisque hostile à Pétain et à son gouvernement.

Cela ne déplaît pas du tout à mes deux camarades que Mers el-Kébir a traumatisés. »


Extrait de « Histoire élémentaire de Vichy » de l’Amiral Auphan :

« Sans doute le patriotisme n’avait pas la même coloration à Londres et à Vichy. Pour la dissidence, la guerre, devenue croisade des démocraties, primait. Pour Vichy, la guerre, impossible à reprendre dans l’immédiat sous une forme autre que subversive, n’était pas l’absolu : ce qui primait, c’était la restauration de la cohésion nationale et des valeurs morales de manière à permettre au pays de résister, sans rien sacrifier de sa personnalité, au voisinage forcé de l’Allemagne ; pour la guerre, on verrait après, selon les circonstances… Mais, malgré cette différence d’appréciation dans l’ordre des urgences, l’amour de la France était sans doute le même. Aucun des historiens non marxistes ne l’a mis en doute. »


Extrait de « Histoire élémentaire de Vichy » de l’Amiral Auphan :

« L’agence de presse « Inter-France », à Paris, quoique subventionnée par le gouvernement, adhérait à la mystique collaborationniste. Elle publiait périodiquement une « lettre confidentielle », très lue à l’époque, qui ne se gênait pas pour attaquer sournoisement Vichy. On lit, par exemple, dans la lettre du 27 novembre 1942 :

« Le Vichy légal est celui qui s’exprime à haute voix par les grands messages du chef de l’État…, qui s’est déclaré clairement pour la politique de de collaboration et pour ce que l’on a appelé la Révolution nationale.
Le Vichy réel est celui de qui se tait ou qui parle à voix basse et généralement en termes ambigus, par la bouche d’un réseau de ministres, de fonctionnaires, de notables qui se relayent aux vrais leviers de commande et s’opposent par tous les moyens à la mise en œuvre de la politique du Vichy légal. Le Vichy réel s’efforce notamment de faire échouer la politique de collaboration. » »


Extrait de « Histoire élémentaire de Vichy » de l’Amiral Auphan :

« La lettre confidentielle d’Inter-France du 29 décembre 1943 écrit : « Un véritable cancer s’est développé à Vichy… Il existe autour du Maréchal un noyau de résistance antiallemand extrêmement puissant, dont la présence constitue un véritable danger, non seulement pour la France, mais pour l’Europe entière… » »


Extrait de « Histoire élémentaire de Vichy » de l’Amiral Auphan :

« Il a fallu toute l’habileté des ministres et de l’administration des Finances pour limiter les dégâts de l’inflation et garder la situation économique en main. En 1944, celle-ci, avec une réserve d’or intacte, était dégradée par quatre ans de guerre, mais restait saine. Elle offrait des possibilités de redressement rapide à condition de se restreindre encore un peu. Ce sont surtout les mesures démagogiques prises au lendemain de la Libération qui ont contribuer à la ravager.

Pour mesurer ce que le gouvernement du Maréchal a épargné aux Français dans ce domaine-là, il faut savoir que, pendant toute la guerre, la Norvège occupée a payé en moyenne aux Allemands 4400 marks par tête, le citoyen hollandais 4000, le belge, 1400, le danois 1100, le français de l’ordre de 1000.

[…]

Tout l’art de la résistance gouvernementale consistait à obtenir pour la consommation nationale une part aussi grande que possible de la production des entreprises travaillant pour les Allemands, à négocier avec eux la répartition des matières premières, à s’opposer aux réquisitions abusives. C’est ainsi, par exemple, que les cloches de nos églises (mine de métaux non ferreux aux yeux des Allemands) sont restées dans leur clochers alors qu’en Belgique cinq mille cloches ont pris le chemin de l’Allemagne pour y être fondues. »


Extrait des mémoires d’Yves Bouthillier, ministre des finances de Pétain :

« Nous n’avions point de système mais un but précis, permettre à la France de se reprendre et de refaire ses forces, et une méthode : tarder et maintenir, céder sur l’accessoire pour ne pas compromettre l’essentiel. Après son succès de 1940, le IIIe Reich ne vit qu’une proie dans le pays qui avait donné à l’histoire de l’esprit humain des œuvres aussi merveilleusement complémentaires que le Discours de la méthode et les Pensées ou que l’Esprit des lois et Stello et Daphné. Ce fut là son malheur et reste sa honte. Mais les concessions n’ont été consenties aux Allemands qu’à l’occasion d’affaires où ceux-ci possédaient des moyens de pressions considérables, dangereux pour la vie des entreprises en cause et dommageable à l’économie nationale, si fragile, à son équilibre, si précaire.
Le gouvernement du maréchal Pétain a été accusé d’avoir trahi les intérêts français. Serait-ce au profit du Reich ? Je laisserai parler le principal représentant de l’ennemi dans le domaine qui fut le mien et celui de mes collègues chargés de l’économie française au temps où notre pays fut malheureux. Interrogé par le tribunal de Nuremberg, le 25 mars 1948, sur la méthode de négociation du gouvernement français, le Dr Hemmen répondit en priant le magistrat instructeur de se reporter à son rapport concernant la période du 1er janvier au 30 juin 1941. On y lit :

Au fur et à mesure que la population, l’économie et l’administration s’adaptaient aux nouvelles conditions, on voit revenir les vieilles méthodes bien connues de la tactique française, dont nous avions eu l’expérience au cours de négociations antérieures : débats interminables ; considération de forme compliquées, indécision et tergiversation dans les décisions. Attitude tantôt brusquée et tantôt évasive, mais ayant toujours pour but, par la temporisation, de laisser la porte ouverte à toutes les possibilités, dans l’espoir de tirer du déroulement, des évènements de guerre ou de la situation politique du moment, un avantage pour la solution des questions en suspens.

Le Dr Hemmen savait bien que nous tirions parti de toutes les vicissitudes de la guerre et de l’évolution politique pour faire échec, par un moyen ou par un autre, à ce qu’il avait ordre d’entreprendre sur nous. »


Extraits du livre « Neuf mois au gouvernement » (journal personnel tenu quotidiennement) de Paul Baudouin, ministre des Affaires étrangères. Il relate l’ordre de mission donné par Pétain à Darlan le 4 août 1940 :

« 4 août 1940 :

J’attire à nouveau l’attention du Maréchal sur la mauvaise humeur allemande et ses conséquences possibles. Je lui rappelle ce que je lui ai dit il y a dix jours sur la probabilité de l’arrivée à Vichy d’un détachement de la Wehrmacht chargé de mettre fin à l’existence d’un gouvernement aussi peu docile. J’ajoute que je n’ai cessé depuis de réfléchir à cette possibilité, et je suis effrayé de voir qu’aucune mesure de défense n’a été préparée. « Que voulez-vous dire ? me demande le Maréchal. – Il faut qu’un avion soit toujours prêt pour vous transporter à Alger. – J’y ai déjà réfléchi, me répond le Maréchal, je ne quitterai la France en aucun cas ; je me laisserai faire prisonnier et vous serez fait prisonnier avec moi. Mais vous avez raison, il faut que quelqu’un soit toujours prêt à s’enfuir à Alger. Ce ne peut être que le chef de la flotte, l’amiral Darlan. – Lui en avez-vous parlé ? – Non. – Il ne faut pas perdre de temps. Pouvez-vous le convoquer ? – Venez ce soir à 19 heures, me dit le Maréchal, vous trouverez dans mon bureau l’amiral Darlan.

L’entretien à trois dure une heure. L’amiral ne s’attendait pas du tout à une conférence de cette nature. Je dois peser de toutes mes forces sur la volonté du Maréchal. L’amiral, après être resté longtemps silencieux, m’apporte finalement une aide décisive. Il est définitivement et nettement convenu qu’au cas où Vichy recevrait la visite de l’armée allemande et où le Maréchal serait ainsi placé dans l’impossibilité de gouverner avec indépendance, l’amiral fera tout son possible pour gagner l’Afrique du Nord et y exercer au nom du Maréchal l’autorité gouvernementale. La marine de guerre rejoindrait l’Afrique du Nord sur un ordre de l’amiral. Malgré notre insistance, le Maréchal, toujours prudent, refuse de signer l’ordre de mission que je viens d’écrire. « Je ne veux pas de papier, mais vous devez considérer mon ordre comme définitif. Je ne reviendrai pas sur cette décision. D’autre part, il doit être bien entendu qu’elle restera strictement entre nous trois. Personne d’autre ne doit la connaître. » »

« 17 octobre 1940

Il ne semble donc pas impossible que d’ici un mois le gouvernement puisse s’installer à Versailles. Il serait maintenu en territoire non occupé une délégation générale, assurée par deux membres du gouvernement, et qui serait prête à exercer la plénitude des pouvoirs gouvernementaux dans la France non occupée, en Afrique du Nord et dans les colonies, pour le cas où le gouvernement de Versailles cesserait d’être libre.
Le Maréchal annonce qu’il confiera cette mission à l’amiral Darlan et à moi. Je lui rappelle notre conversation du début d’août sur les pleins pouvoirs donnés à l’amiral Darlan en cas d’invasion de la zone non occupée. Le Maréchal me confirme que cet ordre est définitif. Il le renouvelle devant moi à l’amiral Darlan en présence du général Huntzinger. »


Extrait du livre « Au carrefour du destin » du général René Chambe, directeur de cabinet du général Giraud. Il s’agit d’une conversation entre le général Chambe et le maréchal Pétain en décembre 1940. Pétain demande alors à Chambe s’il accepterait de devenir préfet :

« – Vous me faites beaucoup d’honneur, Monsieur le Maréchal, mais j’aimerais mieux un poste dans l’Armée, dans n’importe quelle arme, n’importe quel commandement, n’importe quoi !
– C’est impossible, vous le savez. Vous êtes nombreux à avoir été mis en congé d’armistice. Que diraient les autres ?
– Alors rien, je veux rester libre pour l’avenir.
– Quel avenir ? Que voulez-vous dire ?
(Et voici maintenant les quelques reparties qui à elles seules justifient cette brève relation, qui sans elle serait sans intérêt.)
– La reprise des armes Monsieur le Maréchal, la revanche…
– La reprise des armes ? La revanche ?… Vous y croyez sincèrement, à la reprise des armes, à la revanche ?
– Nous y croyons tous avec vous, Monsieur le Maréchal, c’est dans cet espoir que vois avez conclu l’armistice.
– C’est vrai, c’est dans cet espoir…mais l’espoir.
– L’Angleterre tient le coup, Monsieur le Maréchal.
– Oui, l’Angleterre tient le coup, mais pour combien de temps ?
– Le temps que nous arrivions.
– Le temps !… Il faut d’abord refaire la France !
– Rien n’est perdu, Monsieur le Maréchal.
– Vous avez raison, rien n’est perdu, rien n’est jamais perdu, mais il est parfois dangereux de vouloir aller trop vite. Il faut être réaliste. D’abord refaire la France.
– La guerre ne fait que commencer. L’Allemagne sera battue, Monsieur Maréchal.
– Battue… Avec qui, avec quoi ? Et quand ?
– Avec l’Angleterre, avec nous, nos armes, avec l’Armée d’Afrique. Avec l’Amérique, sans doute.
– L’Amérique, elle n’a rien en ce moment, pas un char, pas un avion ! Nous le savons. Quand elle sera prête, tout sera fini depuis longtemps.
– L’Amérique viendra, Monsieur le Maréchal.
(Le maréchal Pétain a porté ses mains ouvertes à hauteur de ses épaules et levé les yeux au ciel.)
– Que Dieu vous entende ! L’Allemagne battue ? Oui, que, Dieu vous entende !

Le Maréchal a répété deux Que Dieu vous entende ! avec une intonation profonde, une voix sourde et pénétrée qui ne permet aucun doute sur la réalité du vœu ardent qui habite son cœur. Qu’on ait pu l’accuser par la suite d’avoir collaboré avec l’ennemi et souhaité sa victoire pour des fins politiques est une ignominie. Le témoignage que j’apporte ici est bien mince, mais il a sa valeur. Il s’ajoute à une infinité d’autres beaucoup plus importants : le maréchal Pétain, en 1940, souhaite la défaite de l’Allemagne, la libération de la France par ses armes et celles de ses alliés. Mais il a peur que ce ne soit qu’un rêve. Il est impressionné par la puissance militaire allemande, il redoute qu’elle soit invincible. »


Extrait du livre « Au cœur de la résistance alsacienne », de Jean Eschbach. Dialogue entre Pétain et Paul Dungler, chef de la résistance alsacienne, en décembre 1940 :

«  Avez-vous une façade  ?

– Monsieur le Maréchal, un des membres de mon organisation, expulsé d’Alsace, est à l’Office du textile. On a découvert une fibre très utilisable, le genêt, et mon ami m’a fourni pour moi et mon chef d’État-major des cartes d’inspecteur des plantations de genêt. Ma présence est donc justifiée partout, parce que le genêt pousse presque partout.

