Le libéralisme

La bêtise ambiante issue de la pensée de gauche fait croire que le libéralisme est de droite. Le libéralisme est par nature une doctrine de gauche. Démonstration avec ces quelques citations :


Alain de Benoist : « La racine du libéralisme tient dans l’individualisme » (entretien vidéo)

Alain de Benoist : « Le libéralisme, c’est la doctrine qui pose l’individu et sa liberté censée être naturelle comme les seules instances normatives de la vie, c’est-à-dire que c’est la doctrine qui fait de l’individu la seule et unique source des valeurs et des finalités qu’il se choisit. » (Conférence « L’illusion libérale » – Dextra, 07/11/14)

Alain de Benoist : « La fortune posthume [de Carl Schmitt] ne cesse d’enfler. Aujourd’hui dans le monde, il paraît un ouvrage sur Schmitt tous les huit ou dix jours. Pour Schmitt, le geste politique par excellence c’est de désigner l’ennemi. Il reproche précisément au libéralisme de reposer sur une anthropologie individualiste, qui ne reconnaît ni les groupes, ni les cultures, ni les communautés, ni les sociétés politiques comme fondatrices […] »


René de La Tour du Pin, Aphorisme de la politique sociale (1930) :

« Le Libéralisme est la doctrine philosophique d’après laquelle le bien et le mal ont des droits égaux dans la société ; ou bien encore : la doctrine politique d’après laquelle le pouvoir social émane de la souveraineté du peuple ; ou bien encore : la doctrine économique d’après laquelle les intérêts sont régis par des lois naturelles qui suffisent à les mettre en harmonie.
Ces doctrines sont la négation du lien social en religion, en politique et en économie, car tout lien est essentiellement une contrainte, et il n’y a guère, à proprement parler, de conventions sociales, mais bien, le plus souvent, des formations historiques reconnues par le consentement social.
Le libéralisme contient en germe toutes les doctrines du socialisme ; car il a pour expression moderne la « Déclaration des Droits de l’homme » de 1789, dont les socialistes se réclament également ; et il n’a cessé, depuis l’ère de la Révolution française, d’inspirer ce que ses adeptes appellent les progrès de l’humanité, qui aboutissent visiblement au triomphe du socialisme.
Le libéralisme a pour principal agent la franc-maçonnerie, qui se fait gloire de le professer et d’en poursuivre le règne ; mais il a, en dehors même de cette société, une grande action sur beaucoup de conservateurs qui se parent de la qualification de libéraux.
Nombre de catholiques, et des plus distingués, ont porté cette cocarde ; mais elle commence à être démodée et ne se produit plus guère sur le terrain des controverses religieuses. »


Charles Maurras, La Dentelle du rempart :

« Le libéralisme est la doctrine morale politique qui fait de la Liberté le principe fondamental par rapport auquel tout doit s’organiser, en fait, par rapport auquel tout doit se juger, en droit. … Le libéralisme supprime en fait toutes les libertés. Libéralisme égale despotisme. Je le démontre :

Dans l’ordre religieux, la liberté-principe peut tout admettre, hors l’aliénation de la liberté elle-même. Un homme qui aliène sa liberté personnelle n’est plus un homme, dit la philosophie libérale. Il a perdu son rang, sa dignité. Mais, objectera-t-on, il fit acte de liberté en immolant sa liberté? Il n’avait pas ce droit de l’immoler. La liberté, c’est l’intangible. « Pas de liberté contre la liberté« … Dès lors, point de voeux monastiques, point de Congrégations… C’est le sophisme protestant des Renouvier et des Buisson. Mais qu’on y prenne garde: ce raisonnement est sophistique parce que le point de départ en est faux : il n’est point vrai que la liberté soit un principe fondamental. Mais si la prémisse était vraie, la conclusion le serait aussi. C’est très logiquement, très rigoureusement que M. Buisson a déduit la loi de 1901 du principe libéral. Dans le principe libéral, la liberté des ordres religieux serait chose immorale. Dans le principe libéral, cette liberté doit être étouffée. Et voilà donc une première ‘liberté’ dont la conquête exige au préalable le renversement du principe libéral…

Dans l’ordre économique, la liberté principe veut que la concurrence des libertés individuelles, d’où le bien doit sortir inévitablement, soit oeuvre sacrée. Il n’y a qu’à laisser faire et à laisser passer. Toute intervention de l’Etat ou de la Société mérite le nom d’attentat et presque de profanation. Le statut du travail doit donc être individuel. Autant par respect pour sa liberté propre que par vénération de la mécanique du monde, l’ouvrier doit respecter les injonctions du décret de Chapelier et s’interdire sévèrement toute association, corporation, fédération, tout syndicat d’ordre professionnel, de nature à troubler le libre jeu de l’offre et de la demande, le libre échange du salaire et du travail. … La liberté économique aboutit donc, par une déduction rapide, à la célèbre liberté de mourir de faim. … Toute liberté réelle, toute liberté pratique, tout pouvoir libre et certain de conserver sa vie, de soutenir sa force, est refusé à l’ouvrier tant qu’on lui refuse la liberté d’association.