– Ah  ! mais c’est formidable  ! s’exclama le Maréchal et, appuyant sur un bouton, il appela Ménétrel  :

– Bernard, il y a une question très importante pour la France, c’est la question du genêt. Désormais, nous favoriserons la prospection de cette plante. Vous allez tout de suite verser à cet ami 500 000 F. Pour l’aider à chercher le genêt. Et s’il a encore besoin de fonds, n’oubliez pas qu’il faut soutenir le genêt.  »


Extrait du livre « Au cœur de la résistance alsacienne », de Jean Eschbach. Au printemps 1942, Pétain donne un sauf-conduit à Paul Dungler pour lui permettre de fuir en Suisse. Dungler en profite pour aller voir son frère, résident en Suisse, ainsi que quelques contacts des services secrets. Ceci fait, Dungler retourne en France et retourne voir Pétain :

« – Je vous croyais sur les bords de la Tamise !
– Vous ne pensiez quand même pas, Monsieur le Maréchal, que j’allais abandonner mon combat et laisser mes amis en Alsace à la dérive, quand les circonstances deviennent plus dures. C’est à chaque instant qu’il nous faut désormais intervenir, corriger une initiative, récupérer des évadés, les regrouper, promouvoir une action. Je peux d’autant mieux le faire que je connais chacun de mes responsables et qu’ils me connaissent et me font confiance. Sans me croire indispensable, je suis décidé à poursuivre mon action, quels que soient les risques jusqu’à la victoire. Et puis, j’ai bien senti que vous aussi avez fait abstraction de votre sauvegarde personnelle pour continuer à votre niveau national la mission qui vous paraissait inhérente au salut des Français. Laissez-moi aussi remplir ma tâche…

Et le Maréchal ému l’a embrassé. »


Jean Eschbach, sur le général Frère. Extrait du livre « Au cœur de la résistance alsacienne », de Jean Eschbach :

« Le général Frère fut arrêté par la Gestapo le 13 juin 1943 et transféré en mai 1944 après des interrogatoires ignominieux pour cet ancien général d’armée au camp du Struthof où il mourra un an jour pour jour après son arrestation. C’était un grand blessé de guerre qui contribuera fortement à la victoire finale ne serait-ce que par le rôle fondamental qu’eut l’ORA dans la Résistance. Sa mémoire n’a guère été honorée, après guerre, car il était resté toujours fidèle au maréchal Pétain. »


Extrait du livre « Le temps des illusions » de Henri du Moulin de Labarthète, directeur du cabinet civil de Pétain. Il s’agit d’une conversation entre du Moulin de Labarthète et Pétain le soir du 23 octobre 1940 au sujet de l’entrevue de Montoire qui aura lieu le lendemain :

« Je descends l’escalier. Le Maréchal est en robe de chambre dans le bureau de Ménétrel. Il me contemple d’un œil étonné. « Vous n’avez pas envie de vous coucher ? – Il est un peu tôt, monsieur le Maréchal. Je ne sais pas d’ailleurs si je dormirais facilement. Toute cette histoire est effarante. – Je la trouve surtout compliquée, – Avez-vous réfléchi à tout ce qui peut se passer ? – Beaucoup plus que vous, mon ami, et j’ai déjà mon plan en poche. – Vous ne croyez pas que l’on aurait pu… – Retarder l’entrevue ? J’y ai bien pensé. Mais à quoi bon s’énerver d’ailleurs ? Ce serait la lutte du pot de terre contre le pot de fer. Nous ne sommes pas libres. Si le rendez-vous avait été fixé en Allemagne, je ne dis pas que je n’aurais pas pu freiner un peu. Mais en France… en France, chez nous !… » Je le regarde, longuement. Une lueur furtive éclaire son regard : « Il y a d’ailleurs des précédents ! On ne vous a jamais parlé de Tilsitt ? » »


Extrait de « Montoire, Verdun diplomatique » de Louis-Dominique Girard :

« Il [Pétain] veut pousser l’Allemagne dans la guerre contre la Russie, pour ramener l’U.R.S.S. à l’alliance des démocraties qu’elle a sacrifiée le 23 août 1939. Dans son plan, le Maréchal voit une application classique de la stratégie française, un retour à la diplomatie traditionnelle de la France, consistant à s’assurer un allié à l’Est. De cette façon, le chef de l’Etat s’inscrit dans la lignée des François Ier, Louis XIV, Flourens, Ribot et Freycinet. Dans cette continuité, son cas est un peu particulier. Cette fois, l’alliance ne peut pas être officiellement conclue, comme en 1892, entre les deux Etats. Du moins elle pourra s’exercer dans le même sens, et rendre aux Anglais un soldat sur le continent, pour y relever notre armée défaillante. En attendant que se produise l’intervention certaine des Etats-Unis dans un conflit pour lequel le président Roosevelt donne toute son assistance à l’Empire britannique, l’armée rouge prendra à son compte la mission que nos troupes ont remplie à Verdun en 1916 et en 1917.

Telle est en quelque sorte la trame sur laquelle le Maréchal de France va broder inlassablement la tapisserie de sa diplomatie personnelle. Tenu au silence, il ne peut malheureusement pas faire appel à l’énergie d’un peuple en armes comme en 1917 : il est condamné à sauver tout seul sa patrie et ce qu’elle représente. Il a toujours devant les yeux l’ordre du jour de l’autre guerre, celui de la grande bataille : « Courage ! On les aura ! »

Du courage, il s’est juré d’en avoir, quand on s’est débarrassé sur lui du soin de sauver le pays.

« Celui qui sait comment une victoire française peut sortir d’un gouffre » a trouvé la voie du salut dans l’accomplissement, inspiré par sa connaissance de l’histoire, de son devoir quotidien. Au prix d’un sacrifice personnel total, consenti en pleine connaissance, il remplit le mandat dont l’ont investi les représentants du peuple français, le 10 juillet 1940. »


Extrait de « Montoire, Verdun diplomatique » de Louis-Dominique Girard :

« La date avancée du débarquement, et l’absence de plan concerté entre Washington, Londres et Vichy concernant la limitation de « Torch » au Maroc et à l’Algérie ne facilitèrent pas la tâche du gouvernement, ni des fonctionnaires civils et militaires en France et dans l’Empire.

Personne n’a oublié la pittoresque mésaventure du général de Lattre de Tassigny, commandant la région militaire de Montpellier. Il voulut, à tout prix, exécuter des ordres valables au cas de débarquement en Provence, et que le gouvernement dut annuler, par suite du caractère exclusivement africain de l’opération du 8 novembre 1942. Seul à faire la guerre sur le sol métropolitain, où elle était impossible, le général de Lattre comprit son erreur et alla se constituer prisonnier aux mains d’un gendarme : il avait désobéi à un ordre du Maréchal. Quand les Allemands réclamèrent la livraison de cet officier, pour fait de résistance et rupture de l’armistice, le Chef de l’État objecta que le général ressortissait à la juridiction militaire française. Dûment condamné, il vit ensuite son évasion facilitée par le cabinet du Maréchal, et nommément par André Lavagne, alors chef du Cabinet civil, qui paya de sa personne pour permettre à ce brillant soldat d’aller prendre sa place à la tête de l’armée de libération.

Tel fut le cas particulier, vite déformé par les propagandes contraires, d’un officier général qui croyait au débarquement simultané des Américains en Afrique et sur les côtes de Provence, au moment où l’Allemagne allait réagir au fait accompli. »


Extrait de « Montoire, Verdun diplomatique » de Louis-Dominique Girard :

« Pour être complet, il faut préciser que l’armée d’armistice, après sa dissolution, au mois de novembre 1942, se transforma en Armée secrète. Elle fut placée sous le commandement du général Revers, dont le moins qu’on puisse dire est qu’il fut le plus dévoué parmi les proches collaborateurs de l’amiral Darlan au ministère de la Guerre. C’est l’Armée secrète, organisée selon les instructions initiales du Gouvernement légal, et avec l’approbation du Maréchal, qui accomplit les sabotages importants contre les voies de communications de l’ennemi, les destructions utiles de travaux d’art, fournit les renseignements indispensables aux Alliées, et facilita la mise hors d’usage des usines ou des centrales dont la Wehrmacht employait la production ou l’énergie. Confondre l’Armée secrète avec les mouvements de Résistance est une erreur que l’opinion publique a pu faire, mais que l’Histoire se doit de corriger.

M. Adrien Dansette, qui est un historien de métier et non un partisan, a divulgué dans son Histoire de la libération de Paris, la date à laquelle les organisations de Résistance s’avisèrent qu’il serait opportun d’intégrer l’Armée secrète dans leur mouvement : ce fut au mois de mars 1944 (!) un an après la première réunion du Conseil national de la Résistance !!!

Heureusement pour la France, le Maréchal et ses ministres, les fonctionnaires civils, les militaires et les simples citoyens s’étaient avisés de « résister » à l’ennemi un peu plus tôt… »


Discours d’André François-Poncet, le 22 janvier 1953, lorsqu’il succéda au siège de Philippe Pétain à l’Académie française :

« Beaucoup de Français et la majorité de l’opinion étrangère restent troublés par la sentence qui a frappé le Maréchal. Elle laisse ouverte en tout cas la question qu’elle a voulu résoudre. Où réside l’honneur ? Qu’ordonne le devoir dans la défaite ? De quitter la patrie envahie et de s’en aller au dehors pour y continuer le combat, ou de rester auprès d’elle, en composant avec ses maîtres dans l’espoir d’un revirement de la fortune ?

La postérité, les historiens futurs en discuteront comme nous et chacun répondra selon son caractère à la douloureuse interrogation. Mais la foule, aux mille visages anonymes, s’est déjà prononcée. En avril 1944, à Paris, en mai à Nancy, à Lyon, à Dijon, elle acclamait le Maréchal Pétain. »


« Je ne crois pas qu’un Maréchal de France soit un traître et j’estime, en tout cas, que c’était extrêmement rusé et une immense contribution à la sécurité de ma patrie, l’Angleterre, que Pétain ait réussi à empêcher la flotte française et l’Afrique du Nord de tomber entre les mains des Allemands… Le fait d’avoir empêcher les Allemands d’acquérir la force nécessaire pour envahir ce pays, c’est-à-dire la puissance navale que l’Allemagne ne possédait pas, mais que la France possédait, ce fait est, à mon avis, un résultat étonnant, et je ne comprends pas que les gens ne puissent pas le voir avec clarté. Je ne crois pas que, dans toute l’Histoire, il y ait eu un pays qui ait été aussi complètement joué que les Allemands l’ont été par les Français. Pourquoi n’est-ce pas reconnu par tout le monde ? »

Kenneth de Courcy, secrétaire général du parti conservateur anglais


« Comme chef du gouvernement de Vichy, pendant la Seconde Guerre mondiale, quand le reste de la France était sous occupation allemande, les sympathies de Pétain étaient pour l’Amérique et ses alliés et il mettait en eux son espoir de la libération de son pays.
L’amiral Leahy, notre ambassadeur du temps de guerre à Vichy, a témoigné que le premier souci de Pétain, dans ses transactions avec les conquérants allemands, était de protéger ses compatriotes.
Et cependant, à 94 ans, cet homme est enfermé dans un rigoureux isolement. La France a une idée pervertie de ce que constitue la « trahison » quand elle emprisonne ses patriotes et accorde à ses vrais traîtres la liberté d’accomplir l’œuvre de Moscou.
La prolongation de l’emprisonnement de Pétain ne peut manquer de soulever un sentiment de révolte à travers tout l’Occident civilisé. »

Time Herald et Chicago Tribune, 13 novembre 1950.


« La France, en 1940, succomba, non devant la force nazie, mais au cancer interne du communisme, à la corruption et à la ruine de l’édifice moral de la nation. Pétain, qui avait défendu son pays lors de la Première Guerre mondiale, prit sur lui la lourde tâche de conserver ce qui pouvait substituer jusqu’à la venue d’un jour meilleur. Pétain a été crucifié comme martyr des intrigues des communistes français et de la mesquine ambition politique d’autres ennemis. Son crime aux yeux des deux groupes, fut qu’étant placé à un haut poste, il le tint avec une fermeté de soldat. Même coupable du crime dont il est accusé, son traitement aurait été infâme. Le traitement qui lui fut infligé dans ses dernières années ne présage rien d’heureux pour l’avenir du pays qu’il aima et qu’il espérait voir reprendre sa place honorable dans le monde. La France s’est tellement avilie que le seul sentiment qu’elle puisse inspirer est le dégoût. »

Time Herald, 24 juillet 1951.


« Le maintien de Pétain en prison, lui, le réel sauveur de la France, fait un tord considérable à sa patrie. Cela apparaît à la fois comme un scandale et un déshonneur »

Œil de Montréal, septembre 1949


« Pétain a sauvé la moitié de la France de l’esclavage, il lui a conservé son âme. Il a préservé l’Afrique du Nord en vue du débarquement américain et a laissé libre la Méditerranée en sauvant la Flotte. Avec honneur, il a tenu tête aux Allemands. La France accablée a trouvé dans l’armistice le miracle de sa résurrection. Douter de la loyauté de cet homme est abominable. La France, prise de remords, lui rendra un jour justice, à moins qu’elle ne le fasse tout de suite et vite ! »

John D. Flynn, attorney New-York (L’Époque, 16 septembre 1949)


« En reconstituant, après la défaite et malgré l’occupation ennemie, une armée française capable de participer à la victoire finale, le maréchal Pétain s’est acquis – l’Histoire l’établira – des titres exceptionnels à la reconnaissance des vrais patriotes »

Général Bergeret, Ministre de l’Air (1940-1942)


« Voyez-vous Rémy, il faut que la France ait toujours deux cordes à son arc. En juin 1940, il lui fallait la corde Pétain aussi bien que la corde de Gaulle. »

Général De Gaulle au Colonel Rémy, en 1947


« Qu’on imagine ce qu’eût été le développement du conflit, si la force allemande avait pu disposer des possessions françaises d’Afrique. Au contraire, quelle fut l’importance de notre Afrique du Nord comme base de départ pour la libération de l’Europe. » [Ndlr : La politique de Pétain a été d’éviter aux Allemands de mettre les pieds en Afrique du Nord]

Charles de Gaulle, devant l’Assemblée consultative, le 15 mai 1945


« Cette victoire n’est d’ailleurs pas la nôtre. L’action de nos forces, qu’elle fût celle de nos armées ou celle de la Résistance, n’a été d’aucun poids dans le résultat final. Elle n’a pas modifié d’un jour ou même d’une heure le moment de la capitulation allemande. Naturellement, j’ai dit et affirmé le contraire, car il fallait que la France figurât parmi les puissances victorieuses et fût présente à la table des vainqueurs. »

Charles de Gaulle, lors de la signature du décret du 11 avril 1959 par le Premier ministre, relatif à la Commémoration de la Victoire de 1945


« Si j’ai pu pendant cinq ans, seul à l’autre bout du monde, avec une poignée de Français, garder l’Indochine à la France, c’est au Maréchal que celle-ci le doit. On sait ce que les usurpateurs, qui furent en même temps ses bourreaux, ont fait après lui de l’Indochine et de l’Empire! »

Amiral Decoux, Gouverneur Général de l’Indochine (1940-1945)


« Le maréchal Pétain, dans de douloureuses circonstances, a servi le mieux qu’il a pu, les intérêts permanents de la Nation. Les Français de ce temps lui rendront justice quand tant de passions malsaines auront disparu »

Pierre-Etienne Flandin, Président du Conseil en 1934-1935


« Le 16 juin 1940 les Présidents Lebrun, Jeanneney, Herriot et Paul Reynaud n’étaient qu’ombres tremblantes. Toutes les colonnes du temple s’étaient effondrées à l’exception d’une seule : le maréchal Pétain. Plus je réfléchis, plus je suis convaincu que, ce jour-là, servir le Maréchal, c’était servir la France. »

Paul Baudouin, Ministre des Affaires Étrangères en 1940 (décembre 1953)


« Jai nommé le maréchal Pétain Ambassadeur de France à Madrid en lui demandant d’obtenir que nous n’ayons pas à défendre notre frontière des Pyrénées en cas de guerre avec l’Allemagne : il a pleinement réussi. »

Georges Bonnet, Ambassadeur de France, Ministre des Affires Etrangères (1938-39)(décembre 1955)


« La réconciliation des Français serait aisée autant qu’elle est nécessaire, si chacun consentait à se rappeler dans quel sentiment il était lorsque le Maréchal a fait don de sa personne à la France. J’ai eu l’honneur de représenter mon pays, comme envoyé du maréchal Pétain, auprès d’une puissance spirituelle fondée sur des paroles qui ne passent pas, gardienne de maximes de morale et de droit où les jeux du hasard et les coups de la force ne peuvent rien changer »

Léon Bérard, Ambassadeur de France au Vatican de 1940 à 1944, de l’Académie Française (mars 1953)


« L’action ne consiste pas à créer un idéal, mais à réaliser une oeuvre. La place que choisit le Maréchal était noble et périlleuse, sa tache l’exposait à un malheur sans compensation. C’est que s’il n’y a qu’une terre de France, il y a deux peuples français. Le paysan de l’Artois ignorait qu’une tradition, la tradition jacobine, unit le nationalisme et la gloire militaire d’un coté, la volonté de fonder une société sans structures naturelles de l’autre. L’explosion qui le brisa en 1945 s’explique ainsi. Les abstractions sont sans pitié. La lente agonie du Maréchal dura six années. Il pardonna, oublia et, du fond du coeur, accepta l’épreuve injuste »