Il a fallu le déclin des idées libérales pour obtenir, dans l’ordre économique, un certain degré de liberté d’association. Pour étendre cette liberté, pour l’étoffer, pour la nourrir, on devra écraser tout ce qui subsiste du libéralisme dans les esprits.

Dans l’ordre politique, le libéralisme exprimé à la première phrase du Contrat social et au premier article de la Déclaration des Droits de l’homme, porte que l’homme naît libre. Le libéralisme veut dégager l’individu humain de ses antécédences ou naturelles ou historiques: il l’affranchira des liens de familles, des liens corporatifs et de tous les autres liens sociaux ou traditionnels. Seulement, comme il faut vivre en société, et que la société exige un gouvernement, le libéralisme établira le gouvernement de la société en accordant un suffrage à chaque liberté et en faisant le compte de ses souverains suffrages. La majorité, exprimant ce que Rousseau appelle la volonté générale, exprimera ainsi, en quelque sorte, une liberté générale: la volonté de la majorité devient dès lors un décret-loi contre lequel personne ni rien ne saurait avoir de recours, si utile et si raisonnable, ou si précieuse et si sacrée que puisse être cette chose ou cette personne. La liberté-principe établit une règle qui confisque méthodiquement les forces et les libertés particulières; elle se vante de créer toute seule et de constituer la liberté de chacun; mais en pratique, l’histoire le montre bien, cet individualisme affaiblit les individus. C’est son premier effet. Le second est de tyranniser, sans sortir du « droit », tous les individus n’appartenant pas au parti de la majorité, et ainsi de détruire les derniers refuges des libertés réelles. Tels sont les deux effets successifs de la Liberté politique (ou volonté du peuple) sous son aspect le plus connu qui est celui de la « démocratie libérale » ou démocratie fondée sur la Liberté, Liberté fondant son gouvernement.

Il y a une autre forme de libéralisme, plus aiguë, plus logique, à laquelle arrivent toujours, quand ils ont persisté dans l’opposition, les partis libéraux: ils se font anarchistes purs. Le principe libéral en ce cas, ne détruit pas seulement ces liens de famille, de tradition et de relation, créateurs de forces de résistance et centres de pouvoirs: il renverse l’Etat, il nie la Patrie. Il livre donc l’Etat à l’arbitraire du désordre et aux corps des révolutions, comme il ouvre la Patrie aux armes de l’Etranger. Par ce libéralisme absolu, l’homme né libre tend à perdre: 1° la liberté d’aller et venir dans la rue sans être assommé; son indépendance de citoyen d’une race déterminée.

Telle est la conséquence naturelle du libéralisme non mitigé: il tue la Société et, par là même, toutes les libertés contenues dans la société existante. Quant au libéralisme mitigé, s’il laisse subsister la société, il la caporalise sous la moins juste, la plus rude et la moins responsable des dictatures, celle du Nombre.

Ainsi, le libéralisme et le despotisme, c’est tout un. Le dévouement aux libertés commande donc le sacrifice de l’idole et de la nuée Liberté. »


Jacques du Perron :

« Lorsque l’on récapitule les présupposés erronés du libéralisme : règne supposé de la raison, hostilité envers les pouvoirs établis, souveraineté du peuple, croyance au Progrès et à la possibilité d’établir ici-bas une cité idéale où règnera le bonheur, on s’aperçoit qu’ils se retrouvent tous dans le socialisme – ce qui ne saurait nous surprendre car nous connaissons la nature essentiellement subversive et anti-traditionnelle du libéralisme. Pourtant la composante de base du libéralisme : l’individualisme, semble s’opposer à toute tentative d’établir une filiation entre les deux systèmes politiques. Comment concilier la primauté reconnue à l’individu avec celle accordée à la masse ? La contradiction n’est qu’apparente car elle se dissipe si l’on se réfère à la théorie du contrat social. A l’époque mythique de ce contrat imaginaire, les individus, supposés libres et égaux, renoncent à une partie de leur liberté pour édifier une société contractuelle qui préservera leur égalité – n’est-ce pas déjà du socialisme dès l’origine ? Plus tard, à l’époque historique, à partir de la Renaissance, les libéraux, en lutte contre le pouvoir monarchique et l’autorité ecclésiastique, vont s’efforcer de faire reconnaître la souveraineté du peuple, qui découle naturellement du contrat social – le pouvoir n’a plus d’origine divine, il ne vient plus d’en haut, mais d’en bas, de la masse composée d’individus libres et égaux. « C’est à la pensée libérale que le pouvoir politique doit d’avoir été attribué à la collectivité. (…) La démocratie est la formule de gouvernement qui résume, couronne et achève les exigences de la pensée libérale. » Répétons-le, le libéralisme n’est que l’expression de la révolte de la caste marchande contre le pouvoir de la caste guerrière. C’est aussi l’affirmation de l’esprit bourgeois qui rejette toutes les règles limitant, dans les sociétés traditionnelles, les activités mercantiles. « Le libéralisme s’est formé par la volonté d’affranchissement des individus à l’égard des contraintes, tant matérielles que spirituelles, exercées par les détenteurs de l’autorité. » Sur le plan politique cette volonté d’affranchissement conduira à l’établissement de la démocratie.