Yves Bouthillier, Ministre des Finances de 1940 à 1942 (novembre 1953)


« Du jour où il fut contraint d’accepter le pouvoir, et où il l’accepta pour défendre quarante millions de Français sur leur sol et tâcher de sauver ce qui pouvait etre sauvé, le maréchal Pétain, contrairement à une histoire récente, et comme il le dit au général Lafont à Bordeaux le 17 juin 1940, sut bien qu’il lui faudrait « boire le calice jusqu’à la lie ». Et de fait, à maintes reprises de 1941 à 1944, il me confia que sa vie était « un véritable martyre ». Il souffrait plus que tout de l’incompréhension et déja, de l’ingratitude des Français, à qui de mauvais prophètes rappelaient sans cesse ce que leur chef devait concéder aux Allemands, sans qu’il put leur faire savoir ce qu’il leur épargnait – depuis les accords que je négociai en son nom avec le gouvernement britannique en décembre 1940, jusqu’à son refus en 1943, puis en 1944, d’envoyer nos étudiantes et étudiants en Allemagne. Tout cela se saura un jour, car la Vérité, grâce à Dieu, finit toujours par prévaloir »

Jacques Chevalier, Ministre de l’Education Nationale (1940-1941) (novembre 1954)


« Si j’ai pu pendant cinq ans, seul à l’autre bout du monde, avec une poignée de Français, garder l’Indochine à la France, c’est au Maréchal que celle-ci le doit. On sait ce que les usurpateurs, qui furent en même temps ses bourreaux, ont fait après lui de l’Indochine et de l’Empire! »

Amiral Decoux, Gouverneur Général de l’Indochine (1940-1945) (octobre 1952)


« Je considère le maréchal Pétain comme l’un des plus grands homes de notre temps – Chef le plus humain de la grande hécatombe de 1914-18 – Vainqueur du terrible affrontement de Verdun – Conciliateur de la révolte militaire de 1917 – Pacificateur du Rif marocain – Il fut en 1940 le véritable sauveur de la France et de son Empire, alors que tant de « héros » s’enfuyaient de leur patrie subjuguée. Je rends hommage à sa mémoire en ma qualité d’ancien fantassin ayant combattu en 1916 sous ses ordres devant Douaumont et celle d’ambassadeur des Etats-Unis, chargé d’interpréter sa politique pendant la dernière guerre auprès des Américains qui n’ont pas hélas ! rendu justice à son noble sacrifice »

Gaston Henry-Haye, ambassadeur de France aux États-Unis en 1940-1942 (juin 1972)


« De 1940 à 1944 le Maréchal a accepté malgré son grand âge, de prendre le pouvoir conformément au mandat que lui a donné le Parlement ; il l’a exercé dans les conditions les plus difficiles, avec le souci constant de sauvegarder en vue de la revanche l’Afrique du nord, pierre fondamentale de l’Empire ; et il a voulu finalement remettre ce pouvoir à celui qui lui emblait qualifié pour en assurer après lui la continuité, espérant assurer ainsi l’union de tous les Français. Déporté et prisonnier en Allemagne, il en est revenu volontairement, au moment où s’achevait le triomphe des Alliés, pour se remettre entre les mains de la justice de son pays. De celle-ci il a respecté le verdict, quoique le considérant comme injuste, avec la plus haute dignité, pour ne jamais s’en départir jusquu’à sa mort et avec l’espoir que sa dépouille de Soldat reposerait un jour en l’ossuaire de Douaumont, parmi ses compagnons d’arme. »

Général Laure, chef de cabinet du Maréchal en 1926 (septembre 1955)


« J’ai lu mot à mot les 400 pages du Procès Pétain au Journal Officiel […]. Il me paraît difficile de croire que toute personne en ayant fait autant puisse considérer la condamnation du Maréchal comme autre chose qu’un verdict politique. »

William L. Langer, diplomate américain et professeur d’histoire à l’université de Harvard


Extraits du livre « Neuf mois au gouvernement » de Paul Baudouin, ministre des Affaires étrangères. Ce livre est en fait son journal personnel tenu quotidiennement :

« 10 septembre 1940

Au Conseil des ministres, le problème juif est examiné pour la première fois. Les Allemands le soulèvent en territoire occupé. Une lettre du général de la Laurencie nous indique les mesures qu’ils viennent de prendre. En particulier, ils interdisent tout retour de Juifs dans la France occupée. Des décisions beaucoup plus graves sont à craindre à bref délai. Il devient de plus en plus évident que, malgré la répugnance de la presque unanimité du Conseil – et Laval est un des plus opposés à des mesures antijuives – si nous continuons de nous abstenir de toute intervention dans cette question, les Allemands vont prendre en zone occupée des décisions brutales, peut-être même étendre purement et simplement à la France occupée l’application de leurs lois raciales. »

« 30 septembre 1940

Le Conseil de cabinet, de 17 heures à 19 heures, est consacré à l’étude du statut des Juifs qui doit être discuté au Conseil des ministres de demain. Il est maintenant évident que le seul moyen d’empêcher l’application par les Allemands en zone occupée de mesures draconiennes antijuives – la Délégation générale à Paris nous a annoncé qu’elles étaient imminentes – est d’édicter un certain nombre de mesures beaucoup plus modérées et conçues dans un autre esprit, qui seront applicables à toute la France. »

[Ndlr : Le 7 septembre 1940, les Allemands avaient annoncé au gouvernement qu’une ordonnance contre les juifs étaient en préparation. Le 25 septembre, le ministre des Affaires étrangères Paul Baudouin adresse aux autorités occupantes une lettre de protestation contre l’adoption de l’ordonnance nazie. Les Allemands n’en ont cure et publient une ordonnance d’ « aryanisation » le 27 septembre, c’est-à-dire de confiscation légale des biens des juifs. Le 1er octobre, en urgence, le Conseil des ministres adopte sa première loi sur le statut des juifs. Le 4 octobre, la loi est publiée.]


Paul Morand, écrivain et ambassadeur de Pétain à Bucarest, écrit dans son « Journal inutile » en 1973 à propos du livre de Robert Paxton :

« Bruit fait autour du livre d’O.Paxton, auteur yankee sur un Vichy qu’il ignora. Il mentionne, entre autres bourdes, l’élection de Jacques Chardonne à l’Académie ! Il ne se doute pas du proaméricanisme de Laval et de Pétain ; il ignore qu’en 42, quand tout le monde était prêt à se replier sur l’Afrique du Nord, c’est l’ambassadeur des États-Unis qui nous a dit : « Restez sur place, vous nous êtes plus utiles à Vichy. » Après quoi, ils nous ont laissé matraquer, à la Libération, par les communistes, comme de simples Indochinois. […] Quand Laval disait : Sauckel m’a réclamé 1 million d’hommes pour le STO, il n’en a eu, grace à moi, que 38 000, j’avais toujours envie de lui dire : « Laissez donc partir ce million, personne ne vous saura gré de vos efforts ; la politique du pire est souvent la meilleure. » Même chose quand j’entendais Laval se glorifier d’avoir sauvé tant de Juifs français et dire : « Nous ne sommes tout de meme pas la Hollande ou la Pologne ! » »


Extrait de la déposition de Paul Estèbe au procès Pétain :

« Également, je tiens à signaler, car j’ai vécu cela de novembre 1940 à juillet 1943 où je suis resté au cabinet, sauf une coupure de un mois à peine, lorsque je fus arrêté par la Gestapo à Vichy, – je tiens à signaler l’attitude très nette prise par les consignes directes du Maréchal en faveur des Israélites.

II ne s’agit pas ici de faire étalage de ce qu’on a pu faire au service de son pays, mais, c’est de mon devoir de le dire, il ne s’est pas passé de jours, et je pourrais citer des dizaines et des dizaines de noms qui témoigneraient tout de même d’une action que nous avons menée très simplement, comme il se devait, mais qui pouvait comporter certains risques, et où j’ai été moi-même en rendre compte.

Notamment, c’est par mon entremise et sur mon initiative que le Grand Rabbin a été reçu par le maréchal Pétain en février 1943, et le Grand Rabbin s’est déclaré enchanté, – c’est son terme propre, que j’ai entendu de sa bouche, – de son audience. »


« Tant que je serai vivant, je n’accepterai jamais que cette ignominie qu’est l’étoile jaune soit appliquée en zone Sud. »

Pétain au Grand Rabbin Schwartz


« Enfin, je soulignerai que le Maréchal ne fut, en aucune manière, antisémite. Il existe plusieurs rapports de la Gestapo l’accusant de protéger les Juifs. Nous avions en commun quelques amis juifs que je revis à mon retour de déportation : ils avaient gardé leur estime et toute leur admiration pour le Maréchal. Quand, vers le 11 novembre 1942, il y eut en France une rumeur selon laquelle il allait partir à Alger ou abandonner son poste de chef d’Etat, le Grand Rabbin, René Hirschler, vint immédiatement s’informer à Vichy. Il fut tout à fait rassuré en apprenant que le Maréchal ne partait pas, et il lui exprima sa reconnaissance. »

Jean Borotra, ingénieur polytechnicien, célèbre tennisman, licencié en droit, commandeur de la Légion d’honneur à titre militaire, croix de guerre 14-18 et 39-45, médailles des évadés et des déportés-résistants. Il fut Commissaire général à l’Éducation général et aux sports dans le gouvernement du Maréchal, de juillet 1940 à mars 1942. Il est commandeur de l’Empire britannique et de l’Ordre de Vasa (Suède). Président d’honneur fondateur du Comité International pour le fair-play, il reçut lui-même le trophée du fair-play. Il a fait partie de l’équipe légendaire des Mousquetaires qui remporta 6 fois la coupe Davis.


« Il y a une jeune école historique qui veut mener une sorte de guerre privée et qualifiée d’héroïque contre le gouvernement de Vichy. Il me paraît absurde de renverser les choses au point de dire que non seulement le gouvernement a été complice mais qu’il a pris l’initiative d’une entreprise de répression des juifs. Je me demande parfois si, contrairement à l’idée commune, la part de sacrifice dans la politique et la conduite du maréchal Pétain n’ont pas eu des effets plus certains et positifs sur le salut des juifs que sur le destin de la France. »

Annie Kriegel, interview dans Valeurs actuelles, 25 mars 1991


« Vous êtes des soldats de l’armée d’Afrique et comme tels vous êtes les témoins de la pérennité du prestige français. Ce rôle vous impose, en toutes circonstances, de rester forts, disciplinés, confiants, pour assurer le relèvement dans l’honneur de votre patrie, unis par un sentiment de vénération profonde et de dévouement total à l’égard de notre chef prestigieux, le maréchal Pétain. »

Général de Lattre de Tassigny, Ordre du jour, Tunisie, février 1942


« En juin 1940, après la bataille du Nord, l’Angleterre n’avait plus d’armée, nous n’avions pas vu la question des chars et celle de l’aviation sur un plan suffisant. L’armistice nous a, en somme, rendu service. Hitler a commis une faute en l’accordant. Il aurait dû aller en Afrique du Nord, s’en emparer pour poursuivre sur l’Égypte. Nous aurions eu alors une tâche bien difficile. »

Winston Churchill au général Georges, le 8 janvier 1944.


« Avec celui-là [Pétain], il n’y aura pas grand chose à faire. Il joue la carte du temps. Il dit une chose, il en fait une autre. »

Hitler à Paul Schmidt


« Le Fürher, le plus grand de tous les hommes vivants, a commis en juin 1940, une faute inconcevable en concluant un armistice avec la France, au lieu d’occuper immédiatement tout le territoire français et, après avoir traversé l’Espagne, l’Afrique du Nord. »

Cecil von Renthe-Fink (délégué spécial diplomatique du Führer auprès de Pétain pour le surveiller) à Walter Stucki (ambassadeur de Suisse en France)


« Le  Maréchal était parfaitement lucide. Il suivait une ligne politique bien définie et savait ce qu’il voulait. Il estimait tout  simplement que seule sa politique pouvait sauver la France… Pour moi, Montoire constitue la plus grande défaite de toute la politique allemande vis-à-vis de la France. Nous n’y avons rien obtenu et presque tout perdu de ce que nous avions. Nous n’avons pas réussi à gagner la France à notre cause ni à occuper le territoire français tout entier. S’il n’y avait pas eu Montoire, il n’y aurait probablement pas eu de débarquement allié en Afrique de Nord ni notre débâcle là-bas. »

Cecil von Renthe-Fink, délégué spécial diplomatique du Führer auprès de Pétain pour le surveiller, dans La Libre Belgique du 2 novembre 1947.


« L’armistice fut la plus grande faute du Führer. »

« J’avais soumis au Führer des plans d’attaque de Gibraltar et de Suez… L’attaque de Gibraltar par l’aviation était préparée si minutieusement que, selon toute probabilité elle ne pouvait échouer… En même temps le côté africain du détroit devait être conquis; nous poussions jusqu’à Casablanca et Dakar… Bien installés sur le territoire d’Afrique du Nord avec nos avions et nos sous-marins, nous pouvions empêcher tous les convois de traverser l’Atlantique-Sud. Et du moment où la Méditerranée était fermée, il devenait facile, dépassant Tripoli, d’attaquer Suez avec succès. La Méditerranée se trouvait de la sorte éliminée comme zone de combat… et le danger qui pesait sur les longues frontières maritimes de l’Italie était écarté ! »

Hermann Goering, maréchal du Reich


« L’histoire eut été différente si nous avions pris Gibraltar et si le Führer n’avait pas laissé à la France sa marine, ses troupes coloniales et son Empire. »

Maréchal Keitel


« En signant l’armistice de 1940, Pétain faisait ce que son peuple entier souhaitait ardemment et considérait comme la seule issue possible (…). La poursuite de la guerre eut entraîné l’occupation de la France entière et de l’Afrique. »

Ernst Jünger


« Dans l’histoire de la seconde guerre mondiale, on a pas apprécié à sa juste valeur le rôle que la France avait joué entre les deux camps ennemis. Le combat mené par la France et la façon dont elle s’est relevée de sa défaite n’a pas commencé avec l’appel du 18 juin, mais tout a débuté, et peut-être avec plus d’efficacité, avec l’armistice de Rethondes. »

Elmar Krautkramer, historien allemand


« N’avouez jamais que l’armistice ne pouvait pas être évité. »

De Gaulle au général Odic, commandant des forces aériennes d’Afrique du Nord, reçu à Londres, le 12 décembre 1941


« Je comprends très bien qu’on continue la guerre contre le Boche ! Si j’avais quarante ans de moins, je ne serais pas ici »

Pétain à Pierre Dupuy, chargé d’affaires canadien, 8 avril 1941


« N’oubliez pas, Messieurs, qu’il n’y a qu’un seul ennemi : le Boche ! »

Pétain devant les Saint-Cyriens de la promotion « Amitié Franco-Britannique » et les Saint-Maixentais de la promotion « Maginot », le 23 juillet 1941. Témoignage du colonel des Troupes de Marine Maurice Pacull ; confirmé par le Commissaire général Gilbert Portet, secrétaire de la promotion Amitié Franco-Britannique.


« La conduite à tenir nous est dictée par l’attitude de la Prusse, au lendemain d’Iéna et de Tilsit »

Pétain à Pierre Taittinger, cité par Jean-Raymond Tournoux dans Pétain et De Gaulle


« J’envoie le général Weygand en Afrique du Nord avec tout pouvoir, loin des orages du Conseil des Ministres, où il ne peut plus s’entendre avec Laval, et hors des regards des Allemands… Sa mission sera de sauvegarder l’Afrique du Nord et de former une armée capable de la défendre. Un jour cette armée nous servira, mais il est encore beaucoup trop tôt. »

Pétain à Louis Rougier, le 20 septembre 1940


« En mon âme et conscience, je suis convaincu qu’il n’existait pas en France d’homme capable de tenir tête à l’ennemi pendant quatre ans comme il l’a fait, avec une dignité et une hauteur telles qu’un jour son interlocuteur allemand lui demanda s’il se croyait le vainqueur ! »

Général Weygand


« Je respecte profondément la personne du maréchal Pétain. Je sais qu’à sa place, il serait difficile de faire mieux. Il a à jouer une partie surhumaine, surhumaine vraiment. »

Winston Churchill au colonel Groussard


« L’opinion dans les pays alliés est que la collaboration a été un marché de dupes. Le sentiment de Hitler est que le marché de dupes a été contre les Allemands. »

Otto Abetz, ambassadeur allemand à Paris


« Aujourd’hui Pétain et Laval sont dans le moment de l’attente. Évidemment au fond de leur cœur, ils sont complètement opposés au Reich et à ses intérêts. Nous ne pouvons donc avoir aucune confiance en eux. »

Joseph Goebbels, ministre de la propagande du Reich, 17 novembre 1943


« Le vainqueur de Verdun rejoint les soldats de la France combattante par son opposition aux desseins, aux volontés d’un autre. Les moyens dont il disposait différaient nécessairement de ceux que nous avons pu mettre en œuvre. Mais le combat restait le même dans sa destination finale : la délivrance de la Patrie. »

Colonel Rémy, agent secret de la France Libre


« Avant de laisser la terre de France je rends mon hommage au vieux Maréchal. Durant deux ans, malgré les injures, il nous a bien servis. Si nous sommes aujourd’hui en Afrique du Nord et en Italie, nous le devons à son courage, à sa ténacité, à son héroïsme. L’armistice l’a laissé avec deux atouts pour résister à l’Axe : la Flotte française et l’Afrique du Nord. Il a manœuvré de telle manière qu’il a résisté deux ans, alors que nous, Américains et Anglais, nous nous armions. Quand nous avons été victorieux, nos drapeaux flottant sur les ruines de Berlin, nous dirigions notre pensée vers un des premiers responsables de cette victoire : Philippe Pétain, Maréchal de France »

Charles Sweeny, colonel américain


« Je n’aime pas beaucoup entendre des gens parfaitement confortables ici, traiter de lâches et de traîtres ceux qui, en France, se débrouillent comme ils peuvent dans une situation terrible (…) Je crois que Pétain a fait à peu près tout ce que la situation générale et son propre état physique et mental lui permettaient de faire pour limiter les dégâts. »

Simone Weil, New York, 1942, lettre au professeur Jean Walh, in Cahiers Simone Weil, mars 1987


« L’interprétation manichéenne de l’armistice, affirmée dès les premiers jours et maintenue contre vents et marées, relève de la légende ou de la chanson de geste. Ni les magistrats, à la Libération, ni la masse des Français n’ont souscrit à cette vision épique. L’appel du 18 juin conserve sa signification morale et politique, mais les discours qui suivirent immédiatement l’appel relevaient déjà d’un chef de parti, et non d’un porte-parole du pays bâillonné. »

Raymond Aron – Mémoires


« Le gaullisme a imposé l’idée qu’il ne fallait pas signer cet armistice et que Vichy était illégitime. C’est fabuleux ! Mais, ce n’est pas sérieux. »

Henri Amouroux (historien), interview dans Valeurs actuelles, 13 décembre 1993


« Le maréchal Pétain a été très vite considéré comme étant en réalité resté un ennemi dangereux et même le plus dangereux pour l’Allemagne. Tous les rapports de nos services que j’ai eu à connaître et que j’ai transmis au R.S.H.A. reflétaient la même opinion. »

Helmut Knochen, chef de la Sipo-SD (services de sécurité et de police de sûreté), lettre du 24 avril 1950


« Le jour viendra où le sacrifice du Maréchal lui sera compté en lettres d’or et comptera davantage encore pour sa gloire que la victoire de Verdun »

Colonel Rémy, agent secret de la France Libre.


Article du colonel Henry d’Humières (1920-2015), ancien élève de 1940 à 1942 à l’École de Saint-Cyr, recentrée à Aix-en-Provence :

« C’est le Maréchal Pétain qui a préparé la revanche sur l’armée allemande

Cette revanche fut préparée dès l’entrée en vigueur de l’armistice sauveur, le 25 juin 1940.
A cette date, le général Weygand avait déclaré : « le premier devoir d’une armée battue est de préparer la revanche: préparer l’encadrement et l’armement des futures unités de combat et, plus encore, entretenir la flamme de la revanche qu’il ne faut, à aucun prix, laisser s’éteindre. »
En plein accord avec le maréchal Pétain, le général Weygand fit immédiatement mettre en oeuvre des mesures conservatoires et organiser « l’armée de l’armistice » dès juillet 1940.
Une fois devenu délégué général du Gouvernement pour l’Afrique française et suivant la prescription du maréchal Pétain, il reconstitua « l’armée d’Afrique » et « lui forgea une âme ».
Cette armée reprit le combat contre l’armée allemande le 19 novembre 1942 et le mena sans discontinuer jusqu’au 8 mai 1945, rendant leur gloire aux armes de la France.

MESURES CONSERVATOIRES
Dès le 25 juin 1940, les trois Secrétaires d’Etat aux Armées – Terre, Mer et Air – envoyèrent en Afrique du Nord tout ce qu’ils purent comme matériel, armes, munitions, ainsi que les escadrilles d’avion de combat.
Dès le 2 juillet, le général Colson, Secrétaire d’Etat « Terre », donna aux représentants des Régions militaires des directives pour camoufler les matériels et approvisionnements militaires. Fut préparée une mobilisation clandestine grâce au Service national des Statistiques sous l’impulsion du contrôleur général Carmille, qui devait en 1944 mourir en déportation.
Les Services français du Renseignement continuèrent leur action au profit de l’Intelligence Service britannique et poursuivirent des activités de contre-espionnage qui furent importantes.
500 agents allemands furent arrêtés, dont 42 condamnés à mort furent exécutés régulièrement.

L’ARMÉE DE L’ARMISTICE
Dès juillet 1940, cette armée fut déployée dans toute la « zone libre. »
A toutes les unités militaires fut dispensée une instruction particulièrement dynamique avec un entraînement physique et sportif intense.
La formation des cadres fut primordiale. Dès l’automne 1940, les grandes Écoles militaires furent en état de fonctionner avec des instructeurs orientés sur le rôle capital de la formation des hommes, ainsi que sur l’esprit de revanche. Il en fut de même en ce qui concerne l’instruction des sous-officiers dans des stages spécifiques.
Les contacts « armée-nation », notamment avec la jeunesse (Chantiers et mouvements de jeunesse), furent généralisés.
Le 23 juillet 1941, le maréchal Pétain inspecte les Écoles militaires d’Aix en Provence (Saint Cyr et Saint Maixent). Ayant réuni dans un amphithéâtre officiers instructeurs et élèves-officiers, il leur rappela leur devise : « Ils s’instruisent pour vaincre ». En l’absence de journalistes, il affirma « que les Allemands demeurent l’ennemi et que sa politique s’inspire de celle de la Prusse après Iéna: le traité de Tilsitt avait laissé l’armée prussienne humiliée et amoindrie, mais non pas brisée ». Puis se tournant vers le général commandant les Ecoles, « il lui demanda de former ses élèves en vue de la revanche, en particulier de les rendre aptes aux combats de guérilla, qui ont conduit à la défaite des troupes napoléoniennes en Espagne ».
Après sa dissolution par les Allemands (décembre 1942), l’armée de l’armistice devait fournir des cadres tant à l’armée d’Afrique, grâce aux évasions de France notamment par l’Espagne, qu’aux maquis et organisations de résistance en métropole, en particulier ORA (Organisation de Résistance de l’Armée) et Armée Secrète. 1500 officiers encadrèrent les formations de l’ORA, dont les pertes furent sévères : 227 officiers (33 fusillés, 104 tués au combat, 90 morts en déportation) ; les pertes totales de l’ORA furent de 2 400 hommes soit 2,4% de l’effectif global de 100 000 hommes fixé pour l’armée de l’armistice.

L’ARMÉE D’AFRIQUE
Désigné en septembre 1940 comme délégué général du Gouvernement pour l’Afrique française, chargé par le maréchal Pétain de reconstituer l’armée d’Afrique, le général Weygand s’attacha passionnément à cette tâche dès octobre 1940 en communiquant à tous sa foi dans l’avenir.
Par une politique musulmane hardie et généreuse, il assura le loyalisme des populations musulmanes : l’unanimité de la France d’Afrique va se faire derrière son armée, à laquelle il prescrit une consigne fort claire : « préparer la revanche ». Dans ce but, celle-ci doit s’entraîner par des opérations hardies utilisant des réduits de manoeuvres dans des terrains difficiles d’accès. Une mobilisation clandestine sera préparée sur l’ensemble du territoire, les contacts étant permanents avec tous les anciens soldats jusqu’au plus profond du bled.
La célébration, à l’automne 1941, du centenaire des régiments de tirailleurs et de spahis algériens donna lieu à des cérémonies et des manifestations remarquables, auxquelles participèrent nombre d’anciens combattants et membres des familles musulmanes et « Pieds-noirs ».
Mais, le 17 novembre 1941, le départ d’Afrique du Nord du général Weygand, exigé par Hitler, aurait pu avoir des conséquences désastreuses si le Maréchal n’avait pu le faire remplacer par le général Juin, qui continua la mise en condition de toute l’armée d’Afrique dans la ligne de son prédécesseur, tant sur le plan humain que sur le plan militaire.
C’est ce qui explique l’extraordinaire cohésion et l’esprit de corps, dont fera preuve l’armée d’Afrique tout au long de la Campagne. Elle sera renforcée par une mobilisation de caractère régional unissant dans une même foi, le destin de la Mère-Patrie, chrétiens, musulmans et israélites accoutumés à vivre ensemble. L’armée d’Afrique avait œuvré depuis sa création comme si la présence française au Maghreb devait consacrer éternellement la France d’Afrique. Dans ses rangs l’intégration était faite et il n’a pas dépendu d’elle qu’elle ne s’étende au Pays tout entier.
Cette armée d’Afrique reconstituée – armée Weygand – contribua grandement, avec ses seuls moyens, à la première victoire libératrice de Tunisie puis, avec un armement renouvelé, aux victoires d’Italie et à celles des côtes de Provence au Rhin et au Danube, libérant un tiers du territoire métropolitain.

Il faut souligner l’effort exceptionnel fourni par les Français d’Afrique du Nord de souche européenne (« les Pieds-noirs ») : 175 000 d’entre eux ont été mobilisés de 1942 à 1944, soit 16,4% de cette population de 1 075 000 hommes.
L’armée d’Afrique a compté dans ses rangs 233 000 musulmans d’Algérie, du Maroc et de Tunisie, ainsi que des dizaines de milliers d’Africains noirs. Les ont rejoints des unités des « Forces françaises libres » et 20 000 « évadés de France », dont 1 500 officiers venus par l’Espagne.
Nombreuses sont les tombes de certains de ces combattants, dont des Pieds-noirs, des Maghrébins, des Africains noirs dans les cimetières militaires de Tunisie, d’Italie et de tout l’Est de la France, alors que leurs sacrifices sont loin d’être exaltés lorsqu’on enseigne l’histoire aux jeunes générations depuis 1945.
Le 9 mai 1945, le général de Lattre de Tassigny, commandant cette armée d’Afrique à laquelle avaient été amalgamés 137 000 « maquisards » et qui était devenue la 1ère Armée française victorieuse, signait à Berlin, aux cotés des trois autres chefs Alliés, l’acte de capitulation de l’armée allemande.
Ainsi était concrétisée la revanche sur celle-ci de l’armée française reconstituée grâce au maréchal Pétain.
Nous ajouterons que, à partir du 2ème semestre 1940, le maréchal Pétain avait mis en route une politique neuve et hardie de formation de la jeunesse ; dans celle-ci était incluse une formation civique et patriotique. C’est ainsi que, malgré la présence de l’occupant, le Salut aux Couleurs se déroula au sein de tous les Chantiers et mouvements de jeunesse, dans toutes les écoles et lors des manifestations sportives : quelle gageure, qui fut tenue ! »


« On peut légitimement se demander ce que le général de Gaulle, de 1940 à 1945, a réellement accompli contre les Allemands. En réalité ce n’est pas tellement contre les Allemands qu’il a combattu, c’est surtout contre Vichy. Pourquoi ? Parce qu’il voulait par-dessus tout s’emparer du Pouvoir, et par tous les moyens : c’était là sa priorité, pour ne pas dire son unique préoccupation. Contre les Allemands, il n’a même pas vitupéré, ou très peu, alors qu’il n’a cessé de vitupérer contre Vichy, contre les Britanniques, contre les Américains, contre l’Armée française. Il est parvenu à ses fins par des moyens plus ou moins tortueux. Il a surtout construit une légende qui n’est pas prêt d’être démythifiée, mais qui vaut la peine qu’on l’examine d’un oeil critique.
C’est ce que l’auteur s’efforce de faire en démontrant que ce n’est pas de Gaulle qui a inventé les divisions blindées ; que si de Gaulle est parti pour Londres le 17 juin 1940 au matin, ce n’est pas parce qu’il croyait que la Grande-Bretagne allait continuer la guerre ; que ce n’est pas non plus parce qu’il a cru qu’elle allait la gagner, c’était pour éviter de se retrouver face à face avec Weygand, etc. »

Colonel Louis-Christian Michelet (Polytechnicien, docteur en Histoire, il a servi dans l’Armée française pendant vingt ans : campagne de France (39-40), Levant (41), évadé de France par l’Espagne (42-43), campagne d’Italie (43-44), Libération (44-45), Allemagne-Autriche (45), Corée (1950-51), Algérie (1956). Colonel honoraire de l’Armée blindée, Commandeur de la Légion d’Honneur, onze titres de guerre.)