Nous savons, depuis Platon, que la démocratie est le régime politique qui donne naissance à la tyrannie – celle-ci est inscrite en quelque sorte dans le pouvoir illimité du nombre. Comme la démocratie est basée sur l’égalité des citoyens, ceux-ci ne se contenteront pas d’une égalité politique formelle, ils voudront aussi une égalité économique réelle. C’est ainsi que la démocratie tend naturellement au socialisme. « Si, au début, le libéralisme est une révolte contre l’autorité politique et prend, du même coup, une couleur politique qui l’identifierait presque à la démocratie (opposée à la monarchie), il s’installe rapidement dans sa victoire, en contestant la primauté du politique (…) Le libéralisme politique n’est plus que le reflet du libéralisme économique, car le sujet de la liberté étant l’individu, celui-ci se déploie dans sa nature propre d’homo faber. (…) La politique ne peut donc être que la servante de l’économie puisque c’est la liberté qui est première dans l’esprit des hommes. »

Accorder la primauté de l’économie dans les relations humaines c’est faire passer l’être humain de la condition d’homo religiosus à celle d’homo œconomicus, ce qui représente une baisse de la spiritualité, une chute dans le matérialisme, concrétisée dans le domaine politique par le déclin des guerriers et leur effacement progressif devant les hommes du négoce, représentants d’une caste inférieure. La prééminence reconnue à l’Économie et la condamnation de l’État, thèmes communs aux deux doctrines permettent de rapprocher le libéralisme du socialisme et notamment du marxisme. Comme le marxisme, le libéralisme place son idéal dans la production illimitée des biens de consommation mais il se montre incapable d’assurer leur juste répartition ; alors ses partisans le renient et se tournent vers le marxisme, qui se fait fort, lui, de réaliser la justice et l’égalité. L’immense tort du libéralisme fut de proposer l’enrichissement pour tous puisqu’il prône la démocratie et l’égalité – alors que seul un petit nombre réussit à s’enrichir. Déçu, le grand nombre l’abandonne pour adopter le marxisme, doctrine promettant le partage équitable de toutes les richesses. « Le libéralisme et le socialisme ont la même métaphysique. Le socialisme, qui est une paralysie de la société, n’est que la maladie, qui résulte des contradictions du libéralisme : contradiction entre une morale et des principes qui permettent la production efficace, et une conception égoïste et matérialiste de l’homme – celle du consommateur roi. La seconde finit par détruire les premiers. (…) D’ailleurs, le libéralisme a scié la branche qui le supportait : ses théoriciens comme ses capitaines d’industrie étaient inspirés par une morale altruiste, religieuse, qui appartenait aux sociétés traditionnelles. Et tout le mouvement historique du libéralisme fut de détruire ces sociétés et cette morale. » »


Résumé du libéralisme sur le site christ-roi.net :

« Une théorie faisant de la liberté un absolu

Libéralisme dans l’ordre de la pensée

Chacun est libre de penser ce qu’il veut :

  • subjectivisme,
  • nominalisme

La notion de doctrine disparaît… — à chacun sa vérité…

Libéralisme dans l’ordre économique

Théorie établissant une cloison étanche entre la morale et l’économie L’économie doit être libre, sans règle, sans contraintes morales; La loi du libre marché suffit à tout équilibrer… — capitalisme libéral

Libéralisme dans l’ordre politique

a.) Pas de règle morale s’imposant à l’Etat Pas d’ordre moral transcendant que l’Etat aurait le devoir de respecter et de faire respecter — séparation de l’Eglise et de l’Etat

b.) L’autorité, puisqu’il en faut bien une, ne vient pas de Dieu mais du peuple, autrement dit de l’homme considéré collectivement —- souveraineté populaire.