Henri de Kérillis (ancien gaulliste) résume le rôle de De Gaulle durant la guerre dans son livre « De Gaulle dictateur » (1945) :

« Regardons la vérité du regard froid et dur de l’historien. Il a prononcé un discours et accompli un acte admirable le 17 juin 1940, c’est tout ; il est entré sous les acclamations à Brazzaville où une poignée de fonctionnaires coloniaux et de soldats avaient fait le coup d’Etat avant son arrivée ; plus tard, en 1941, il est entré à Beyrouth en triomphateur, après que les Anglais et une poignée de Français commandés par Larminat eurent remporté la victoire sans lui ; plus tard, il est entré à Tunis en triomphateur, après que les Américains et Giraud eurent libéré l’Afrique du Nord sans lui ; plus tard, il est entré à Ajaccio sous une pluie de fleurs, après que des contingents de l’armée d’Afrique eurent libéré la Corse sans lui ; plus tard, il a débarqué en Normandie, après que les Américains et les Anglais eurent pris d’assaut les plages, les villages et les villes, toujours sans lui. Une nuée de propagandistes et de politiciens de sac et de corde le précédaient et l’accompagnaient. Il s’est fait acclamer par les malheureuses populations libérées et a commandé un banquet à Bayeux où les morts américains n’étaient pas encore enterrés. Plus tard, il est entré à Paris derrière les tanks de Eisenhower et ceux de la division Leclerc. Il s’y est fait proclamer « premier résistant de France », et il est allé passer sous l’Arc de triomphe élevé en l’honneur de Napoléon, le géant des épopées militaires françaises. La défaite de la France, les victoires des Alliés, et l’héroïsme d’une poignée de Français lui avaient fourni l’occasion miraculeuse de bâtir une légende et d’édifier une étonnante carrière politique. »


Henri de Kérillis (ancien gaulliste) dans « De Gaulle dictateur » (1945) :

« On a discuté les mérites du Général de Gaulle en raison de la facilité avec laquelle il avait pu, « sans encourir le moindre risque personnel, faire de l’héroïsme à la radio ». Il est vrai que les Anglais lui ont singulièrement facilité la tâche. Le Général Spears, que M. Churchill avait détaché à Paris comme « observateur et ambassadeur personnels », avait promis au Général de Gaulle d’assurer le sauvetage de sa femme et de ses quatre enfants et lui avait garanti, quoi qu’il arrive, la solde et la pension de retraite des officiers anglais du grade de brigadier général, ainsi que la ressource suprême de la citoyenneté britannique s’il ne pouvait jamais revenir en France. Ces offres furent très vite étendues à tous les volontaires gaullistes par une clause de l’accord Churchill-De Gaulle (1er juillet 1940) :
« Les volontaires recevront une solde dont la base sera déterminée séparément par accord entre le général de Gaulle et les Ministères intéressés.
Les volontaires et les personnes à leur charge bénéficieront de pensions et autres prestations, en cas d’invalidité ou de décès des volontaires, sur une base qui sera déterminée par des accords séparés entre le Général de Gaulle et les Ministères intéressés.
Le Gouvernement de Sa Majesté est disposé à fournir à ces volontaires des facilités pour acquérir (après la guerre) la nationalité britannique. »


Lettre au général Robert Bresse, président de la fondation de la France Libre par le commissaire-colonel Michel Le Pargneux, membre du CNC 78 :

Versailles, le 3 septembre 2011

À Monsieur le général Robert Bresse, président de la Fondation de la France Libre Paris
« Mon général,

Peut-on continuer indéfiniment à falsifier l’Histoire, et à enseigner des contre-vérités à nos enfants et petits-enfants, comme on le fait depuis soixante ans, notamment dans l’enseignement officiel, et avoir bonne conscience de laisser faire sans réagir, au risque de mettre en doute la crédibilité de ceux qui en sont les  auteurs, voilà la question que je voudrais vous poser, en votre  qualité de Président de la « Fondation de la France Libre », et particulièrement à propos du placardage un peu partout en France du « faux appel du 18 juin », texte que le général de Gaulle surnomma plus tard l’Affichette ?

Mais, avant de traiter de cette question du faux appel du 18 juin,  je me permets, de vous rappeler que je vous avais écrit le 3 juin 2007 une lettre à laquelle vous n’avez pas cru devoir répondre, et je m’en suis toujours demandé pourquoi. Je vous en fais donc  à nouveau copie… En effet, à la suite de ma visite du Musée de l’Armée aux Invalides, et depuis sa restauration, j’ai été amené à constater avec regret que le maréchal Pétain en avait pratiquement disparu, mais que par contre le général de Gaulle y était idolâtré d’une  façon excessive et parfaitement injustifiée, car — soyons clairs — ce n’est pas lui qui a gagné la guerre, ni en 1918, ni encore  moins en 1944-45, cette dernière ayant été gagnée par les Américains, les alliés, les Anglais, Canadiens.., par les Soviétiques… et  par  cette  magnifique  Armée  d’Afrique,  constituée  après  l’armistice sous l’autorité du maréchal Pétain, par les généraux Weygand, Giraud, Juin… et de Lattre qui, soit dit  en passant, ne s’est jamais rallié à de Gaulle, ni en 1940, ni en 1943 lorsqu’il transita par Londres pour rejoindre Giraud qui était alors commandant en chef de l’Armée d’Afrique, et qui lui  donnera le commandement de l’Armée B qui deviendra la 1ère Armée avec laquelle il débarquera en Provence.

Ceci est si vrai que de Gaulle le  reconnaîtra plus tard :

« Cette victoire, dira-t-il, n’est d’ailleurs pas la nôtre. L’action de nos forces, qu’elle fût celle de nos armées ou celle de la Résistance, n’a été d’aucun poids dans le résultat final. Elle n’a pas modifié d’un jour ou même d’une heure le moment de la capitulation allemande. Naturellement, j’ai dit et affirmé le contraire, car il fallait que la France figurât parmi les puissances victorieuses et fût présente à la table des vainqueurs. »

Oui, mais, ironie du sort, de Gaulle ne fut présent ni à Yalta, ni à Postdam !

[…]

Concernant la seconde guerre mondiale, en signant un armistice le 22 juin 1940, et non une capitulation le « 18 juin 1940 »,  suivant les affirmations réitérées à maintes reprises par de Gaulle dans ses discours de Londres, Pétain n’a-t-il pas en réalité sauvé  la France d’un désastre encore plus grand, et dès cet instant préparé la revanche ?

En effet, avant que ne soit signée une convention d’armistice à  Rethondes ce 22 juin, il donna au général Hutzinger, chargé d’y représenter la France, des consignes très précises de ne céder en rien à HITLER, ni sur la Flotte, ni sur l’Empire, ni  sur l’AFN, ayant bien la ferme intention de pouvoir s’en servir  comme cartes maîtresses pour reprendre le combat dès que les Alliés seraient en mesure d’une véritable entreprise de guerre en Afrique.

[…] »


Appréhender la complexité de l’époque face au manichéisme de la doxa :

Extrait de « Pétain » de Gérard Bedel :

« Le Maréchal Pétain servit de bouclier aux Français pendant toute l’occupation, mais il fut progressivement réduit à l’impuissance par l’action conjointe […] des Allemands et des collaborateurs de Paris, et de la Résistance gaulliste et communiste.

Il commença par gouverner avec Laval, mais, comme ce dernier prenait des initiatives imprudentes dans ses rapports avec l’occupant, il l’écarta, le 13 décembre 1940. Flandin, qui lui succéda, dut démissionner au bout de deux mois, sous la pression des Allemands qui avaient délivré Laval que Pétain avait fait arrêter. Darlan remplaça Flandin ; entouré de sages et de techniciens, il essaya de temporiser dans la stricte ligne de la politique du Maréchal.

Les Allemands s’impatientent, on leur sacrifie Weygand, ce qui fait gagner quelques semaines. Ils parlent enfin de « poloniser » la France si Laval ne revient pas. Ce dernier exige d’être chef du gouvernement. Le Maréchal s’incline. Il ne sera plus que chef de l’État avec Darlan comme « dauphin », en Afrique du Nord.

Après ce 18 avril 1942, le Maréchal ne peut plus qu’apporter la protection de son prestige : la réalité du pouvoir lui est ôtée.

Le second gouvernement Laval sera marqué par des événements tragiques : réquisitions allemandes, rafle du Vélodrome d’Hiver, débarquement allié en Afrique du Nord, invasion de la zone libre, sabordage de la flotte, à Toulon, entrée en guerre de l’Empire, grâce à l’amiral Darlan, bombardements alliés sur les villes françaises, montée du terrorisme, assassinats, guerre civile. Tandis que son pouvoir s’effritait, Laval ne cessa de marchander avec l’Allemagne, persuadé qu’elle pouvait gagner la guerre ou obtenir une paix avantageuse.

Le Maréchal tenta encore de limiter ses pouvoirs, en avril 1943, mais il dut à nouveau céder devant les menaces des Allemands, qui exigèrent l’entrée au gouvernement de Darnand, Henriot et Déat. Pétain refusa de signer leur nomination ; Laval passa outre. »


Pierre Monnier (1911-2006), journaliste, essayiste, sur l’absurdité du clivage résistant/collaborateur au moment des faits :

« Il est courant de lire ou d’entendre dire qu’en 1940, les Français se trouvèrent devant un choix : la « Résistance » ou la « Collaboration » ; ce qui sous-entend que le peuple de France était divisé entre « gentils » et « immondes ». C’est un archétype de contrevérité. Il n’y avait pas de choix. Ceux qui, comme moi étaient en âge de faire la guerre (j’avais 29 ans) et qui ont été envoyés à la « drôlette » pendant dix mois, ceux qui ont vécu le désastre de juin 1940, ceux qui ont vu le désespoir des malheureux fuyant sous les bombardements, ceux qui ont connu les pleurs, les supplications et le sentiment de délivrance après la signature de l’armistice, habile décision qui préserva plus d’un tiers du territoire d’une occupation prête à couvrir tout le pays, ceux-là savent que les mots « résistance » et « collaboration » n’ont alors aucun sens. Seuls comptent le besoin de survivre et la volonté de reconstruire. Londres et de Gaulle rassemblent une petite poignée d’hommes patriotes et courageux, provenant, en général de la droite nationaliste anti-allemande. Quant au peuple, il adopte une attitude connue sous le nom « d’attentisme ». Cent vingt mille morts pour rien pendant la « drôle », ça paraît suffisant.

Les forces vives du pays sont tendues vers la reconstruction et le pansement des blessures. En mai 1941, le petit groupe gaulliste est rejoint par l’armée du parti communiste, cependant qu’à Vichy, le gouvernement est dominé par un sentiment d’hostilité à l’Allemagne. En témoigne le renvoi de Laval, le 13 décembre 1940. Le mot « collaboration » alimente alors les médias sans que l’on sache quelle réalité il recouvre. Il occupe surtout les salles de rédaction de la presse parisienne. Pour ma part, entré comme contractuel au ministère de la jeunesse, j’ai contribué jusqu’à la fin de l’année 1942 à la création et au fonctionnement de centres d’apprentissage pour les jeunes.

D’une formule originale, ces centres qui fournissent à mi-temps une formation professionnelle et une formation culturelle et sportive, rassemblent des jeunes qui, pour la plupart avaient été isolés, abandonnés du fait de la débâcle… Environ quarante mille… Le mot « collaboration » ne figura jamais à notre programme. Aucune instruction venue du sommet ne fit jamais référence à une politique de « collaboration ».

À Paris où j’ai vécu pendant les quatre années d’occupation, j’ai vu renaître et briller la vie artistique et littéraire dans l’ignorance de cette « collaboration » qui était, pourtant, chaque jour évoquée dans la presse et à la radio. Personne ne s’y intéressait… Les Français attentistes n’avaient pas eu besoin d’explications pour comprendre l’utilité roublarde de ce qui n’était qu’un mot, sans grand contenu pratique, dans les relations entre le gouvernement et la puissance occupante. On peut qualifier de « collaborateurs » ceux du marché noir et ceux qui ont fait du trafic avec les Allemands, ceux qui se sont mêlés aux organisations de police allemande, mais le gouvernement légal de la France n’est pas concerné par ces activités. Il y eut, certes, des contacts, des échanges, des mesures autoritaires où intervenait l’occupant, mais il est bien évident que, collaboration ou non, ces gestes et opérations se seraient produits dans tous les cas du fait de l’autorité d’occupation.

On pourra trouver, au plus haut niveau, quelques intellectuels qui souhaitaient faire entrer une politique de collaboration dans les faits, Bonnard, Benoist-Méchin, Déat… mais sans grande résonance. Enfin, pour qui a vécu en zone occupée pendant ces quatre années de guerre il est patent que le syndrome « collaboration » ne s’est jamais vraiment manifesté dans le peuple.

En résumé. À Paris et dans toute la zone occupée, les chefs de partis et les responsables médiatiques prônaient la politique de collaboration sans disposer du pouvoir de la mettre en application.

De l’autre côté de la ligne de démarcation, en zone libre, le gouvernement détenait les moyens de « collaborer » mais n’en avait pas le goût.

Le peuple, lui, se souciait du ravitaillement. Sur ce qu’ils ressentaient après quatre ans d’occupation, les Français se sont exprimés le 27 avril 1944 à midi, place de l’Hôtel de Ville, à Paris. Ce matin-là, dans un bistrot, vers dix heures, j’avais appris que le Maréchal était à Paris. Il était venu s’incliner devant les victimes du dernier bombardement allié qui avait, une fois encore, fait plusieurs milliers de victimes. C’est le seul bouche-à-oreille qui, en moins de trois heures assembla vingt-cinq à trente mille Français devant le balcon sur lequel parut le Maréchal. J’ai toujours eu la conviction que cette foule enthousiaste avait le désir secret d’un accord tacite entre le Maréchal et de Gaulle… L’espoir de la réconciliation patriotique était au cœur de ces Français qui acclamaient le vieux vainqueur de Verdun. Malheureusement, pour faire cette paix civile, il aurait fallu être deux. »


Extrait des Mémoires de Jean Daujat (1906-1998). Normalien, mobilisé en 1939, il parvint, après la percée allemande, à ramener son groupe de D.C.A. intact de la Champagne aux environs de Toulouse, après lui avoir fait traverser le Massif Central. En 1941, il participe à la fondation et à l’enseignement de l’ Institut d’Études corporatives et sociales, organisme rattaché directement au cabinet personnel du maréchal Pétain :

« Sans qu’elles aient pour moi les suites qu’a eues à partir de 1945 mon enseignement à Saint-Nicolas, mes fonctions à l’Institut d’études corporatives et sociales ont eu aussi bien des conséquences pour mon avenir, non seulement par toutes les nombreuses relations que j’y ai faites, mais parce qu’elles ont fait connaître mon enseignement oral et écrit et m’ont donné de l’influence et du prestige. Et pourtant la tâche était extrêmement difficile parce qu’au-delà de l’enseignement des principes qui constituaient la doctrine familiale, économique, sociale et politique de l’Église dont on retrouvait bien des échos dans les admirables messages du maréchal Pétain, on ne pouvait pas éviter des prises de position face aux évènements  et problèmes de l’heure. On a vu que j’avais compris comment l’armistice, rendu indispensable parce que nous n’avions plus d’armée, allait perdre l’Allemagne hitlérienne en interdisant à son armée d’envahir notre Afrique du Nord où Weygand, puis Juin, préparèrent une nouvelle armée française qui reprendra le combat aux côtés de nos alliés anglo-saxons, ce qui fait que je blâmais De Gaulle de sa position contre l’armistice et contre le maréchal Pétain dont je viens de dire que j’admirais les messages et qui m’avais réjoui en mettant fin au régime parlementaire, en se prononçant pour un régime corporatif, en préconisant le redressement des esprits et des cœurs, en mettant en œuvre pour cela tant d’institutions pour la jeunesse.

J’avais compris, et savais par divers renseignements, que le Maréchal ne pouvait que souhaiter l’échec final d’Hitler et je le souhaitais aussi, mais bien sûr sans désirer que cela entraîne pour la France un retour au régime parlementaire. Je m’étais réjoui du renvoi de Laval trop conciliant vis-à-vis de l’Allemagne et avais été désolé de son retour au pouvoir imposé par Hitler. Je m’étais réjoui de l’entrée en guerre des États-Unis qui préparait la défaite finale d’Hitler qui avait fait dire au maréchal Pétain : « Nous voici en 1917 », parce que (là, De Gaulle l’avait bien prévu) elle permettrait aux adversaires de l’Allemagne d’avoir plus de chars et plus d’avions qu’elle. Je m’étais réjoui de l’entrée de l’armée allemande en Russie parce que j’avais compris qu’elle se perdrait dans l’immensité russe mais bien sûr, éclairé comme je l’étais sur le communisme, je ne souhaitais pas pour autant une victoire militaire de celui-ci de sorte que, tout en espérant qu’armée allemande et armée russe s’usent l’une contre l’autre, je blâmais sévèrement Etats-Unis et Angleterre de faire alliance avec la Russie communiste et De Gaulle de s’engager avec eux dans cette voie.

Je savais le maréchal Pétain paralysé par les exigences allemandes (le renvoi de Weygand, le retour de Laval l’avaient bien prouvé) et à l’Institut d’Etudes corporatives et sociales nous avions diffusé clandestinement, les Allemands en ayant interdit la publication, le Message où le Maréchal parlait de la « semi-liberté qui m’est laissée » et affirmé que « le régime actuel qui m’est imposé par les circonstances ne ressemble en rien au régime que je veux instaurer et qui sera fait de l’épanouissement harmonieux de toutes nos libertés ». J’étais horrifié par les persécutions contre les Juifs et ne craignais pas de le dire publiquement et tremblais pour nos amis juifs que j’étais prêt à aider par tous les moyens en notre pouvoir.

J’étais disposé à approuver la Résistance quand elle ne commettait pas d’actes imprudents et inutiles, mais lui fus hostile dès qu’elle accepta dans son sein des communistes et les laissa s’emparer des leviers de commande. En novembre 1942 je me réjouis du débarquement anglo-américain en Afrique du Nord (il sonnait le glas de la puissance hitlérienne) et commençai par souhaiter que le maréchal Pétain parte en avion pour y reprendre la lutte contre l’Allemagne avec nos alliés, mais je compris rapidement qu’alors Hitler aurait installé en France un gouvernement Déat-Doriot-de Brinon qui aurait déclaré la guerre à l’Angleterre et mobilisé tous les jeunes français dans l’armée allemande, je compris donc que pour éviter cela le maréchal Pétain avait dû décider de rester en France en gardant pour seul pouvoir de signer des Traités et de déclarer la guerre tandis que pour tout le reste il ne pouvait plus rien et devait abandonner la totalité du pouvoir à Laval.

Je sus par mon ami, le diplomate et agent secret François de la Noe, que Pétain avait demandé à Weygand de partir pour Alger y reprendre la lutte contre l’Allemagne avec nos alliés anglais et américains, mais que celui-ci exigeait pour cela un ordre public qu’évidemment le Maréchal ne pouvait pas lui donner. Je m’étais réjoui de l’habile ralliement de Darlan et de Juin au débarquement anglo-américain, j’avais donc été désolé de l’assassinat de Darlan, machiné par Henri d’Astier de la Vigerie que j’avais connu par Amédée d’Yvignac et qui m’avait toujours été si antipathique, désolé aussi que pour succéder à Darlan on ait choisi l’incapable Giraud qui ne pouvait que se faire éliminer par De Gaulle. »


Des résistants titulaires de la Francisque :

– JEAN BOROTRA, tennisman de réputation mondiale, commissaire général à l’Éducation physique et aux Sports (août 1940 – avril 1942), arrêté par les Allemands en 1943 et déporté.

– RENÉ CARMILLE, contrôleur général de l’armée, directeur général du Service national des statistiques, arrêté par les Allemands le 3 février 1944, mort à Dachau.

– BERNARD DE CHALVRON, membre du cabinet du maréchal Pétain, adjoint de Claude Bourdet au NAP (Noyautage des administrations publiques), arrêté par les Allemands à Paris le 13 mai 1944 et déporté à Buchenwald.

– PIERRE DARBIEUX, secrétaire général de la revue des Chantiers de la Jeunesse, arrêté en juillet 1944, mort à Buchenwald.

– PAUL DUNGLER, fondateur de la « 7ème colonne d’Alsace » qui a chapeauté la plupart des activités de résistance dans cette région, arrêté par les Allemands en février 1944 et déporté.

– PHILIPPE D’ELBÉE, membre de l’Amicale de France, fondateur du Bulletin des jeunes, arrêté par les Allemands en juillet 1944, mort à Buchenwald.

– GABRIEL JEANTET, chargé de mission au cabinet du Maréchal, fondateur de l’Amicale de France, animateur des centres de propagande de la Révolution nationale, directeur de France, revue de l’État nouveau (1942), arrêté par la police française le 27 juillet 1944, livré aux Allemands deux jours plus tard.

– GÉNÉRAL PAUL DE LA PORTE DU THEIL, commissaire général aux Chantiers de Jeunesse, déporté le 4 janvier 1944.

– GEORGES LOUSTAUNAU-LACAU, ancien officier d’ordonnance du maréchal Pétain, directeur général de la Légion (1940), fondateur du réseau Alliance (Intelligence Service), arrêté le 18 juillet 1941 et déporté à Mauthausen en mars 1943.

– FRANÇOIS MITTERRAND, employé au Service national des étudiants, puis au Commissariat général chargé du reclassement des prisonniers de guerre, fondateur sous le pseudonyme de « Morland » d’un mouvement de résistance regroupant des évadés et des prisonniers rapatriés.

– FRANÇOIS MORIN, dit « Morin-Forestier », membre du mouvement Combat de zone nord, réfugié en zone libre en février 1942, nommé chef d’état-major de l’Armée secrète unifiée en février 1943. Arrêté par la police française le 13 mars de la même année, il parvient à s’évader quelques semaines plus tard.

– LIEUTENANT-COLONEL GEORGES RONIN, ancien responsable du SR Air en 1939, animateur, au lendemain de l’Armistice, d’un réseau de renseignement autonome. Passé en Afrique du Nord dès le 10 novembre 1942, il est nommé par le général Giraud adjoint du colonel Rivet, chef du SR.

– RAOUL SALAN, officier de la Coloniale. Chef du SR impérial à Vichy puis à Dakar. Rejoint Alger en 1943. Commande sous de Lattre la 14ème DI (FFI) en 1945.

– FRANÇOIS VALENTIN, député de Meurthe-et-Moselle en 1936. Directeur de la Légion française des combattants de février 1941 à mai 1942. En contact avec la Résistance depuis novembre 1941. Officier de l’Armée secrète depuis 1943. Rejoint la 1ère armée, campagne d’Alsace et d’Allemagne.

– CHARLES VALLIN, ancien député de Paris, ancien vice-président du Parti social français (PSF) du colonel de La Rocque, membre du Conseil de justice politique. Arrive à Londres en septembre 1942 en compagnie de Pierre Brossolette. Rejoint la 1ère armée, participe au débarquement de Provence puis aux campagnes d’Alsace et d’Allemagne.


Extrait d’un article du Colonel Paul Paillole (chef du contre-espionnage) paru dans le Bulletin N° 151 de l’Association des Anciens des Services Spéciaux de la Défense Nationale :

« Avant de livrer à nos lecteurs ces témoignages, je voudrais, en guise de conclusion de cette introduction, rappeler deux faits :

1) Les Réseaux de résistance militaires (1), tous homologués aux Forces Françaises combattantes entre Juillet et septembre 1940 furent, quoiqu’en pensent les falsificateurs de l’Histoire, les premiers réseaux français à se lancer dans la lutte clandestine contre l’Axe et à renseigner les Alliés.

Ils durent leur rapide efficacité aux concours spontanés qu’ils trouvèrent dans l’Armée de l’Armistice [Qualifiée d’ « Armée de Vichy » par l’historien-propagandiste Robert Paxton, ndlr], sa Gendarmerie, la Justice Militaire, l’Administration, les Affaires Étrangères, et la Police.

2) Les deux principaux groupes de Résistance Français existant à la fin de 1940, n’ont vu le jour et n’ont pu s’épanouir qu’avec les initiatives et l’apport des militaires de l’Armée de l’Armistice :

– « Combat » du Capitaine Henri Frenay.

– « Alliance » des Commandants Loustaunau-Lacau [qui reçut 300 000 francs de la part de Pétain pour financer ce réseau, ndlr] et Faye, avec Marie-Madeleine épouse du Capitaine Meric.

Une abondante littérature (2) parfois stupidement qualifiée d’hagiographique par les détracteurs habituels de l’Armée, authentifie ce qui précède. J’en conseille la lecture.

—————

(1) Kléber-SSM/F/TR – C.D.M. – S.R. Air

(2) Pierre Nord : « Mes camarades sont morts ». – Michel Garder : « La Guerre des Service Spéciaux ». – John Stead : « Deuxième Bureau ». – Paul Paillote : « Services Spéciaux 1935-1945 » et « Notre espion chez Hitler ». – Henri Navarre : « Le Service des Renseignements » et « Le Temps des vérités ». – Jean Bézy : « Le S.R. Air ». – Henri Frenay : « La Nuit finira ». – Marie-Madeleine Fourcade : « L’Arche de Noé », etc., etc.« 


Extrait de « Pétain » de Gérard Bedel :

« Le Maréchal Pétain dit, après Montoire, qu’ « une collaboration a été envisagée », expression qui n’avait d’autre but que de gagner du temps en laissant Hitler rêver d’un renversement des alliances. Laissons de côté la collaboration liée aux obligations de l’armistice. Laissons aussi la collaboration économique, qui fut un des aspects les plus hideux de l’appât du gain, et voyons la collaboration politique.

Il exista de véritables mouvements collaborationnistes, qui rêvaient de s’associer à l’effort de guerre des Allemands, certains voulant aller jusqu’à combattre à leurs côtés. Selon les thèses officielles, il s’agissait d’hommes de droite, nationalistes, militaristes, adversaires des idéaux républicains, anticommunistes féroces.

Ici encore, la réalité est bien différente et nous renvoyons le lecteur aux ouvrages de l’historien israélien Simon Epstein, Les Dreyfusards sous l’Occupation et Un paradoxe français. Il montre que les hommes de droites furent très minoritaires dans les mouvements collaborateurs et qu’il y eut, au contraire, beaucoup de nationalistes dans la Résistance. Pierre Pujo a pu écrire L’Autre Résistance : L’Action française sous l’Occupation.

Le premier ingrédient de la collaboration fut le pacifisme, le second, l’admiration des Dreyfusards pour l’Allemagne de Kant. Dans la Ligue de la pensée française, mouvement pacifique favorable à l’Allemagne hitlérienne mais hostile au Maréchal Pétain, jugé « réactionnaire », on trouva de nombreux hommes de gauche militants de mouvements laïcs et d’anciens membres du Comité de vigilance antifasciste.

[…]

L’amalgame droite-collaboration représente donc une grossière déformation de la vérité, comme le rapprochement entre la Révolution nationale et le fascisme. »


Exemples de faits qui gênent la République :

Extrait de « La Vierge Marie dans l’Histoire de France » d’André de La Franquerie :

« Au Vainqueur de Verdun, au Maréchal Pétain devenu le Chef de l’Etat pour que sa gloire protégeât la France au lendemain de la plus grande défaite de son Histoire, la Providence inspira de répondre au désir exprimé par le Ciel :

Le 22 novembre 1940, le Maréchal reçut le marquis de la Franquerie venu lui exposer la question. Après avoir fait toutes les objections utiles et obtenu les éclaircissements nécessaires, le Maréchal Chef de l’Etat consacra sur-le-champ la France au Cœur Immaculé de Marie et chargea son interlocuteur, Camérier Secret de Sa Sainteté, d’informer le Souverain Pontife de l’Acte, encore non officiel, qui venait d’être accompli. Spontanément, le Maréchal, ajouta, ce qui ne lui avait pas été demandé, de dire à Sa Sainteté Pie XII que dès que les circonstances le lui permettraient le Chef de l’Etat Français viendrait officiellement renouveler cet Acte entre les mains du Successeur de Pierre et lui exprimer le souhait que le monde entier soit consacré au Cœur Immaculé de Marie.

Par suite de la situation intérieure en Italie, les Allemands empêchèrent le marquis de la Franquerie de traverser ce pays et donc de pouvoir aller au Vatican. Ce dernier demanda alors à deux vénérés amis, le T. R. Père Garrigou-Lagrange – ami personnel de Pie XII – et le T. R. Père Labouré, Supérieur Général des Oblats de Marie Immaculée, d’informer le Souverain Pontife. Ils purent remplir leur mission et reçurent du Saint-Père la confidence que le Maréchal était considéré par le Pape comme l’homme providentiel destiné dans les vues de Dieu à permettre ultérieurement le salut de la France.

Le 8 Décembre 1942, Pie XII consacra solennellement le Genre Humain au Cœur Immaculé de Marie. Quelques évêques de France seulement s’unirent publiquement à l’Acte Pontifical.

Peu après, le Cardinal Suhard, Archevêque de Paris fut reçu par le Souverain Pontife qui exprima sa surprise d’avoir constaté que la plupart des évêques de France n’avaient pas compris l’importance exceptionnelle que le Chef de l’Église attachait à cette consécration. Rentré à Paris, le cardinal informa ses collègues du désir pontifical et il fut décidé que la Consécration de la France serait faite dans toutes les églises et chapelles le 28 mars suivant. Le Maréchal décida de s’associer publiquement à cette Consécration. La cérémonie fut organisée en accord avec le curé de la paroisse par Monsieur Jacques Chevalier, ancien Ministre de l’Instruction Publique, et par le marquis de la Franquerie. En l’église Saint Louis de Vichy, le Maréchal Chef de l’Etat, à la tête de ses Maisons Civile et Militaire, prononça l’Acte de Consécration de la France à haute voix avec tous les assistants et, le soir même, il écrivit au Cardinal Suhard pour l’informer qu’en tant que Chef de l’Etat, il s’était associé publiquement à ce grand Acte National.

Ce faisant, une fois de plus, le Maréchal Pétain avait assuré la pérennité de la France et répondu à la Mission Divine assignée à notre pays. »

[Preuve ici : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k444834w (journal La Croix du 30 mars 1943)]


Extrait de « Pétain » de Gérard Bedel :

« L’enseignement libre va bénéficier des bourses nationales, les Instituts catholiques d’enseignement supérieur seront reconnus d’utilité publique.