Résultats

  • soit un Etat soumis à la volonté de puissance des plus forts
  • soit l’anarchie résultant de la lutte entre féodalités ou groupes de pression
  • et de toute façon: la société permissive

Nota: les points a.) et b.) se retrouvent dans la déclaration des droits de l’homme de 1789…

Aussi, peut-on faire l’équivalence entre les principes de 89 et les idées libérales (au sens du libéralisme politique). »


« Si l’on consent néanmoins, par pure convention, à donner un acte de naissance au libéralisme, celui-ci n’est autre que la Déclaration des droits de l’homme de 1789 » (Francis Balle, Encyclopédie Universalis, Libéralisme)


Don Félix Sardá y Salvany, Le libéralisme est un péché :

« En effet, si on part de son [le libéralisme, ndlr] principe fondamental, à savoir, que l’homme et la société sont entièrement autonomes ou libres avec indépendance absolue de tout autre critérium naturel ou surnaturel que le leur propre […] »


Tzvetan Todorov :

« L’individu n’est plus pensé dans l’optique libérale comme l’élément d’un ensemble, la société, mais comme une entité autonome, dont la vie sociale n’est qu’une circonstance parmi d’autres. »


Joseph Lémann, Les Juifs dans la Révolution française :

« Et ainsi :

  • Omnipotence de la raison au tribunal de laquelle tout doit se soumettre ; suffisance des forces humaines pour faire son chemin, et suffisance des forces sociales pour conduire les peuples (poison).
  • Grands mots de liberté, d’égalité, de fraternité (philtre).
  • Sentiment de tolérance réciproque non seulement pour les personnes, mais pour les doctrines (narcotique).

Tel est le perfide breuvage qui, comme au temps de Locuste, doit troubler la raison, et n’éteindre que lentement la vie. Les uns seront enivrés, les autres assoupis, un grand nombre tués à la longue. Cette mixture recevra, dans la suite, son nom caractéristique : le libéralisme. »


Julius Evola, Orientations :

« Libéralisme, puis démocratie, puis socialisme, puis radicalisme, enfin communisme et bolchevisme ne sont apparus dans l’histoire que comme des degrés d’un même mal, des stades dont chacun prépare le suivant dans l’ensemble d’un processus de chute. Et le commencement de ce processus fut le moment où l’homme occidental brisa les liens avec la tradition, méconnut tout symbole supérieur d’autorité et de souveraineté, revendiqua pour lui-même en tant qu’individu une liberté vaine et illusoire, devint atome au lieu de rester partie consciente dans l’unité organique et hiérarchique d’un tout. Et l’atome, à la fin, devait trouver contre lui la masse des autres atomes, des autres individus, et devait être impliqué dans l’émergence du règne de la quantité, du pur nombre, des masses matérialistes et n’ayant d’autre Dieu que l’économie souveraine. Dans ce processus, on ne s’arrête pas à mi-chemin. »


Patrick Buisson dans une interview pour l’Homme Nouveau :

« La méprise dure depuis plus de deux siècles. Il ne suffit pas d’être classé à droite pour être de droite. C’est ce qui est arrivé au libéralisme qui n’était pourtant que l’une des déclinaisons de la philosophie des Lumières. On assiste, aujourd’hui, à un repositionnement des idéologies sur le spectre politique. Un temps fixé à droite, le libéralisme retourne à sa source originelle au terme de la trajectoire inverse de celle qu’il avait empruntée entre le XVIIIe et le XXe siècle. Longtemps, on a voulu distinguer comme pour le cholestérol entre un bon libéralisme (le libéralisme économique) et un mauvais (le libéralisme culturel ou sociétal). Ce distinguo n’a plus été possible dès lors que la financiarisation de l’économie a mis en évidence l’unité philosophique du libéralisme à travers ces deux faces complémentaires qui conduisent, dans une totalité dialectique, à étendre la logique de la marchandise à la sphère non marchande des activités humaines. »


A propos de l’unité du libéralisme et de son incompatibilité avec la droite :

« La combinaison du libéralisme et du conservatisme peut, de prime abord, apparaître séduisante : le libéralisme pour l’économie, le conservatisme pour la société. Mais c’est méconnaître la doctrine libérale, qui s’appuie sur l’individualisme et le subjectivisme. C’est en soi et par soi que chacun détermine son bien. Il n’existe pas de valeur objective, mais uniquement des consensus issus de la rencontre de volontés. Le libéralisme porte en lui la destruction des traditions sociales, alors qu’il n’est nullement nécessaire de s’y adonner pour combattre la spoliation fiscale des familles et des entreprises. » – Guillaume Bernard


Pour résumer : Le libéralisme c’est la doctrine qui pose l’individu au centre du monde et sa liberté comme valeur première. On est ici au cœur de la pensée de gauche.

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