On supprime les « séminaires laïques » que sont les écoles normales ; les futurs maîtres seront formés dans les lycées et devront passer le baccalauréat. Les communes peuvent subventionner les écoles libres et les préfets peuvent les venir en aide.

Jacques Chevalier avait inscrit le catéchisme au programme des écoles et décidé que le curé du village viendrait le faire en classe. […] Jérôme Carcopino […] met à la base de l’enseignement « les valeurs spirituelles, la patrie, la civilisation chrétienne ». En 1942, la subvention d’État pour l’enseignement libre se monta à 386 millions ; 486 en 1943. »


Extrait de « Les francs-maçons sous l’Occupation » d’Emmanuel Pierrat :

« Émanant encore des services secrets du Reich, une autre note, celle-ci adressée à l’officier SS Helmut Knochen : (…) « Si devaient être éliminés tous les francs-maçons de France, ce sont les cercles cléricaux qui deviendraient les maîtres du jeu. Après quelques années, il se creuserait entre la France et l’Allemagne un fossé énorme. Dominée par les cléricaux, la première serait incapable de s’accorder avec l’Allemagne nouvelle. » »

[Ndlr : Cet extrait montre également l’incompatibilité entre la Révolution Nationale du Maréchal Pétain et l’Allemagne nazie]


Exemple de falsification idéologique de l’Histoire :

Voici un texte de Bernard Legoux, capitaine de frégate honoraire et membre de la Commission française d’histoire militaire, à propos du livre « Pétain » de l’historienne Bénédicte Vergez-Chaignon :

« Le « Pétain » (sic) de Madame Vergez-Chaignon révèle avec une franchise involontaire le mécanisme partial de son auteur.

Remarquons tout d’abord que, dans l’introduction de son livre « Pétain », Bénédicte Vergez-Chaignon prend parti et ce parti ne paraît guère favorable au Maréchal. En effet on peut y lire : « Le gouvernement de Vichy apparait comme un accident de l’histoire étroitement tributaire des vicissitudes d’un homme » ; « Pétain n’est pas plu ou moins français que ses concitoyens ; il est différent, il ne peut pas se confondre avec eux » ; « Il a perdu son honneur et sa gloire ». Mais surtout, dans la dernière phrase de cette introduction, l’auteur décrit Pétain comme « l’ambassadeur content de lui jusqu’à l’aveuglement, l’antisémite à géométrie variable, le gardien jaloux de son pouvoir, le metteur en scène de son enlèvement… », tous termes qui, avant la moindre démonstration, ne montrent pas une grande appétence pour le « héros » de son ouvrage…

LES OMISSIONS

Dans un ouvrage de cette importance (1038 pages), on aurait pu espérer que l’ensemble des activités du Maréchal pendant sa vie serait étudié, de plus avec objectivité. Mais malheureusement il n’en est rien. Par exemple on peut noter :

• Pratiquement rien n’est dit sur la très importante querelle d’auteurs qui a opposé Pétain et De Gaulle avant-guerre. On relève simplement, page 248, « la brouille que l’on sait ». Or cette querelle qui s’étend sur une longue période est capitale pour les relations entre les deux hommes et la haine vraisemblable qui a animé De Gaulle à l’égard de Pétain à la suite de ce différend, étant donné le caractère très vindicatif du Général, [qui ?] a influé considérablement sur les évènements des années 1940-1945.

• S’agissant de l’avant-guerre l’auteur est très discret sur les campagnes de sensibilisation des Français au réarmement accéléré de l’Allemagne organisées par Pétain en 1937 et 1938 et mentionnées par Jérôme Carcopino dont elle cite pourtant l’ouvrage, Souvenirs de sept ans, dans sa bibliographie. Elle ne s’étend pas du tout non plus sur la période 1920-1935 caractérisée par un pacifisme très fort en Europe qui interdisait à tout gouvernement français d’organiser un réarmement important du pays. Carcopino souligne bien que c’est à partir de 1935 et des actions belliqueuses de Hitler que les gouvernements français et britanniques ont été coupables de négligence dans ce domaine. Pétain, mis alors sur la touche, n’en porte aucune responsabilité.

• La pensée militaire de Pétain est escamotée. Son très grand souci du développement de l’aviation est occulté ainsi que les nombreuses préfaces à des ouvrages militaires dans lesquelles il développe une pensée très moderne avec notamment l’affirmation de l’importance de l’aviation et des forces motorisées et le souhait de l’organisation d’un commandement militaire unique.

• En ce qui concerne l’année 1940 elle oublie des évènements capitaux : la période très importante du 10 mai au 10 juillet qui voit la défaite de l’armée française, le remplacement de Reynaud par Pétain. La demande puis la conclusion de l’armistice et la constitution de l’Etat Français sont complètement escamotées. D’ailleurs elle ne cite même pas dans sa bibliographie l’ouvrage capital de Jacques Benoist-Méchin, Soixante jours qui ébranlèrent l’Occident, qui est pourtant le meilleur récit politique et militaire, très détaillé, de cette période.

La complicité Pétain-Franco face à l’Allemagne est ignorée

Madame Vergez-Chaignon stigmatise, contre toute évidence, la fin de l’ambassade du Maréchal en Espagne en osant affirmer : « Le bilan de Pétain est sur le fond catastrophique ». Or Pétain a réussi à transformer les très mauvaises relations franco-espagnoles qui sont devenues excellentes et à obtenir de Franco l’engagement de rester neutre dans le conflit franco-allemand, engagement que le Caudillo tiendra pendant toute la guerre. Elle avance à plusieurs reprises le désir de Franco d’entrer dans la guerre ce qui est contredit par de nombreux auteurs (notamment F. Piétri, R. Serrano Suner, M. Séguéla). Elle oublie de citer la complicité entre Franco et Pétain pour la demande d’armistice, confirmée par L. Rougier, R. Murphy, W. Langer et le général Weygand, puis en 1940 et 1941, pour éviter l’accès de l’Afrique du Nord aux Allemands.

Elle omet de signaler que, dès le 20 mai, Reynaud, Churchill et De Gaulle, tout autant que Pétain, sont convaincus de la perte de la Bataille de France.

S’agissant des journées capitales du 10 au 16 juin qui aboutirent au remplacement de Reynaud par Pétain, elle est extrêmement peu loquace. Avant de dénaturer l’entrevue franco-britannique de Cangé, le 13 juin, elle ne cite même pas la très importante rencontre de Briare, le 11 juin, au cours de laquelle Churchill tend à admettre la nécessité d’une demande d’armistice pour la France et semble prêt à la négocier.

Elle omet de citer le message capital de Reynaud à Churchill, le 15 au soir, sollicitant l’autorisation de demander aux Allemands leurs propositions d’armistice et affirmant que « le départ du gouvernement (hors de France) serait considéré comme une trahison ». Elle ne cite pas plus les deux messages de réponse de Churchill, le lendemain, donnant son accord de principe à la demande des conditions d’armistice à condition que la flotte française soit dirigée vers les ports britanniques.

Elle ne dit pas un mot de la mission capitale des ministres britanniques Alexander et Lloyd, accompagnés du Premier Lord de la Mer Dudley Pound, auprès du gouvernement Pétain, les 18 et 19 juin, au cours de laquelle les plus hautes autorités françaises prennent l’engagement solennel de ne pas livrer la flotte aux Allemands.

En comme elle livre une vision très incomplète, souvent déformée, et défavorable au Maréchal de cette période capitale qui a vu son accession au pouvoir.

L’affaire de Mers-el-Kébir est résumée en une demi-page.

L’attaque anglo-gaulliste de Dakar est citée en un seul mot, page 553.

Alors que quarante-cinq pages sont consacrées au supposé antisémitisme de Pétain, informé par de nombreux confidents du Maréchal, la très importante œuvre législative entreprise par le gouvernement dans les domaines sociaux et sociétaux, très bien décrite par Mme Chantal Desprairies dans son ouvrage L’héritage de Vichy et qui influe toujours forcément sur notre vie quotidienne, n’est même pas mentionnée.

Les accords Halifax-Chevalier à Londres pas même mentionnés.

Les accords Halifax-Chevalier de décembre 1940, concrétisant une entente secrète franco-britannique et faisant suite au gentlemen’s agreement établi lors de la mission de Louis Rougier à Londres, ne sont même pas cités. Ils sont pourtant mentionnés dans plusieurs ouvrages qui figurent dans sa bibliographie. Par ailleurs, selon la mode actuelle, Rougier est diabolisé alors même qu’aucun de ses ouvrages n’est cité par l’auteur.

S‘agissant de la rencontre de Montoire, elle omet de mentionner l’intervention du colonel Fonck et de l’ambassadeur japonais Sawada pour mettre en garde Franco et Pétain sur les projets de Hitler à l’encontre de Gibraltar et de l’Afrique du Nord. Cette intervention est pourtant affirmée par plusieurs témoins et de nombreux historiens dont plusieurs figurent dans sa bibliographie. Mais de plus, elle omet de citer dans ses références l’ouvrage de Claude Gounelle, De Vichy à Montoire, et surtout l’ouvrage irremplaçable de l’interprète de Hitler, Paul Schmidt, Sur la scène internationale.

L’auteur passe presque complètement sous silence le problème aigu que représente la puissance de plus d’un milieu cinq cent mille prisonniers en Allemagne fin 1940 (certains avaient déjà pu être relâchés grâce à l’action du gouvernement). Comme le dit du Moulin de Labarthète : « Un tiers de l’activité du Maréchal, un bon quart de la nôtre allaient à eux. Nous ne pensions qu’à leur libération prochaine ». Le gouvernement réussit à reconduire leur nombre à moins d’un million à la chute de l’Allemagne et accorda toute son attention à leur sort qui fut particulièrement enviable comparativement aux prisonniers d’autres nationalités.

S’agissant des journées cruciales de nombre 1942, l’auteur oublie de signaler les efforts faits par l’entourage du Maréchal pour qu’il parte en Afrique du Nord et les raisons qui l’ont décidé à rester : la protection des prisonniers et de la population, le risque de désignation d’un gouvernement ouvertement pro-allemand ou d’un Gauleiter, le risque d’une déclaration de guerre de la France aux Alliés et, bien entendu, la confiance qu’il avait dans l’amiral Darlan dont il ne pouvait prévoir qu’il serait assassiné un mois et demi plus tard.

L’attention consacrée en permanence par Pétain à l’administration du pays et à ses hauts fonctionnaires, et notamment aux préfets, est complètement occultée. Or nous avons de multiples témoignages de l’intérêt qu’il leur portait et des encouragements qu’il leur prodiguait lors de leurs passages à Vichy à l’occasion notamment de nombreux déjeuners.

Quand des documents capitaux sont repris, il manque l’intégralité.

Un grand nombre de documents capitaux ne sont pas cités dans leur intégralité. On peut notamment mentionne : l’allocution radiodiffusée de Pétain le 17 juin 1940 ; son discours du 25 juin 1940 et la réponse de De Gaulle le lendemain ; la lettre de Pétain à Weygand du 9 novembre 1940 ; la lettre de Pétain à Hitler du 21 octobre 1941 et la réponse de Hitler du 10 novembre : la lettre de Ribbentrop du 29 novembre 1943 et la lettre de Pétain à Hitler du 11 décembre 1943 ; la lettre de Pétain à Hitler du 5 avril 1945 ; mais surtout la déclaration préliminaire du Maréchal à l’ouverture de son procès, texte capital dont elle veut bien nous informer qu’il figure… aux Archives nationales. (Ce texte existe, par exemple, en intégralité, dans Philippe Pétain de Jacques Isorni qu’elle cite dans sa bibliographie). Tous ces documents paraissent pourtant plus importants que les innombrables correspondances privées dont elle fait état !

S’agissant du très long chapitre consacré à « l’antisémite », on eut aimé trouver, entre autres documents, la lettre du 12 février 1943 de Knochen à ses chefs SS qui montre l’obstruction systématique de Vichy à la déportation des Juifs. Cette lettre figure dans Vichy-Auschwitz de Serge Klarsfeld, ouvrage cité dans la bibliographie de l’auteur. Par ailleurs elle cite en permanence le journal privé d’André Lavagne, chef du Cabinet civil de Pétain, et elle omet de citer ses témoignages sur la sollicitude du Maréchal à l’égard des Juif qui figurent pages 1007 à 1011 de l’ouvrage, portant cité dans sa bibliographie, La vie de la France sous l’occupation édité par le Hoover Institute. C’est d’ailleurs dans la même déposition au procès du Maréchal que Lavagne confirme que les membres des Cabinets civil et militaire de Pétain étaient tous, comme le Maréchal, très antiallemands ce qu’elle omet de souligner. Lavagne précise que sur les vingt-cinq personnes qui ont participé au Maréchal, un a été tué par la Gestapo.

Page 843, elle cite la mission confiée par Pétain à l’amiral Auphan auprès des Alliés et du général De Gaulle pour organiser le transfert du pouvoir mais elle ne donne pas le résultat de cette mission. Elle omet de signaler les contacts préliminaires de l’amiral Auphan avec des personnalités de la résistance les 9 décembre 1943 et 17 février 1944. L’histoire élémentaire de Vichy de l’amiral Auphan n’est même pas mentionnée dans ses sources.

On trouve d’ailleurs dans sa bibliographie des omissions surprenantes. Comment peut-on parler de Pétain sans citer le Pétain de Georges Blond, il est vrai, plutôt favorable au Maréchal, le Pétain de Philippe Conrad et Un Français nommé Pétain de Philippe Aimeras ? S’agissant du problème juif comment peut-on omettre de faire référence à Raul Hilberg et à son monumental ouvrage La destruction des Juifs d’Europe ainsi qu’à celui de Léon Poliakov, Le bréviaire de la haine ? S’agissant des relations franco-allemandes, un des sujets ayant entraîné le plus de reproches faits au Maréchal, comment oublier l’ouvrage capital d’Eberhard Jäckel, La France dans l’Europe de Hitler ? Comment ne pas dire un mot des ouvrages du colonel Rémy (Gilbert Renault), et notamment Dans l’ombre du Maréchal et On m’appelait Rémy, qui donnent des explications importantes aux actions du Maréchal. On y trouve notamment la confirmation de l’intervention du colonel Fonck et de l’ambassadeur Sawada pour la préparation de Montoire, puis l’affirmation de la tentative du Maréchal d’établir une liaison permanente avec De Gaulle au début de 1942 par l’intermédiaire de Rémy (Dans l’ombre du Maréchal – Presses pocket – p. 68). Ce fut De Gaulle qui refusa.

LES PHRASES POLÉMIQUES

On est très surpris, dans un ouvrage réputé historique, du grand nombre de phrases polémiques défavorables au Maréchal qui sous-entendent le texte sans démonstration afférente. Il serait trop long de les détailler. Toutefois on peut noter :

Page 181 – « Le mariage de Gribouille » Comment peut-on intituler ainsi le sous-chapitre consacré au mariage de Pétain ?

Page 482 – « La Révolution nationale implique de désigner et de mettre hors d’état de nuire les différentes catégories de mauvais Français ». Voilà une affirmation gratuite qui s’appliquerait beaucoup mieux à De Gaulle : « A moi les vrais Français de France » (Discours du 23 juillet 1940).

Page 551 – « Fadaises anglaises ». Comment peut-on à ce point, dans un titre de sous-chapitre, diaboliser le gentlemen’s agreement Rougier et l’accord Halifax-Chevalier, ce dernier n’était même pas cité ?

Page 556 – « La collaboration allait être, dans les quatre années à venir, l’hypocrite habillage des intérêts allemands ». Les historiens honnêtes soulignent qu’elle fut en réalité une résistance insidieuse mais permanente aux intérêts allemands. Ceux-ci auraient été, de toute évidence, beaucoup mieux préservés par un Gauleiter !

Tout l’ouvrage est donc rédigé selon les poncifs de « l’historiographie nouvelle » qui dévalorise en permanence le gouvernement de Vichy et le Maréchal. Par exemple, pages 722 à 724, elle met en cause le message secret envoyé de Vichy à Darlan le 10 novembre 1942 pour lui dire que le Maréchal approuvait son action en Afrique du Nord. Or de nombreux témoins ont certifié l’existence de ce message. Mais B. Vergez-Chaignon utilise les mêmes techniques que Robert Paxton, dont elle approuve l’orientation, pour mettre en cause tous les témoignages des personnalités de Vichy un peu trop favorables au Maréchal en prétextant des collusions entre elles et leur désir de se dédouaner de leur action.

Au lieu d’un portrait fidèle, des formulations noyées dans 1000 pages.

Par ailleurs, dans de très nombreuses formulations, l’auteur s’acharne à présenter un portrait du Maréchal très défavorable et qui ne correspond pas aux nombreux témoignages que nous possédons (certains d’ailleurs figurant dans les livres cités dans sa bibliographie). Elle dépeint le Maréchal comme particulièrement content de lui-même alors que j’ai souvent entendu souligner sa modestie ; elle affirme une vanité supposée. Elle s’acharne à démontre qu’il fait toujours porter sur les autres la responsabilité  de ses échecs, réels ou supposés. Infirmant d’innombrables témoignages, elle tente de convaincre du manque d’humanité du Maréchal, toutes ses actions n’étant, pour elle, motivée que pour son intérêt personnel ou par opportunisme. Elle affirme que Pétain est un ambitieux qui veut garder le pouvoir quelles que soient les circonstances. A plusieurs reprises elle affirme que le Maréchal est convaincu de la victoire de l’Allemagne alors que nous avons de très nombreux témoignages du contraire. Elle ne souligne jamais le caractère très antiallemand du Maréchal et de son entourage pourtant attesté par les nombreux auteurs. Elle travestit même un texte pour affirmer que Pétain « avoue n’être pas républicain ». La plupart de ces appréciations ne sont pas étayées par des faits ou des témoignages tangibles mais sont des commentaires polémiques issus de l’imagination de l’auteur.

En somme elle se refuse (volontairement ?) à consacrer un chapitre pour brosser un portrait du Maréchal, au moins dans les années 1940 ; ce qui lui permet de noyer dans ses mille pages une multitude de citations dévalorisantes sans que le lecteur puisse se rendre compte de la limitation du nombre des appréciations positives qui les contrebalancent. L’ensemble des proches du Maréchal, notamment l’amiral Auphan, Paul Baudouin, le général Conquet, l’amiral Fernet, René Gillouin, le général Laure, Henri Lémery, Henri du Moulin de Labarthète, Walter Stucki, Jean Tracou, le général Weygand, tous cités par l’auteur dans sa bibliographie, ainsi que de nombreux autres témoins, donnent, si on compare leurs témoignages, un portrait du Maréchal très différent et éminemment favorable à ce dernier.

QUELQUES NOTES

S’agissant des années 1920, B. Vergez-Chaignon stigmatise les responsabilités de Pétain dans la mauvaise organisation de l’armée française. Or elle oublie de signaler que, dans son ouvrage (pourtant cité par elle-même), Grandeurs et misères d’une victoire, Georges Clemenceau estime que c’est Foch qui est le grand responsable de la déliquescence de l’armée française à la fin des années 20 (p. 310). Par ailleurs elle omet de mentionner que cette période est dominée par des hommes politiques très pacifistes qui interdisent tout réarmement significatif. Quant à attribuer au Pétain des années 20 une responsabilité dans la défaite de 1940, alors qu’à partir de 1935 il n’a plus aucun rôle dans la politique de défense, cela nécessite un certain culot !

Parlant des années 1930, elle omet de signaler le combat du Maréchal pour le développement de l’aviation puis sa campagne, dans les années 1937-1938, pour souligner les dangers du réarmement allemand. Par ailleurs, p. 239, elle se contredit à trois lignes d’intervalle en citant Pétain qui prône de « constituer un équipement mobile et de développer l’aviation », pensée plus novatrice pour l’époque que celle du général De Gaulle, pour stigmatiser ensuite son « esprit qui est en pratique figé ».

S’agissant des années 1940, nous avons déjà vu toutes les graves omissions de son texte.

Dans son chapitre consacré à « l’antisémite », elle omet toute référence à l’antisémitisme latent de la 3ème République et à l’internement de nombreux Juifs par les gouvernements Daladier, puis Reynaud. En outre on peut remarquer que le sous-chapitre « Un antisémitisme évident » est complètement creux.

D’ailleurs B. Vergez-Chaignon est extrêmement concise sur le traitement de la question juive à partir de 1942. Rien sur la conférence de Wannsee, en janvier, qui décide de l’extermination industrielle des Juifs, rien sur le développement de la puissance des SS en France qui s’est traduit par l’installation du général Oberg par Heydrick en mai en tant que commandant des SS et de la police allemande en France, rien sur les projets allemands de mettre sous leur tutelle la police française de zone occupée, rien sur les négociations Bousquet-Heydrich, presque rien sur les négociations Bousquet-Oberg, rien sur la déclaration d’Oberg du 8 août et sur l’influence de cette dernière sur la non-participation, après cette date, de la police française à des arrestations de Juifs. En un mot, l’auteur n’a même pas tenu compte de nombreux faits soulignés par Alain Michel dans son ouvrage Vichy et la Shoah, pourtant présent dans sa bibliographie. Elle oublie également de citer l’acharnement des nazis pour exterminer les Juifs, le pourcentage très faible de Juifs français disparus dans les camps d’extermination, le départ de dizaine de milliers de Juifs étrangers et apatrides vers l’Afrique du Nord, en 1940 et 1941, avec la complicité de l’administration française, l’ignorance totale par Vichy de l’extermination par les SS des Juifs étrangers livrés aux Allemands, etc…

La pensée de Pétain interprétée sans preuves

Mais plus grave, alors que le Maréchal fait des interventions en faveur de Juifs, elle ose écrire : « Son geste est de pure connivence sociale, dénuée d’humanité comme de réflexion globale sur la portée de cette mesure pour les Israelites français ou non, de zone occupée ». Comme cela est très courant dans son ouvrage, elle interprète, sans preuves, la pensée du Maréchal dans un sens très défavorable. Cela va encore dans le sens d’une inhumanité supposée du Maréchal qui ne ressort dans aucun autre ouvrage ou témoignage. Que ne cite-t-elle le manque d’humanité du général De Gaulle, attesté, lui, par de nombreux témoignages et de nombreuses actions du Général (lire notamment Claude Guy et son ouvrage En écoutant de Gaulle) !

En un mot, suivant scrupuleusement les poncifs actuels, elle diabolise l’action de Vichy et du Maréchal envers les Juifs sans tenir compte des réalités de l’époque et en oubliant les témoignages de nombreux ouvrages, certains cités dans sa bibliographie.

Pour l’année 1943, l’auteur cite la Milice, p. 757 et suivantes, puis le « terrorisme », p. 774 et suivantes. S’agissant de la Milice, elle se garde bien de souligner qu’elle a été créée en janvier 1943 pour contrer les actions violentes de la résistance communiste et qu’elle n’a reçu ses premières armes qu’en octobre 1943. Depuis août 1941, et pendant plus de deux ans, la résistance communiste a créé un climat de terreur, assassinant plus de Français que d’Allemands (rien que parmi les forces de l’ordre, police, gendarmerie, GMR, on recense 10 assassinats en 1941, 41 en 1942, et 191 en 1943) avant que la Milice n’ait eu la moindre action armée. Par ailleurs elle omet de différencier la résistance communiste, auteur de tous ces attentats, et grande responsable de milliers d’exécutions d’otages par les occupants, des autres résistances qui ont eu une action beaucoup plus mesurée.

S’agissant du procès Pétain elle oublie de souligner qu’il s’agit d’un procès éminemment politique. Elle ne trouve rien à redire à la constitution de la Haute Cour, juridiction d’exception décidée par un gouvernement provisoire en dehors de toute légalité, et ne s’étonne pas de sa composition faite en dehors des règles les plus élémentaires du droit, avec un jury entièrement composé de jurés défavorables à l’accusé. Nous avons d’ailleurs vu précédemment qu’elle ne cite même pas l’intégralité de la déclaration préliminaire de Pétain lors de l’ouverture de son procès. On ne peut donc pas dire qu’elle en donne une vision équilibrée.

S’agissant enfin de l’interminable captivité du Maréchal, le plus vieux prisonnier politique du monde, elle fait tout son possible pour en gommer le caractère scandaleux. Or celui-ci est souligné par de nombreux auteurs, par exemple par Georges Blond dans son ouvrage Pétain, celui qu’elle se garde bien de citer dans sa bibliographie. Elle est muette sur certaines interventions au bénéfice du Maréchal, par exemple celles du général Héring auprès du général de Gaulle le 1er octobre 1945 et le 22 novembre 1950 (J.R. Tournoux – Pétain et De Gaulle).

Digne d’un « Grand Prix du tri sélectif des sources »

On a l’impression que la densité même de l’ouvrage (plus de mille pages) a pour but de « noyer le poisson », de refuser toute vision d’ensemble des moments importants de la vie du Maréchal en tenant compte des contextes et de leurs impératifs. Nous avons vu précédemment les très graves omissions de l’ouvrage sur des évènements capitaux de cette période. Par ailleurs nous avons vu combien le portrait du Maréchal a pu être déformé, sa pensée travestie souvent sans justification et la quantité de phrases polémiques qui émaillent le texte. Il est difficile de trouver une page qui ne contienne pas une inexactitude, une formule polémique ou un procès d’intention.

Même s’agissant de l’action du Maréchal avant 1940, il ne serait venu à l’idée d’aucun historien sérieux, publiant cette année-là une biographie du grand soldat, de ne pas souligner, selon le titre de l’ouvrage du général Héring, « la vie exemplaire de Philippe Pétain ». Au contraire, B. Vergez-Chaignon suit la mode actuelle de diabolisation du Maréchal dans le premier tiers de son ouvrage en minimisant ou en remettant en cause de nombreux faits indiscutables de cette période et en cherchant toutes les occasions de dévaloriser ses actions et sa personnalité.

S’agissant de la période 1940-41, nous avons vu combien l’auteur est défavorable au Maréchal, avec de nombreuses omissions d’évènements, de documents ou d’entretiens capitaux, sa déformation de nombreux faits, ses opinions systématiquement orientées contre Vichy et son chef qui ne reposent souvent sur aucune démonstration. Un des procédés qu’elle utilise fréquemment est de conclure un paragraphe par une phrase défavorable au Maréchal qui ne découle pas de ce paragraphe.

Le Grand Prix de la Biographie politique vient d’être attribué à l’ouvrage de B. Vergez-Chaignon. Il récompense un travail de recherche considérable qui ne peut être nié. Mais elle aurait encore plus mérité de recevoir le « Grand Prix du tri sélectif des sources » étant donné l’effort considérable qu’elle a dû effectuer pour sélectionner et exploiter le plus grand nombre possible de documents et de citations dévalorisantes pour le Maréchal et pour éliminer la plus grande partie des témoignages qui pouvaient être favorables à ce dernier, même lorsqu’ils figurent parmi les ouvrages de sa bibliographie sélective. »

Capitaine de frégate (h), Bernard Legoux


Note ajoutée le 5 février 2016 :

Confirmation par Manuel Valls à l’Assemblée Nationale de ce que nous expliquons dans cet article : « Vichy, ce n’est pas la République. C’est une part de la France, et je rappelle mes mots, mais ce n’est pas la République. Ce n’est pas la République ! »

Note ajoutée le 20 mai 2016 :

Sur le site d’État « Chemins de Mémoire » lié au Ministère de la Défense dans la section consacrée à la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale, on peut y lire : « Si les mouvements se rallient à l’été 1942 à de Gaulle qui s’est engagé sur le principe de la restauration de l’idéal républicain, ils veulent conserver leur liberté d’action. »

La raison de fond de la falsification de l’histoire de Vichy, de Pétain, de De Gaulle etc est contenue dans cette phrase. Ce qui va dans le sens de la République est considéré comme le bien, le reste est considéré comme le mal. Ensuite, on oriente l’histoire dans ce sens en diffamant et falsifiant négativement ce qui est assimilé au mal et en glorifiant et falsifiant positivement ce qui est assimilé au bien. Il s’agit d’un combat idéologique et non d’un combat pour la vérité historique.

Note ajoutée le 26 juin 2016 :

L’éditeur Jean-Gilles Malliarakis a bien compris les enjeux autour du procès du maréchal Pétain dont il a réédité l’intégrale des dépositions (http://www.editions-du-trident.fr/pmp.htm) :

« Le Procès du Maréchal Pétain forme la clef de voute du système épuratoire de 1944-1945. Prolongé de nos jours, ce système permet encore, au nom de la République de discriminer entre les opinions des bons citoyens et celles des suspects, et de tétaniser les héritiers de la droite. »

Il confirme ce que nous disions dans l’introduction de cet article.

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6 commentaires pour Le gouvernement de Vichy

  1. Pour un homme dit :

    A reblogué ceci sur POUR UN HOMMEet a ajouté:
    Un article excellent !!

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  2. Ping : Négation et falsification du réel | Dégauchisez-vous !

  3. Ping : De la réhabilitation de Xavier Vallat, homme de Droite authentique et catholique | pour une France Chrétienne et enracinée

  4. Ping : Le plus grand Français du XXè siècle en 5 preuves irréfutables | Tiens Ta Droite | Remède contre le Gauchisme

  5. Daufin dit :

    Bravo ! Votre travail est remarquable, et parfaitement documenté, de toute façon il n’y a pas besoin de discuter avec des malades mentaux qui refusent toute vérité sur le sujet et jugent avec leur coeur plutôt qu’avec leur cervelle (mais comme elle est polluée par leur maladie … le gauchisme).
    Mais il y a surtout quelquechose qui dérange la ripoublique, c’est le fait que Pétain ait consacré la France à la vierge, chemin inverse de la dévolution de 1789, vers le pardon pour ensuite ouvrir la voix au retour à la France éternelle.
    Rien que pour ça, le maréchal fut un très grand homme, un patriote, un vrai, dommage qu’il ait fait le mauvais choix, mais je ne lui en veut pas, il s’est sacrifié pour la France.
    Puisse-t-il un jour en être remercié.

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  6. Daufin dit :

    « Qui contrôle le passé, contre le futur.
    Qui contrôle le présent, contrôle le passé. »
    Orwell

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